Yves Periou naît à Garlan dans le Finistère le 15 avril 1924. À l’âge de 17 ans, il forme avec des camarades de lycée, le maquis de Saint-Laurent, un groupe de jeunes résistants qui mène des actions dans la région de Poulron les Morlaix. Les jeunes lycéens de Morlaix sont sous les ordres du commandant Noël, alias Docteur Le Jeanne. De Février 1941 au 1er Novembre 1943 (de 17 à 19 ans) il fait de la résistance individuelle. Il est renvoyé temporairement du collège de Morlaix pour distribution de tracts gaullistes au mois de Février 1941. Puis est renvoyé une seconde fois et poursuivi par la Sûreté Nationale à cause de son appartenance à un groupe résistant qui est découvert sur délation. Il doit vivre dans la clandestinité mais ne cesse pas pour autant ses actions.
Son groupe est incorporé aux Forces Françaises de l’Intérieur en novembre 1943 au Bataillon d’Ornano. Il occupe les fonctions de Chef de Groupe, son chef de section est Gildas Lebeurrier. A la tête de dix maquisards il sabote la voie ferrée Paris-Brest, des lignes téléphoniques et le câble souterrain Brest-Berlin à hauteur de Plouigneau. De mars à Juin 1944, il récupère des armes sur des Allemands isolés.
En juillet 1944 il est nommé chef de canton de Lanmeur. À 20 ans il a sous ses ordres deux cent cinquante maquisards. Les missions du maquis sont nombreuses : protection des parachutages, embuscade contre les convois allemands. Yves Periou participe notamment aux combats de Garlan le 13 juillet. Son groupe et lui réduisent des poches de résistances ennemies et livrent les soldats allemands aux américains.
Le 30 juillet il assure la protection du parachutage de Plouégat. Le 03 août il réceptionne le stick du lieutenant Quélen à Plougasnou. Ses actions de harcèlement des Allemands continuent à Morlaix, Plouigneau et Plouescat. Il est nommé Aspirant FFI le 1er septembre 1944 puis Sous-Lieutenant le 1er octobre.
Le 22 mai 1945 il est cité à l’Ordre du Régiment par le général Allard : « A fait preuve pendant toute la durée du maquis d’un allant et d’un courage au-dessus de tous les éloges. A accompli de nombreuses missions délicates. Au cours des combats pour la libération a entraîné ses hommes au combat avec maîtrise, faisant preuve du mépris total du danger »
Après la Libération, Yves PÉRIOU est affecté au 118e RI. Comme il est titulaire du baccalauréat, il part en formation à l’école des officiers de Saint-Cyr.
Il devient parachutiste, est breveté à Lannion le 25 septembre 1945. Il porte le numéro de brevet 5206.
Il part en Indochine dans les rangs du 2e bataillon du 1er RCP d’octobre 1948 à mars 1950 date de la dissolution du 2/1 RCP. Il lui reste du temps à faire en Indochine et termine son séjour au Bataillon de Marche d’Haiphong jusqu’en octobre 1950.
En avril 1952 Il rejoint le 10e bataillon colonial de commandos parachutistes en formation à Quimper. Il repart en Indochine avec sa nouvelle unité. En décembre 1952 à l’arrivée à Haïphong, les parachutistes apprennent que leur formation est devenue le 2e bataillon du 1er régiment de chasseurs parachutistes. Le bataillon est mélangé avec des unités parachutistes indochinoises. Le lieutenant Périou est chef de section de la 22e CIP. Elle est renommée 1ère compagnie plus tard.
Les chasseurs parachutistes partent pour Na San en janvier 1953. En mai 1953 le capitaine Jean commandant la 1ere compagnie est tué au Laos. Yves Periou en prend le commandement. Il emmène ses hommes lors de l’opération « Camargue » en juillet. Au combat, le commandant d’unité a un coup d’avance sur le Vietminh. En effet, avec le capitaine Cledic ils parlent en breton à la radio pour que l’ennemi à l’écoute ne puisse comprendre.
Le 20 novembre 1953 le 2/1er RCP saute sur Diên Biên Phu lors de l’opération « Castor ». Il repart ensuite début janvier.
14 mars 1954 : le bataillon est en « alerte 6h » pour sauter sur Diên Biên Phu.
