BRÉCHIGNAC Jean

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Jean Bréchignac naît à Cran-Gevrier, dans la périphérie d’Annecy, le 25 septembre 1914, quelques semaines après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. 

Il intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1935. Sa promotion, la 122ᵉ, prend le nom de « Maréchal Lyautey », du nom du résident général au Maroc disparu en 1934. Elle quitte l’école en 1937 et fournira un contingent particulièrement éprouvé par la décennie suivante : nombre de ses membres tombent en 1940 dans la bataille de France ou disparaissent au cours des conflits coloniaux.

À sa sortie d’école, Bréchignac choisit l’infanterie et l’Afrique du Nord. Il sert avec les tirailleurs algériens en Tunisie, alors protectorat français, dans une armée encore très marquée par l’expérience des opérations de pacification. C’est là qu’il acquiert sa première expérience de la troupe musulmane, des unités à recrutement local et du commandement en garnison coloniale — un cadre auquel il reviendra à intervalles réguliers dans les vingt années suivantes.

La bataille de France puis la captivité (1939-1942)

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Bréchignac sert au 11e régiment de tirailleurs algériens (11e RTA), unité formée principalement de Maghrébins encadrés par des officiers et sous-officiers européens. Dès le printemps 1940, il commande une compagnie de ce régiment, engagé dans la bataille de France.

Le 11e RTA est cité à l’ordre de l’armée pour sa conduite entre le 10 et le 22 juin 1940. La citation, signée par le commandement, mentionne que le régiment, sous les ordres du colonel Doucet, « a fait preuve des plus belles qualités militaires », « exécuté sur plus de 500 km, en présence d’un ennemi le harcelant sans cesse, une série de mouvements de retraits ordonnés par le commandement », et « a continué de résister, bien que réduit à une poignée d’hommes, en s’imposant à l’ennemi par son ardeur combattive et son esprit de sacrifice ». La compagnie de Bréchignac participe à ces combats de retardement.

Fait prisonnier dans les derniers jours de la campagne, le jeune capitaine est transféré dans un camp de prisonniers en Allemagne orientale. Les conditions matérielles et la stricte surveillance imposées aux officiers français y dissuadent la plupart des évasions, mais Bréchignac entreprend la sienne. Il s’évade seul et rejoint l’Afrique française du Nord en traversant les Balkans et la péninsule italienne, par les maquis yougoslave et italien. À son arrivée en Afrique du Nord, qui passe sous contrôle allié à partir de novembre 1942, il rejoint les forces françaises reconstituées sur le sol algérien.

Le 1er RCP, les Vosges et l’Alsace (1943-1945)

Bréchignac rallie le 1er régiment de chasseurs parachutistes (1er RCP), unité aéroportée créée pendant la guerre, dont le destin se confondra ensuite largement avec le sien. Selon les éléments biographiques publiés par la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère et la fiche officielle du régiment, il y sert comme lieutenant de 1943 à 1945. Le 1er RCP est intégré aux unités françaises engagées au sein du dispositif allié dans le nord-est de la France.

Il prend le commandement de la 1re compagnie du régiment pendant les campagnes des Vosges et d’Alsace. Selon l’historique régimentaire, ses compagnies combattent dans la forêt de Géhan, puis prennent part à la bataille de la poche de Colmar, notamment autour de Jebsheim. Le 1er RCP entre dans Colmar le 3 février 1945. Bréchignac termine la guerre dans cette unité, dont il s’est imprégné de l’esprit et des traditions.

À la Libération, il a trente ans, capitaine confirmé, déjà cité et expérimenté dans deux types de combats très différents : la guerre des frontières en 1940, la guerre des fronts fixés en 1944-1945. Il a aussi acquis la culture parachutiste, qui devient à la fin des années 1940 l’arme privilégiée de l’armée française pour les conflits coloniaux.

