Le capitaine Sergeant, décédé le 5 août 2022 dans sa 95e année, est le deuxième combattant dont les renseignements nous ont été transmis directement par son fils que nous remercions vivement pour sa confiance.
Claude Sergeant était Commandeur dans l’ordre de la Légion d’Honneur, titulaire de la Médaille Militaire et Chevalier de l’Ordre national du Mérite. Cité 4 fois en Indochine, il fait partie des grands blessés de guerre à la suite des combats de Diên Biên Phu où il a été touché 8 fois avant d’être capturé par le Vietminh.
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Né le 24 mai 1927, à Valenciennes, dans la Région Nord-Pas-de-Calais, sa mère, Camille Pellion vient d’une grande famille de mineurs de fond. Son père, Emile Sergeant est sous-officier de carrière au 43e RI puis au 13e RI, nommé Adjudant à la veille de la guerre, démobilisé en 1940 à Nevers au 27e RI, il devient Chef de district du ravitaillement de Sancoins dans le Cher, ce qui lui permet d’accumuler une somme de renseignements et de se rapprocher d’éléments des services préfectoraux refusant la collaboration, d’abord affilié Armée Secrète, il est homologué FFI au groupement « Bertrand » Libération Sud de Sancoins, responsable des réceptions de parachutages.
En 1942, il fait intégrer Claude dans les rangs des volontaires non-militaires du 1er RI de Bourges, un corps de troupes de réservistes fantômes, qui sert de relais à la résistance. Formé clandestinement par son père, il devient coursier et sert de « boite à lettres ». Il rend des services et fait transiter courriers, colis et personnes en zone libre, à trois reprises. Il guide des personnes « au fort accent » parfois accompagnés d’enfants jusqu’à Perpignan, rue Cabrit, auprès d’un passeur ; direction l’Espagne. Il faudra à Claude la rencontre avec Hélie de Saint Marc, bien des années plus tard, pour comprendre la dangerosité et l’importance de ces « menues missions » qui valurent à Hélie de Saint Marc l’internement en camp de concentration.
En 1943, le groupe de résistance de Sancoins est décimé, Emile Sergeant est traqué par la Gestapo de Bourges, mais ironie de l’histoire, c’est un groupe de partisans communistes fanatiques appelés « Police du Maquis » qui le débusque et l’exécute en août 1944. Après enquête sur son assassinat, l’adjudant Emile Sergeant fut réhabilité et déclaré « mort pour la France » en 1947.
Claude ne s’est jamais remis de cette injustice, jura de venger son père et de débarrasser le monde des totalitarismes brun et rouge.
Trop jeune pour être homologué combattant FFI, il vit la Libération de la France avec une certaine désillusion, voyant dans la frénésie de l’épuration de 1945, le triomphe des minables qui n’avaient rien fait pendant les années sombres…
Fin 1945, il veut s’engager dans l’armée, à Bourges. Il est affecté au 1er RI, 9e Cie, un comble !
Connu au 1er RI pour ses « menues actions de résistance », il fut, bien que jeune engagé, inscrit tout de suite au peloton d’élèves gradés avec deux casquettes : à la fois élève et instructeur armement/mines et pièges et également instructeur automobile.
Sous la tutelle de Madame De Lattre de Tassigny qui soutenait la famille depuis l’assassinat d’Emile Sergeant, il interrompt le peloton d’élèves gradés pour partir en stage d’école des cadres crée à Langen Argen par son mari, commandant en chef des armées.
Dans une des salles d’examens sanitaires, un sous-officier à la taille colossale et velu comme un gorille ouvre les portes en conquérant et déclare à la cantonade une profession de foi sans appel : « si tu veux devenir un homme, un vrai, rejoins les paras ! »
Il se laisse tenter… et brise très certainement une carrière militaire d’officier de haut rang.
Volontaire pour la 25e DAP, il est formé à Pau puis Bayonne, muté en Afrique du Nord. Il est breveté parachutiste (n° 8543) le 13 février 1947 au CETAP à Setif, sous le commandement de Chateau-Jobert, « Conan », qui le fera entrer plus tard au 11e Choc, une légende qu’il vénérera toute sa vie.
