Le père Georges Chevallier compte parmi les aumôniers catholiques les plus présents dans la documentation visuelle de la guerre d’Indochine. Reconnaissable à sa barbe, à sa croix pectorale et à l’appareil photographique qui ne le quitte pas en opération, il a accompagné le 6ᵉ bataillon de parachutistes coloniaux (6ᵉ BPC) du chef de bataillon Bigeard, puis le Groupement aéroporté n° 2 (GAP 2) sur les principaux théâtres du Tonkin, jusqu’à la bataille de Diên Biên Phu.
D’après l’allocution funèbre prononcée le 24 janvier 1978 à Aubagne par le colonel Goupil, commandant le Groupement de Légion étrangère, le père Chevallier rejoint le Tonkin « au début de l’année 1952 ». Il y est d’abord affecté à la Légion étrangère, où il accompagne en poste les unités du 3e régiment étranger d’infanterie (3e REI). Sa première citation est obtenue à l’occasion d’une action menée avec le 3e bataillon du 3e Étranger, au cours de laquelle il se porte volontaire « sur la ligne de feu pour aller vers les blessés ». Il rejoint ensuite l’aumônerie des troupes aéroportées et devient, selon les termes de la même allocution, « de toutes les opérations » du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient.
Affecté au 6ᵉ bataillon de parachutistes coloniaux durant la campagne 1952-1953, le père Chevallier est largué sur Lạng Sơn dans le cadre de l’opération Hirondelle (17-19 juillet 1953). Cette opération aéroportée, conduite par le 6e BPC du commandant Bigeard et le 8e BPC du capitaine Tourret, visait à détruire des dépôts d’armes du Viêt-minh en arrière des lignes adverses, près de la jonction des routes coloniales 1 et 4. Plusieurs photographies de l’ECPAD le montrent au cours du repli de la colonne sur la RC 4 jusqu’à Đình Lập.
Le 20 novembre 1953, le père Chevallier participe à l’opération Castor, le plus important largage aéroporté de toute la guerre d’Indochine. Avec le 6e BPC, il est largué dès la première vague sur la zone de saut « Natacha », au nord-ouest du village de Diên Biên Phu, vers 10 h 35 – 10 h 45. Le journal de marche du jour, reconstitué par le site mémoriel de Diên Biên Phu à partir des archives du Service historique de la Défense, le mentionne explicitement : aux côtés du médecin-lieutenant Rivier, il « recherche les blessés et les morts » dans les herbes à éléphants pendant que le bataillon Bigeard tente de prendre pied face au régiment 148 du Viêt-minh. En fin de journée, alors que les pertes du 6e BPC s’élèvent à onze tués, il « porte assistance aux blessés et administre les agonisants » et participe à l’installation de l’antenne chirurgicale parachutiste n° 1 (ACP 1) du médecin-lieutenant Rougerie.
À partir de la fin novembre 1953, le père Chevallier devient l’aumônier titulaire du Groupement aéroporté n° 2 (GAP 2) du lieutenant-colonel Langlais, qui regroupe le 1er bataillon étranger de parachutistes (1er BEP), le 8e BPC et le 5e bataillon de parachutistes vietnamiens (5e BPVN). Le 10 décembre, le GAP 2 est mis en alerte et lancé sur la piste Pavie, au nord de Diên Biên Phu, pour aller à la rencontre des garnisons évacuant Lai Châu. Sur la cote 1145, le 13 décembre au soir, le 5e BPVN puis le 1er BEP tombent dans une embuscade de la division 316. Le père Chevallier est blessé par des éclats de mortier. Il refuse l’évacuation, demeure avec la colonne, et préside, sur la colline Pu Ya Tao, l’inhumation et la bénédiction des parachutistes tués au combat — séquence filmée notamment par Pierre Schoendoerffer pour le Service cinématographique des armées.
Après la fin du conflit indochinois, le père Chevallier poursuit son ministère auprès des unités parachutistes engagées en Algérie. L’allocution de 1978 évoque « tant de noms d’opérations connus » et un dévouement « inlassable », sans nommer les régiments dans lesquels il a servi. Les photographies d’archives de l’époque algérienne le montrent rasé, parmi les parachutistes : il a perdu la barbe qui le caractérisait en Indochine. Il est ensuite affecté à la « division d’intervention », aux Forces françaises en Allemagne, puis revient servir à la Légion étrangère, dont le quartier-général à Aubagne sera le cadre de ses derniers ministères.
L’allocution funèbre rapporte qu’un régiment, qu’il accompagnait « depuis de nombreuses années », l’avait choisi pour « son véritable père spirituel ». Au total, son ministère militaire ininterrompu aura duré « plus de 25 ans ».
Au retour d’Indochine, le père Chevallier a accordé un entretien filmé au journaliste Pierre Desgraupes dans l’émission Lectures pour tous (RTF).
Le père Georges Chevallier s’éteint le 21 janvier 1978. Ses obsèques sont célébrées à Aubagne, siège du commandement de la Légion étrangère, le 24 janvier 1978, en présence des autorités militaires de la garnison.
- Chevalier de la Légion d’honneur ;
- Croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieures ;
- Croix de la Valeur militaire ;
- 6 citations.