Premier séjour indochinois (1947-1948)

Volontaire pour l’Extrême-Orient, Bréchignac débarque en Indochine en 1947. Il y sert au sein de la demi-brigade de marche parachutiste, formation hétérogène réunissant les éléments aéroportés disponibles. Dans le cadre des opérations menées contre le Việtminh, il prend part à plusieurs sauts opérationnels.

Le 15 avril 1947, il est parachuté sur Hoa Binh, dans le cadre de la prise de la ville. Le 9 octobre 1947, il saute sur Cao Bang lors de l’opération Léa, vaste manœuvre aéroterrestre visant à porter un coup décisif au dispositif militaire et politique du Việt Minh dans le Haut Tonkin. L’opération échoue à atteindre ses objectifs majeurs mais permet de tester pour la première fois en masse les unités parachutistes dans la jungle indochinoise.

Bréchignac demeure ensuite à la tête de la compagnie de commandement du 1er bataillon du 1er RCP jusqu’en 1949. Il est rapatrié de son premier séjour le 22 juillet 1948.

La période de transition et le 10e BPC (1949-1952)

De retour en métropole, Bréchignac suit le cursus habituel d’un officier d’active. En 1952, il est affecté à Quimper, où il prend le commandement du 10ᵉ bataillon de parachutistes coloniaux (10e BPC). Le bataillon, formé en Bretagne, fait partie de l’effort de réorganisation des troupes aéroportées : en décembre 1952, le 10e BPC change de subordination et devient le 2e bataillon du 1ᵉʳ régiment de chasseurs parachutistes (II/1er RCP). Bréchignac, désormais chef de bataillon, suit le mouvement et conserve le commandement de l’unité, qui sera réacheminée vers l’Indochine au tout début de 1953.

L’unité conserve sa physionomie : un bataillon parachutiste de tradition coloniale, recruté sur engagement, doté d’une compagnie de commandement, de trois compagnies de combat et d’une compagnie d’appui, soit environ 700 hommes lorsqu’il est à effectif plein. Son armement repose alors sur les armes individuelles MAS 36 et MAT 49, les fusils-mitrailleurs FM 24/29 et les mortiers de 60 et 81 mm parachutables.

Retour en Indochine et opérations préparatoires (1953)

Bréchignac débarque pour son second séjour en Indochine en janvier 1953, sa fiche personnelle citant le 17 janvier. Le II/1er RCP est aussitôt employé dans la suite des grandes opérations de la Réserve générale, qui projette les bataillons parachutistes là où le commandement souhaite frapper, soulager une unité menacée ou détruire un dépôt logistique du Việtminh.

Sous le commandement du major Bréchignac, le bataillon participe à plusieurs opérations majeures :

  • Opération Adolphe, dans le delta tonkinois ;
  • Opération Camargue, en juillet-août 1953, vaste manœuvre amphibie et aéroportée le long de la route Mandarine entre Huê et Quang Tri, visant à détruire le régiment 95 du Việtminh ;
  • Opération Hirondelle, le 17 juillet 1953, raid aéroporté de destruction du dépôt logistique de Lang Son, mené par les bataillons parachutistes nordistes. Le II/1er RCP est tenu en réserve sur la base aérienne de Tong en cas de difficultés des unités engagées ; 
  • Opération Mouette, en octobre-novembre 1953, qui vise à user la division 320 du Việtminh dans le sud du delta ;
  • Opération Castor, le 20 novembre 1953, ouverture de la bataille de Diên Biên Phu.

À cette époque, son bataillon est crédité de la prise du poste de commandement de la 325e division communiste lors d’un raid au Laos.

L’opération Castor : le premier saut sur Diên Biên Phu (20 novembre 1953)

Le 20 novembre 1953, l’opération Castor donne le coup d’envoi de la bataille de Diên Biên Phu. Décidée par le général Henri Navarre, commandant en chef en Indochine, elle vise à occuper la cuvette de Diên Biên Phu, dans le Haut Tonkin proche de la frontière laotienne, pour barrer la route du Laos à la division 316 du Việtminh, attirer les divisions adverses loin du delta et permettre des raids de longue portée. Confiée au général Jean Gilles, c’est la plus grande opération aéroportée de la guerre d’Indochine.