Il est affecté au 2e Bataillon du 1er RCP, nommé caporal-chef en mai 1947, nommé instructeur puis Sergent en juin 1948, il embarque pour l’Indochine à Alger en septembre 1948.
Claude eut un véritable coup de foudre pour ce pays, pour ces peuples, le Tonkin et les peuples montagnards du Nord, les Muongs laotiens le fascine, il admire ces peuples dans l’adversité, qui résistent malgré les humiliations des envahisseurs chinois et japonais depuis des siècles et maintenant les commissaires politiques qui les soumettent à l’impôt révolutionnaire.
Il participe à de nombreuses actions, opération Ondine, en novembre 1948, puis Vietri Son Tav qui préparera Hoa Binh, l’opération Pégase dans la région des calcaires, qui confirma l’importance des moyens de l’ennemi et sa formation en guérilla très organisée (atelier de fabrication d’armement, stock de centaines de tonnes de riz, ateliers et stock d’explosifs, artillerie lourde), l’opération Diane à Phu To, l’opération Adolphe en février 1950 pour canaliser les nationalistes chinois de Tchang Kai Chek qui fuient la Chine Maoïste, (3 800 hommes, femmes et enfants et les convois de mulets chargés d’or et d’œuvres d’art).
Il rentre à Marseille en décembre 1950, à la suite de la dissolution du 2/1er RCP puis est affecté au DTAP puis au 2e BPC à Bayonne. Il est nommé sergent-chef en juillet 1951.
Claude Sergeant témoigne :
« J’ai fais toutes les Ops, dont 8 sauts de jour et 4 de nuit avec mon copain Andriot. Nous étions seulement deux Bataillons de paras aguerris à supporter le bataillon de Choc, résultat, avant la fin du séjour, notre Bataillon était dissout avec 60 % de pertes.
Les rescapés ont été ventilés, quelques uns ont eu la chance de rejoindre le GCMA, moi, avec d’autres devinrent « conseillers techniques » auprès des Officiers de l’Armée Vietnamienne…
Au 2e BPC, commandé par Closon, qui avait fait avec son bataillon de Choc, le débarquement de Provence après la Corse, c’était dur de s’intégrer.
À part quelques « jeunes biquets » comme moi, le bataillon était constitué d’anciens de 1945 qui, même les 2e classes, tutoyaient leur Commandant. Pour ne pas être écrasé là-dedans, il fallait jouer des coudes. Bien qu’ayant de très bonnes notations pour obtenir mon avancement, j’ai du passer une heure auprès du commandant pour expliquer mon parcours et surtout celui de mon père pendant la Seconde Guerre mondiale, après quelques coups de téléphone de vérification j’obtins l’avancement pour mes camarades et moi-même. »
Affecté au 3/1er RCP, il fait plusieurs opérations en Tunisie. Il obtient plusieurs certifications en instructions et spécialités, artillerie, explosifs,…CIA et BA 1 devant le 10e RM.
« Mon attachement aux copains ne me permettait pas de partir tranquillement à l’école alors que mes copains là-bas se faisaient casser la gueule. Malgré l’insistance du capitaine Joseph Broizat, qui était un père de substitution pour moi, je n’ai pas hésité et lui ai demandé d’intervenir pour hâter mon départ. Je venais de briser, une nouvelle fois mon avancement de carrière d’officier, mais vous savez, je ne regrette rien. »
En 1952, avec de nouvelles capacités, il renouvelle son engagement, il comprend que l’affaire Indochinoise et le terrorisme en Afrique du Nord mettent en péril le monde libre.
En octobre 1953, déclaré apte au combat, reconduit sur les listes « à l’air » il veut retourner au conflit.
Dans la nuit du 30 au 31 mars, Giap déclenche la seconde phase de son offensive et commence alors la bataille dite des « cinq collines », à l’est du camp retranché.
Il retrouve l’Indochine le 02 avril 1954. La situation dérape à Diên Biên Phu. Il est mis à la disposition du TAPI à Saïgon. Les nouvelles sont mauvaises. Le piège se referme sur les bastions de Diên Biên Phu.
