Jean Legay a 18 ans en 1942 lorsqu’il s’engage à Montpellier — quelques provocations contre l’occupant italien à Valence ont suffi à convaincre un officier qu’il ferait un bon soldat. Quelques mois plus tard, il obtient à Fès son brevet parachutiste numéro 1284, parmi les tout premiers brevetés français.
Il saute en Sicile aux côtés de la 82e Airborne américaine, traverse l’Italie, et rejoint les Vosges à l’automne 1944. Là, à vingt ans, il commande un groupe de 8 à 12 hommes dans un froid sibérien, face aux Waffen SS et à leurs chars Panther. Il est grièvement blessé au col du Ménil — éclats de mortier dans la mâchoire et le dos — et restera seul sur la pente, sous la pluie, du matin au soir, avant d’être évacué.
Rétabli, il repart. En Indochine, deux séjours. Opération Léa, Bac Kan, puis Diên Biên Phu : c’est depuis les airs, en tant qu’observateur aérien au 23e GAOA, qu’il voit la piste d’aviation devenir inutilisable et les points d’appui s’éteindre un à un, la mort dans l’âme. Deuxième blessure lors d’une embuscade : camion renversé, côtes fracturées, gorge enfoncée. En Algérie ensuite, dans les airs cette fois, comme mécanicien et observateur. Il prend sa retraite en 1972, commandant, après trente ans de service et trois guerres.
Dans cet épisode, Jean Legay raconte sans emphase. Ce qu’il a traversé, comment il a tenu, et pourquoi il a toujours dit oui. Et ce que les Gueules Cassées représentent pour lui : sa maison.