Vers 10 h 30 ce matin-là, les deux premiers bataillons sautent simultanément sur deux zones de mise à terre : le 6ᵉ bataillon de parachutistes coloniaux (6e BPC) du commandant Marcel Bigeard sur la DZ « Natacha », au nord-ouest du village de Diên Biên Phu, et le 2e bataillon du 1er régiment de chasseurs parachutistes (II/1ᵉʳ RCP) du commandant Bréchignac sur la DZ « Simone », au sud. Le 6e BPC tombe au contact d’une compagnie Việtminh à l’instruction et engage immédiatement le combat ; le II/1er RCP est largué dans des conditions plus délicates et doit lui aussi se déployer rapidement.

À la fin de la journée, les Français comptent 15 tués et 34 blessés au combat, auxquels s’ajoutent 1 mort et 13 blessés au saut ; le Việtminh laisse environ 115 morts et 4 prisonniers. Les sauts se poursuivent les 21 et 22 novembre avec le 1er BEP, le 8e BPC, le 5e BPVN et l’état-major divisionnaire aéroporté du général Gilles.

Bréchignac ne reste pas à Diên Biên Phu : son bataillon est relevé au début du mois de décembre 1953, conformément à la pratique d’usage qui veut que les bataillons parachutistes soient retirés rapidement après une opération de prise pour reconstituer la Réserve générale. Le II/1er RCP est ensuite redéployé dans la région de Sêno, au Laos central, où il participe à la couverture du Mékong moyen et à des opérations de contrôle de zone. C’est dans ce contexte qu’il revient au feu lorsque la situation se dégrade gravement dans la cuvette quatre mois plus tard.

La bataille (13 mars – 30 mars 1954)

La bataille de Diên Biên Phu débute le 13 mars 1954, lorsque l’armée populaire vietnamienne du général Võ Nguyên Giáp ouvre le feu sur le point d’appui Béatrice avec une concentration d’artillerie sans précédent dans la guerre d’Indochine. Le commandement français a sous-estimé l’aptitude du Việt Minh à acheminer 105 mm et DCA en quantité jusqu’à proximité immédiate de la cuvette. Béatrice tombe dans la nuit du 13 au 14 mars ; Gabrielle est prise le 15 ; le colonel Charles Piroth, commandant l’artillerie de la garnison, se suicide dans la nuit du 15 au 16. Les pertes en officiers s’accumulent, les pistes d’aviation sont interdites au trafic, le ravitaillement n’a plus lieu que par largage.

Dans la nuit du 30 au 31 mars, le Việt Minh lance la deuxième grande phase de l’offensive, la « bataille des cinq collines », en s’emparant des points d’appui Dominique 1, Dominique 2 et Éliane 1 à l’est de la position. Une contre-attaque française reprend brièvement Éliane 1 et Dominique 2 le 31 mars, mais sans réserves, le camp retranché doit se résoudre à un dispositif réduit. Le commandement décide alors d’engager des renforts aéroportés. Le II/1er RCP, qui s’est entraîné à Sêno, est désigné.

Le parachutage en renfort (1ᵉʳ-4 avril 1954)

Le 1er avril 1954, dans des conditions tactiques désormais critiques, débute le largage du II/1ᵉʳ RCP sur Diên Biên Phu. Le commandement parachuté à Hanoï a décidé, après réunion d’état-major, d’abandonner le largage de grandes unités au profit de « petits paquets » d’hommes à proximité immédiate du centre de résistance. Le journal de marche du 1ᵉʳ avril 1954 indique : « Hanoï : réunion d’état-major décision de larguer les hommes par petits paquets sur le centre de résistance directement. Mise en stand-by des parachutages de grandes unités. À Diên Biên Phu, on épluche chaque unité pour dégager des renforts. »