Le PA Isabelle est isolée. Eliane reprise, reperdue. Huguette est le théâtre de combats désespérés dans la boue d’un sol labouré, dans les tranchées effondrées, dans l’incessant vacarme des explosions de mortiers, de grenades, de bengalores que les volontaires de la mort viennent glisser sous les barbelés et dans les embrasures des abris.
Depuis Saïgon la situation semble désespérée.
Pour les copains et pour l’honneur, le sergent-chef Claude Sergeant et sa section sautent sur Diên Biên Phu. En effet, le 2 mai dans la nuit, les bonnes conditions météorologiques permettent le largage de ravitaillement, en munitions et en sacs de riz, ainsi que la 3e compagnie du capitaine Pouget du 1er BPC.
Parachuté en lignes ennemies, Claude rejoint la 3e compagnie, les vêtements en lambeaux, criblé d’éclats.
Il témoigne : « Deux heures quinze minutes, feu rouge…Debout, accrochez ! Feu vert… Go ! Je pousse la gaine, un pied me pousse au cul ! Classique… sauf que…, sauf que toutes les traceuses Viets, guidées par ces foutus projecteurs de DCA, semblent n’être réservées qu’à moi seul… Je sens des pointes brûlantes sur le côté droit, des éclats m’ont atteint sans gravités et je m’aperçois que je suis seul avec ma gaine dans le ciel des Viets !
Les Vietminhs avaient repérés que les largages commençaient à partir d’un T fait de récipients remplis de kérosène enflammés, alors ils en avaient placés chez eux. Lorsque notre largueur a réalisé l’erreur, trop tard pour moi, j’avais sauté.
J’ai réussi cependant à rejoindre nos positions vers 05 h 00 du matin. Je puais littéralement la mort et la m…, couvert d’une gelée grasse de boue, sang et liquides corporels mêlés, que m’avaient laissé les cadavres putréfiés, obstacles tout au long de mon périple nocturne.»
Dans la nuit du 2 au 3 mai les 36e et 102e régiments vietminh repartent à l’assaut d’Huguette 5 tenu par des légionnaires. Le 102e régiment Viet enlève le point d’appui à 03 h 00 du matin après une heure et demie de combat acharné. Tous les bérets verts sont morts.
Sur les 6 positions attaquées, 3 sont irrémédiablement perdues : Éliane 1, Dominique 3 et Huguette 3. La saignée dans les rangs français de la valeur d’un bataillon est irréparable.
Dans la nuit du 3 au 4 mai, le 36e régiment Viet appuyé par deux autres régiments de la 308e division attaque Huguette 4. Le PA est submergé et la contre-attaque lancée par le commandant Guiraud ne donne rien.
Dans la nuit du 5 au 6 mai, sur Huguette 2 et 3, les Viets sont contrés par le Bataillon de Marche Étranger Parachutiste : 160 spectres se dressent pour un ultime baroud.
La 4e compagnie du 1er BPC saute sur Diên Biên Phu. Le capitaine Bazin de Bezons est blessé par un obus et est remplacé par le capitaine Pouget.
Le 6 mai, le nombre de défenseurs du camp retranché est très réduit et les munitions manquent. Dans la nuit du 6 au 7 mai, la bataille est générale ; elle fait rage au nord du sous-secteur. Le général Giap fait donner les orgues de Staline dont l’effet est dévastateur. La terre se soulève, les hommes se font hacher en criant. C’est l’Apocalypse. Diên Biên Phu s’engloutit dans le fer et les flammes.
Un assaut de plus, mais ce n’est plus un combat à armes égales. Les soldats français se battent à un contre cent. Les deux dernières unités du 6e BPC sont anéanties ; les lieutenants Roland Corbineau et André Samalens, de la 2e compagnie sont tués tandis que le capitaine Hervé Trapp, les deux jambes fauchées par une grenade, gît dans un trou. À 50 m de lui, le capitaine René Le Page est dans une situation désespérée ; entouré d’un petit groupe de cinq ou six parachutistes. Les blessés de l’infirmerie d’Éliane 3 se lèvent de leurs couchettes, ramassent des armes abandonnées.
