Cyrille Chauveau naît en 1925. Il se forme à l’École de Santé navale de Bordeaux, où il entre en 1947 — l’une des deux grandes écoles, avec celle du service de santé militaire de Lyon, qui fournirent l’essentiel des médecins du corps expéditionnaire. Sur la trentaine de médecins envoyés à Diên Biên Phu, 19 sortaient de Lyon et 9 de Bordeaux : Chauveau appartenait à ce second groupe.
Au moment de la bataille, il est médecin-lieutenant et exerce les fonctions de médecin de bataillon, l’échelon le plus avancé du service de santé, celui qui partage la vie et les dangers des combattants en première ligne.
À Diên Biên Phu, Chauveau est le médecin du V/7e RTA (5e Bataillon du 7e Régiment de tirailleurs algériens), une unité forte de quelque 877 hommes commandée par le chef de bataillon Roland de Mecquenem. Le bataillon est aérotransporté au complet dans la cuvette au début de janvier 1954, plusieurs semaines avant le déclenchement de l’offensive vietminh.
Sa position est l’une des plus exposées du camp retranché : le centre de résistance « Gabrielle », tout à l’extrême pointe nord du dispositif, isolé à environ quatre kilomètres au nord de la piste d’aviation. Cet isolement géographique fera de « Gabrielle », comme de « Béatrice », l’un des premiers verrous que le général Giáp choisira de faire sauter.
Pendant la phase relativement calme qui précède l’attaque générale, les médecins des unités peuvent encore soigner blessés et malades – et même la population locale – puis les évacuer par voie aérienne. Cette situation prend brutalement fin le samedi 13 mars 1954, jour où le Viêtminh ouvre le feu sur le camp et où commence véritablement la bataille de Diên Biên Phu.
« Béatrice » tombe dans la nuit du 13 mars. « Gabrielle » est à son tour soumise à un pilonnage et à un assaut massifs dans la nuit du 14 au 15 mars, l’artillerie adverse déversant des milliers d’obus sur la position.
C’est au cours de ces premières heures de combat, dans la nuit du 13 au 14 mars, que Cyrille Chauveau est gravement atteint alors qu’il se porte au secours des blessés sous le feu. Un éclat le frappe à l’abdomen, un autre lui provoque une fracture ouverte de l’avant-bras droit. Par chance, l’éclat abdominal n’est pas pénétrant : il n’a pas perforé la paroi du ventre. Ramené à l’antenne chirurgicale centrale (celle des chirurgiens Paul Grauwin et Jacques Gindrey) en fin de matinée, il fait partie des derniers blessés à pouvoir être évacués par air : il est transporté le 15 mars vers l’hôpital militaire Lanessan, à Hanoï. Une photographie de Paris-Match le montre alors hospitalisé, encadré de deux camarades officiers.
Sur « Gabrielle », sa relève témoigne de la violence du moment. Le médecin-lieutenant Jean Déchelotte, venu d’un bataillon voisin (le 1/2 REI, sur « Huguette »), est désigné pour le remplacer ; il est lui-même touché au front et au maxillaire inférieur dès le soir du 14 mars, et les deux médecins sont évacués ensemble le 15. Faute d’autre praticien disponible, c’est ensuite un infirmier, le sergent Giorgio Soldati, qui est envoyé tenir le poste. « Gabrielle » tombe le 15 mars : Soldati est fait prisonnier et mourra d’épuisement en captivité quelques semaines plus tard.
L’évacuation de Chauveau, avant l’effondrement du camp, lui épargne le sort de la plupart de ses confrères. Sur les plus de 11 000 hommes faits prisonniers à la chute du camp retranché, le 7 mai 1954, à peine plus de 3 000 reviendront vivants après une marche de plusieurs centaines de kilomètres et des mois de captivité. La quasi-totalité des médecins de Diên Biên Phu encore présents le 7 mai (Grauwin, Gindrey, Le Damany, Verdaguer et bien d’autres) prennent le chemin des camps vietminh. Blessé et rapatrié dès la mi-mars, Chauveau n’aura pas connu cette épreuve.
Après sa carrière militaire, Cyrille Chauveau s’installe en exercice libéral comme pédiatre. Il meurt en 2017, à l’âge de 92 ans.