Les premiers sticks (groupes d’hommes largués par un même avion) du II/1er RCP sautent dans la nuit du 1er au 2 avril. Le 2 avril, le largage s’amplifie. Le journal de marche signale : « Arrivée des Banjo au-dessus de la vallée qui viennent larguer le II/1ᵉʳ RCP. Arrivée 8 500 pieds QNH par avion isolé à intervalle de 15 minutes. L’avion fait son approche au Gonio, puis sur ordre du Dakota PC effectue la descente dans la cuvette suivant un slalom. »

La DZ utilisée mesure 500 m de long, « trop étroite, jonchée d’épaves de plus d’une douzaine d’avions ». Les Dakota descendent un à un, larguant un stick par passage. La DCA Việtminh s’est rapprochée à mesure de la chute des points d’appui périphériques et les pertes sont alourdies par des hommes touchés en l’air. Le 2 avril, la 4e compagnie du II/1er RCP du lieutenant Subrégis, son adjoint l’adjudant Rebroin, une partie de la compagnie de commandement et des artilleurs du 35ᵉ RALP sont largués ; 7 hommes sont perdus, dont 5 atteints en l’air.

Le 3 avril, le rythme se poursuit : 11 C-47 larguent les compagnies suivantes du bataillon ; le sous-lieutenant André Mengelle effectue à cette occasion son premier saut opérationnel. Le journal de marche prévoit pour la nuit du 3 au 4 avril 400 hommes-gaines (matériel attaché à des conteneurs) en 20 avions.

Bréchignac lui-même est parachuté dans la nuit du 3 au 4 avril 1954, à la tête du gros de son bataillon. Le II/1er RCP est employé immédiatement dans le sous-secteur centre, autour des positions Éliane qui constituent désormais le centre de gravité de la défense. Bigeard, parachuté de son côté à la mi-mars, a déjà pris en main la coordination tactique des paras du camp retranché.

L’engagement sur les Éliane (4-10 avril 1954)

Aussitôt mis à terre, les éléments du II/1er RCP sont engagés dans les opérations de tenue et de reconquête des points d’appui Éliane. Le 10 avril, Bigeard, désormais coordinateur tactique de la contre-offensive sur l’est du Nam Youm, lance une attaque pour reprendre Éliane 1 à la division 316 du Việtminh.

Le journal de marche du 10 avril, à nouveau repris dans la chronologie de Theatrum Belli, place le II/1er RCP en alerte au pied d’Éliane 10, dans le rôle de réserve d’exploitation : « En alerte au pied d’Éliane 10, le bataillon Bréchignac (1er RCP). Bigeard recourt à la tactique des commandos. De petits éléments d’infanterie qui avancent le plus vite possible, les poches de résistance détruites par l’artillerie et les 2e et 3e vagues. Bruno est sur Éliane 4, dans un trou sur la pente face à l’objectif avec 8 postes de radio autour de lui. Bigeard passe 10 heures dans son trou sous une pluie de terre et de débris soulevés par les obus ennemis. »

Au matin du 10 avril, le 6e BPC et le II/1er RCP attaquent les pentes ouest d’Éliane 1. Les compagnies Trapp et Le Page s’épuisent à conquérir un terrain bouleversé par les obus. Le 11 avril, la position est reconquise après des combats au corps à corps. Le bataillon Bréchignac s’y installe.

Le commandement d’Éliane Haut (11 avril – 1er mai 1954)

Le 11 avril 1954, le commandement du camp retranché réorganise son dispositif est. Le journal de marche du jour mentionne : « Est Nam Youm : Commandant Bréchignac du II/1ᵉʳ RCP prend le commandement du nouvellement créé Éliane Haut, de Éliane 1 à Éliane 4, alors que le commandant Chenel du BT2 est assigné aux Éliane Bas, Dominique 3, Éliane 10 et Éliane 12. Le 6ᵉ BPC revient officiellement au capitaine Thomas. »

Bréchignac devient ainsi responsable de la défense de l’épine dorsale orientale de Diên Biên Phu : la chaîne de collines fortifiées Éliane 1, Éliane 2Champs-Élysées »), Éliane 3 et Éliane 4, qui dominent la cuvette et couvrent le PC du colonel de Castries. Le maintien de ces positions conditionne la viabilité de l’ensemble du camp retranché.