Dans l’impossibilité de vaincre, ils choisissent de mourir mais mourir les armes à la main et non pas comme des rats dans l’obscurité des souterrains de l’infirmerie.
À deux heures du matin, deux tonnes de TNT sautent et le sommet d’Éliane 2 disparaît soufflé par un volcan. Dans le cratère noir, il ne reste plus rien de la 2e compagnie du 1er BPC.
Le sergent-chef Claude Sergeant témoigne :
« Depuis la tombée du jour, se succèdent sans cesse les explosions d’obus de tous calibres, agrémentées de traînées sifflantes des balles traçantes et le harcèlement fait par des éléments vietminhs cherchant le contact, afin de reconnaître nos positions et de juger de notre puissance de feu.
La compagnie que je servais, la 3e Cie du 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux, devait occuper et défendre les points d’appuis Eliane 2 et Eliane 3, tous mes potes du 1er RCP étaient là-bas.
Notre capitaine cumule alors ses fonctions avec celles d’adjoint au Commandant de Bataillon, qui était blessé. Pour alléger sa tâche, le capitaine Pouget m’ordonne donc de cumuler mes fonctions de Chef de section d’appui, avec celle d’être son adjoint, en remplacement du Lieutenant Nectoux qui, vu nos pertes déjà très lourdes, avait du prendre le commandement d’une autre section de combat.
Les assauts Viet-Minhs redoublants, les munitions se consommaient à grand débit. J’entrepris donc une tournée de ravitaillement de nos positions. Chose délicate car les dispositifs lucioles larguées par nos avions, éclairaient comme en plein jour ; ceci s’ajoutant aux tirs d’artillerie très denses… Pour aller au dépôt de munitions, il fallait passer par un point obligé qui avait été le carrefour de plusieurs tranchées, mais à force de pilonnage d’artillerie, c’était devenu une zone d’effondrement circulaire d’une quarantaine de mètres de diamètre, à découvert… un fond de cible parfait.
Vers 02 h 00 du matin, le 7 mai, je venais de quitter la section Nectoux pour me rendre au PC. La progression avec mes soldats et coolies était compliquée par la boue qui nous empêchait de courir.
Tout à coup, j’eu la sensation que le sol s’étant dérobé sous mes pieds, je tombai dans un puit sans fond, pieds et jambes dans le vide.
J’avais l’impression de vivre la scène au ralentit avec images mais sans le son.
Je vis alors, projetés dans l’air, des membres, des troncs humains, une tête avec son casque qui éraflé ma main au passage. Je vis aussi que le char de combat Schaffee (30 tonnes) était en l’air, soulevé au-dessus de moi comme un jouet, tel un fétu de paille, j’avais été soufflé par une explosion fantastique.
Grand noir, plus rien, car je tombais dans un coma profond.
Cette vision dantesque : la terre pulvérisée en geyser, les morceaux de mes camarades mêlés, le char en lévitation et tout cela dans un silence sépulcral car en un millième de seconde l’atmosphère avait été consommé, cette scène, je la revis, trop souvent encore, en m’endormant, 50 ans plus tard… (l’interview s’arrête, le capitaine Sergeant étant trop bouleversé).
À mon réveil, il faisait déjà jour. Mon état comateux avait duré cinq heure au bas mot.
Considéré comme mort avec mes hommes déchiquetés, personne n’était venu voir le résultat de ce tir de mine, d’autant qu’à cent mètres, on s’étripait à qui mieux mieux.
M’étant assis, je fis l’inventaire physique de mon corps, rien ne semblait manquait. Je sortais de cette fournaise entier, ce qui me fit rire, nerveusement. Par contre je voyais flou et mes yeux étaient douloureux et semblaient vouloir sortir de leur orbite, mon oreille gauche était brûlante.
Après plusieurs vaines tentatives je réussi à me mettre debout. Cherchant ma carabine, jamais retrouvée, je vomis à plusieurs reprises et m’affale sur ce que je croyais être un bout de bois carbonisé. Je fis un bon en arrière car j’étais sur la moitié inférieure d’un gars, qui fumait encore, carbonisé.