Le 1er avril le 2/1er RCP est engagé Yves Periou saute à la tête de ses hommes à 22 h 00 par demi sticks de 12 hommes tant la DZ s’est rétrécie sous la pression ennemie.
Les chasseurs parachutistes s’établissent sur les collines Éliane 1, 2 et 4 à partir du 11 avril.
Le 1er mai 1954, le Vietminh veut frapper un grand coup pour la fête du travail. La division 316 s’approche de Éliane 1. Le choc est dantesque pour les chasseurs parachutistes qui ne reculent pas.
À 21 h 00, pour soutenir les quelques survivants de la 3e compagnie, le commandant BRÉCHIGNAC envoie sa dernière compagnie disponible, celle du lieutenant PERIOU .
À l’image de tous les combattants de Diên Biên Phu, l’officier est fatigué, il est comme les cents parachutistes qu’il entraîne au delà du ravin d’Eliane 1 l’image vivante de l’épuisement physique .
À 09 h 10 ce qu’il reste du 2/1 RCP entre dans la fournaise .
Toute la nuit les parachutistes luttent pied à pied pour conserver la position .
ils se font tuer un à un, dans leurs trous ou au cours de contre-attaques démentielles, à 3 ou 4 contre cent.
Les vagues d’ennemis submergent le point d’appui.
— Brèche de Yves… C’est fichu, je suis seul avec quelques gars. J’ai envoyé mon adjoint vers vous pour guider la contre-attaque…
Le matraquage continue sur la crête, illuminée sinistrement par les éclatements
— Brèche de Yves… Ils sont derrière moi, je suis encerclé… Tirez sur moi
— Yves de Brèche… Pas de renforts.
Je fais donner l’artillerie sur votre position. Essayez d’en profiter pour tenter une sortie… Je mets en place un recueil..
— Reçu. Je ramène les blessés qui sont avec moi.
Le lieutenant Périou descend de la crête et arrive dans le PC du lieutenant Légueré en contrebas. Dans la précipitation il a mit son casque à l’envers. Les soldats ennemis sont à ses trousses. Il donne l’ordre d’évacuer la position. Les officiers froissent les cartes au fond des poches boueuses de leurs tenues de saut camouflées. Le petit groupe de parachutistes s’élance dans les tranchées. Un chasseur parachutiste indochinois tombe devant eux, le pied arraché par un éclat d’obus.
— Yves de Brèche. Répondez ! … Répondez !
Malgré les appels, la radio reste muette.
Le commandant Brechignac rend compte de la situation au colonel Pierre Langlais
— Gars Pierre de Brèche… Eliane 1 ne répond plus.
La position est considérée comme perdue et traitée à nouveau par l’artillerie française qui tire avec des obus fusants à la verticale de Éliane 1.
Pendant ce temps le groupe de rescapés aux ordre des lieutenants Périou et Légueré tente de s’exfiltrer et de rejoindre le PC du capitaine Cledic sur Éliane 4 en suivant un boyaux de repli. Soudain, la tranchée est bouchée par un tas de cadavres. Le groupe de survivants n’a plus d’autre choix que de sortir sur un découvert d’une centaine de mètres pour rejoindre les lignes. Les viets sont tout proches, il faut franchir.
Léguéré s’élance, les mitrailleuses ennemies battent le glacis. Quelques parachutistes arrivent à passer. Un radio est fauché par une rafale mais est indemne car son poste a encaissé le choc.
De l’autre côté, ils se postent et attendent Periou…
En vain. Il ne rejoindra jamais. Rattrapé par les Bo-Doïs qui débouchent dans la tranchée, il pousse son radio Lucien Grosboillot sur le côté pour le protéger et écope de la rafale qui lui était destiné.
Son corps sera retrouvé déchiqueté derrière des brancards, le lendemain matin non loin du mur de cadavres.
Des 180 hommes sur Éliane 1 le 1er mai au soir ne reviennent que 19 le 2 mai au matin. La 1ere compagnie est rayé des contrôles. Elle n’a pas été vaincue, elle est morte.
Yves Periou venait d’avoir trente ans, était officier de la Légion d’Honneur et titulaire de neuf citations dont 2 palmes.