Le même jour, la division 316 du Việtminh relance un assaut sur Éliane 1. Le II/1er RCP, qui occupe la position sans pouvoir disposer d’obstacles dignes de ce nom, voit le combat dégénérer en corps à corps. Les compagnies du 1er BEP arrivent en renfort entre Éliane 4 et Éliane 1 en chantant la marche du bataillon, certains en français, d’autres en allemand. Le sommet est âprement disputé, la 2e et la 3e compagnie du 5e BPVN sont envoyées en seconde vague.

Pendant les jours suivants, le bataillon Bréchignac tient ses positions sous un harcèlement permanent par mortiers, artillerie et grenades. Les actions de coups de main de nuit se multiplient. Le 21 avril, le journal de marche signale : « Coup de main de nuit du 2/1er RCP sur petit piton Nord de Éliane 1 bouscule une section ennemie au travail et permet de faire 4 prisonniers. »

Le 23 avril, le bilan d’un autre raid est dressé : « Pertes VM : suite coup de main du 2/1er RCP au Nord d’Éliane 1 : 19 VM tués, 4 blockhaus détruits, 2 FM, 4 PM, 5 fusils récupérés. »

Mais l’usure de l’unité est constante. Le 24 avril, le bilan global du bataillon depuis son parachutage est dressé : « Le 2/1 RCP depuis le 4 avril date de son parachutage a eu 56 morts, 35 disparus dont 10 présumés morts et 267 blessés. »

À la même date, le sous-secteur Éliane Haut commandé par Bréchignac aligne 400 hommes restants du II/1er RCP, deux compagnies du 5e BPVN du chef de bataillon Botella réduites à 200 paras, le 1er bataillon de la 13e DBLE du capitaine Coutant à 350 légionnaires, et deux compagnies du 6e BPC, plus 200 hommes en réserve, soit un total de 1 150 combattants. Ces forces tiennent face à des unités adverses fraîches venues du nord du Vietnam et appuyées par une artillerie qui n’a cessé de progresser.

Le commandement de Bréchignac, signalé par les sources comme silencieux mais précis, repose sur la stabilité psychologique d’un chef ancien, plusieurs fois éprouvé, capable d’assumer l’épuisement de ses hommes sans céder à la panique. Le portrait qu’en fait Jules Roy, repris par plusieurs auteurs, en fait l’antithèse tempéramentale de Bigeard : moins démonstratif, plus discret, mais d’une efficacité tactique équivalente.

La phase finale (1er – 7 mai 1954)

Le 1er mai 1954 au soir, le Việtminh déclenche l’assaut final. Sa stratégie d’usure, fondée sur le creusement par les coolies d’un vaste réseau de tranchées qui amènent les bo-doï au contact des barbelés français, est devenue irrésistible. Éliane 1, Dominique 3 et Huguette 5 tombent dès la nuit du 30 avril au 1er mai. Le ravitaillement par largage est devenu aléatoire : selon les communications transmises par le poste d’observation américain à Hanoï, près de 60 % des largages tombent dans les lignes Việtminh dans la première semaine de mai.

Le 2 mai, Éliane 1 reçoit un bombardement « d’une précision et d’une brutalité inouïes ». Le journal de marche rapporte : « Éliane 1 : La relève prévue des deux compagnies du II/1ᵉʳ RCP prévue du lieutenant Périou et du lieutenant Leguéré est annulée par le commandant Bréchignac installé sur Éliane 4. Harcèlement assez violent depuis 16 h 30 sur l’ensemble du CR et particulièrement la zone PC. Éliane 1 : Après 15 minutes de combat, la 3ᵉ compagnie du II/1ᵉʳ RCP a cessé d’exister. »