C’est là que je compris que tout autour de moi, à quelques mètres, la terre était régulièrement projetée en l’air, j’étais en fait sous les explosions d’obus des tirs d’artillerie et j’étais sourd !
Malgré les souffles et les projections, tout était silencieux. Je suis sorti de là, je ne sais comment, car je perdais connaissance à plusieurs reprises.
Enfin, en chemin, le son revint peu à peu, et je retrouve mon capitaine Pouget, qui ne comprend pas mon état de sidération et me trouve vaseux et mou… en clair, il m’engueule ! Et il a raison, je ne dis rien et je reprends mes esprits. La nuit à venir promettant un déluge de feu, il m’ordonne de procéder au réapprovisionnement en grenades à main.
À la tête d’un groupe de trois hommes en armes, trois coolies restés fidèles et deux PIM, je me rendis à l’aire d’approvisionnement. On passe le fameux croisement des quatre tranchées ouvertes, l’aller se passe bien. On se charge de caisses de grenades et je récupère quelques munitions oubliées. Lorsque nous amorçons le retour, la situation a changée, un déluge d’obus nous stoppe. Les coolies sont terrifiés, nous étions repérés par des guetteurs d’en face, des projectiles de tous calibres pleuvent et nous figent sur place. Je regroupe mon escouade hétéroclite et leur donne la consigne : à mon coup de sifflet, ils passeront un par un au rythme des poses de salve d’artillerie. À peine mes ordres finis, un des coolie s’effondre, tué net dans la tranchée. Tous refusent d’obéir, même sous la menace de mon pistolet.
Je récupère la caisse du coolie mort, après une salve je donne un coup de sifflet et je traverse le croisement à découvert, je pose ma caisse, et je reviens.
En revenant un sourire glacé au coin des lèvres, je leur dis : Comme ça !
Ils me regardent et acquiescent. Quelques minutes plus tard, je fais jaillir mes loustics un par un.
On avance enfin mais la boue et le poids des caisses nous empêche de progresser correctement. Un tir d’artillerie nous pilonne ; je suis touché dans le dos (poly criblage). Nous faisons plusieurs aller-retour. Je prends un éclat au flanc gauche et pendant que je cherche à m’appliquer un pansement, un éclat en séton me déchire le bide, je retiens mes viscères avec la main. J’ai perdu deux soldats. Une nouvelle salve nous fige dans la boue, je reçois une tête-détonateur d’obus qui me sectionne en partie le sciatique. Un soldat me traîne à l’abri et nous rejoignons tant bien que mal le PC. Tous les coolies et PIM sont morts. Quatre caisses sont définitivement rapportées au PC. Je rends compte de l’opération et m’étant effondré au sol, on prend mon arme et m’intime l’ordre de rejoindre l’antenne chirurgicale.
Dans la panique des tirs généralisés et la confusion la plus totale, connaissant l’état des accès par la terre, je décide de traverser la rivière Nam-Youm. Plusieurs hommes blessés me suivent un peu, puis reculent, avant de disparaître sous un déluge de feu. Les barbelés me déchirent partout, je pisse le sang et je perds mes vêtements, des micros-éclats de métal me perforent de partout, mais je passe.
Devant la Nam-Youm, je doute. C’est une salve d’automatique qui me pousse à plonger dans cette boue infâme, je tiens mon bide ouvert avec une main, et j’avale des goulées entières de cet égout puant.
À 17 h 30, les armes se turent. J’avais été opéré par l’antenne médicale, et je me suis mis à l’écart, gisant dans un trou à merde, j’y fus arraché sans ménagement par les Viets le 9 mai.
Plus tard, un commissaire politique Vietminh, me dit, narquois, que l’explosion d’Eliane avait été provoqué par une charge de la taille d’un wagon de train de mine. Elle devait tous nous anéantir, par le feu et le fer mais ma compagnie résista encore, un jour de plus. Puis fin des combats, non par reddition mais par manque de munitions.
Les survivants sont le capitaine Jean Pouget, le lieutenant Nectoux, le sous-lieutenant Horon, un sergent, deux parachutistes et moi, c’est tout. »