Bréchignac, installé sur Éliane 4, ordonne ensuite l’engagement de la dernière compagnie disponible, la 1ʳᵉ du lieutenant Périou, qui devient chef du point d’appui Éliane 1. Le journal note l’épuisement physique des hommes : « Périou est fatigué. Il est comme les cent parachutistes qu’il entraîne au-delà du ravin d’Éliane 1, l’image vivante de l’épuisement physique. »

Éliane 1, pris et repris depuis le 30 mars, perd progressivement la moindre forme d’abri. Le sommet, écrasé par les bombardements, n’est plus qu’« un tas de boue ». Les patrouilles de nuit s’étripent au contact ; le II/1er RCP est décimé.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1954, le Việtminh enlève successivement les derniers points d’appui Éliane. Bréchignac reste sur Éliane 4, qui sera prise dans la matinée du 7 mai. Il est fait prisonnier le 6 (ou le 7) mai sur Éliane 2 avec les survivants de son unité. Plusieurs sources françaises retiennent plutôt la date du 7 mai, lorsque l’ensemble du sous-secteur tombe et que le général de Castries reçoit du général Cogny l’ordre formel de ne pas hisser le drapeau blanc ni de signer d’acte de capitulation.

La captivité au camp n°1 (mai-septembre 1954)

Comme la plupart des officiers capturés, Bréchignac est dirigé vers le camp de prisonniers n°1, situé dans une zone montagneuse du Tonkin. Le régime de détention imposé par le Việtminh aux prisonniers de guerre français, marqué par la sous-alimentation, le manque de soins, des marches forcées de plusieurs centaines de kilomètres et un « endoctrinement » politique intensif, a un taux de mortalité élevé. Sur les quelque 11 700 prisonniers capturés à Diên Biên Phu, à peine plus d’un tiers reviendront vivants après quatre mois de captivité.

Bréchignac figure parmi les survivants. Sa libération intervient à Việt Trì en septembre 1954, conformément aux clauses prévues par les accords de Genève. Il rentre en France considérablement éprouvé physiquement, mais en état d’être rapidement réintégré au service actif. 

Retour en métropole et passage en Algérie (1954-1958)

Après son rapatriement, Bréchignac retrouve l’armée d’une République en pleine reconfiguration. L’opinion publique métropolitaine, peu mobilisée par le conflit indochinois, accueille les rapatriés avec une indifférence qui marque toute une génération d’officiers. Le 1er novembre 1954 ouvre, en Algérie, le nouveau cycle qui mobilisera l’armée jusqu’en 1962 : la « Toussaint rouge », première offensive coordonnée du Front de libération nationale (FLN).

Les unités parachutistes, dont l’efficacité a été éprouvée en Indochine, sont employées comme « réserve générale » du commandement supérieur en Algérie. Bréchignac sert dans ces formations. Ses états de service le créditent d’un passage à l’état-major et de fonctions de commandement intermédiaire dans la chaîne aéroportée. Il est promu lieutenant-colonel pendant la guerre d’Algérie.

Le commandement du 9e RCP (1958-1960)

Bréchignac prend, en août 1958 (ou 59), le commandement du 9e régiment de chasseurs parachutistes (9e RCP), créé en 1956 à partir du IIe bataillon du 18e régiment d’infanterie parachutiste de choc. Il est alors stationné en Algérie et engagé dans les opérations de quadrillage des zones de Kabylie et des Aurès, ainsi que dans la pacification des zones urbaines. Il fait partie, selon les périodes, de la 10e ou de la 25e division parachutiste.

Le commandement de Bréchignac coïncide avec l’intensification du conflit après le déclenchement de la guerre par les attentats de la Toussaint 1954. Il est ensuite porté, selon la version anglophone de sa notice biographique, à des fonctions d’état-major auprès du général Émile Autrand, alors commandant la 25e division parachutiste. Les sources françaises, plus elliptiques, indiquent qu’il commande le 9e RCP jusqu’en 1961.

Le putsch des généraux d’avril 1961

Le 22 avril 1961, le « quarteron » de généraux retraités composé de Maurice Challe, Edmond Jouhaud, André Zeller et Raoul Salan déclenche à Alger un coup d’État dirigé contre la politique algérienne du président Charles de Gaulle. Le mouvement vise à imposer le maintien de l’Algérie française, alors même que des négociations secrètes ont été engagées par le gouvernement Debré avec le Front de libération nationale (FLN).

Les unités qui se rallient immédiatement sont, pour une bonne part, des régiments parachutistes. 2 régiments sur 7 rejoignent l’action : le 1er régiment étranger de parachutistes (1er REP) du commandant Hélie Denoix de Saint Marc et le 9e RCP du colonel Bréchignac. À la 25e division parachutiste, ce sont 5 régiments sur 7 qui s’engagent, dont le 1er RCP, le 14e RCP, le 18e RCP, le 2e REP et le 8e RPC.

Le putsch dure 4 jours. Confronté à l’allocution télévisée du général de Gaulle le 23 avril, à la mise en application de l’article 16 de la Constitution et au refus de la masse du contingent métropolitain de marcher sur Paris, il s’effondre à partir du 25 avril. Le 26 avril, le général Challe se rend et appelle ses subordonnés à reprendre leur place dans la hiérarchie légale. Bréchignac est arrêté avec les autres officiers ralliés et transféré en métropole.

Le procès devant le Haut Tribunal Militaire (juin 1961)

Inculpé de participation à une tentative de coup d’État militaire, Bréchignac comparaît devant le Haut Tribunal militaire, juridiction d’exception créée en mars 1961 pour juger les responsables de l’insurrection algéroise. Selon le compte rendu publié par Le Monde le 28 juin 1961, la défense du colonel Bréchignac est « strictement technique » et se concentre sur la chaîne des événements internes à la 25e division parachutiste. L’avocat plaide que plusieurs régiments avaient déjà bougé sans ordre, que l’autorité hiérarchique s’était délitée et que l’officier avait cherché à éviter un désordre plus grave en suivant la chaîne de commandement disponible.

Bréchignac nie avoir préparé la mutinerie. Il indique n’avoir eu connaissance de l’action qu’au cours de la journée du 22 avril. Cette ligne, qui distingue la responsabilité dans la conception du putsch et la responsabilité dans son exécution, est admise par le tribunal pour une partie des prévenus. Le verdict tombe le 26 juin 1961 : Bréchignac est condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis. Il est radié des cadres de l’armée.

Les peines varient considérablement selon les acteurs. Maurice Challe et André Zeller sont condamnés à quinze ans de réclusion criminelle ; Raoul Salan, jugé plus tard par contumace puis arrêté, est condamné à la perpétuité ; Jouhaud, pied-noir, est condamné à mort (peine commuée). Trois régiments, dont le 1er REP, le 14e RCP et le 18e RCP, sont dissous. L’état-major de plusieurs autres, dont le 1er RCP et le 9e RCP, est dissous et reconstitué. Plus de 1 000 démissionnent par solidarité avec les putschistes ou par hostilité à la politique algérienne du gouvernement.

Radié des cadres en juin 1961, Bréchignac vit dans la discrétion. Les sources biographiques ne mentionnent ni engagement public ni mémoires publiés ; il ne participe pas, contrairement à plusieurs de ses anciens camarades du putsch, à des entreprises politiques ouvertement nostalgiques de l’Algérie française. Sa retraite se passe dans le sud-est de la France. Il meurt le 25 mai 1984 à Nice. Il avait 69 ans.

L’amnistie générale des participants au putsch et à l’OAS, intervenue par étapes au cours des années 1960 et 1970, lui a permis, comme à de nombreux autres officiers radiés, d’être réintégré dans ses droits ; sans toutefois retrouver une activité militaire. Il meurt deux ans après l’élection présidentielle de 1981, qui ouvre une période d’amnisties plus larges et de reconnaissance partielle du parcours des officiers parachutistes français.

Décorations et distinctions

Repères chronologiques

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