LEGRAND Michel

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Michel Legrand naît le 13 juin 1918 à Villerville, dans le Calvados, fils d’un agent immobilier. Il effectue sa scolarité jusqu’à 18 ans dans un établissement tenu par les jésuites, l’Institution libre de Marcq-en-Barœul, dans le Nord. En novembre 1936, il s’engage pour 3 ans au 8e régiment de cuirassiers. Nommé brigadier en 1937 puis brigadier-chef en 1938, il opte la même année pour les troupes coloniales et rejoint Brazzaville en avril 1939, où il sert comme caporal-chef dans un bataillon de tirailleurs sénégalais.

L’armistice de juin 1940 le surprend en Afrique-Équatoriale française. Le 28 août 1940, il participe au ralliement de la garnison de Brazzaville à la France libre et s’engage immédiatement dans les Forces françaises libres. Affecté au Bataillon de marche n° 1, sous les ordres du chef de bataillon Delange, il prend part aux combats de ralliement du Gabon. Le 1er novembre 1940, devenu sergent, il conduit une patrouille de reconnaissance en pirogue et, malgré la rencontre d’un ennemi supérieur en nombre, ramène l’ensemble de ses hommes ; cette action lui vaut sa première citation.

À la mi-mars 1941, son bataillon est dirigé vers la Palestine. Comme chef de section, Legrand participe à la campagne de Syrie contre les troupes vichystes et est blessé par balle le 15 juin 1941 au Djebel Kelb. Promu sergent-chef, il suit les cours d’élèves aspirants à Damas. En mai 1942, il se porte volontaire pour servir comme parachutiste sous les ordres du commandant Georges Bergé.

Intégré au French Squadron rattaché à la brigade britannique du Special Air Service (SAS), il prend part à des raids en Libye, menés en jeep contre les terrains d’aviation allemands, aux côtés d’autres jeunes officiers de la France libre. Il est de nouveau blessé par balle au combat rapproché le 12 juillet 1942 sur l’aérodrome de Fuka, lors d’une seconde mission. En Tunisie, début 1943, chef de patrouille, il participe à la destruction de camions de troupes allemandes et de la voie ferrée Gabès-Sfax. Encerclé le 27 janvier, il échappe à l’ennemi au terme d’un combat au corps à corps et ramène sa patrouille dans les lignes alliées après trois jours de marche en montagne.

Les parachutistes français sont ensuite envoyés en Grande-Bretagne. En avril 1943, lors d’une inspection à Camberley, Michel Legrand reçoit la croix de la Libération des mains du général de Gaulle. Compagnon de la Libération par décret du 26 mars 1943, il poursuit son entraînement en Écosse au sein du 4e bataillon d’infanterie de l’air, sous les ordres du commandant Pierre-Louis Bourgoin, en vue des parachutages prévus pour accompagner le débarquement. C’est durant ce séjour qu’il épouse, le 1er décembre 1943, Margaret Page.

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1944, il est parachuté en Bretagne, au-dessus des Côtes-du-Nord. Il participe à la désorganisation des troupes allemandes, fait sauter le 10 juin la voie ferrée reliant Loudéac à Saint-Méen, et prend une part importante à l’organisation des maquis et des actions des Forces françaises de l’intérieur dans les Côtes-du-Nord et l’Ille-et-Vilaine. Au début du mois d’août, lors de la retraite allemande, il défend avec quelques hommes le village de Merdrignac contre un fort contingent de SS, action au cours de laquelle il est grièvement blessé d’une balle dans la poitrine.

Son unité, devenue le 2e régiment de chasseurs parachutistes (2e RCP), poursuit les combats jusqu’en février 1945, notamment dans les Ardennes belges lors de la contre-offensive allemande de l’hiver 1944. Le 11 novembre 1944, place de l’Étoile à Paris, le 2e RCP reçoit la croix de la Libération des mains du général de Gaulle ; c’est Michel Legrand qui porte alors le drapeau du régiment. Le 8 avril 1945, il est de nouveau parachuté, cette fois aux Pays-Bas, où il affronte pendant une dizaine de jours des troupes allemandes lors de combats violents.

Trois séjours en Indochine

La guerre terminée, Legrand demeure dans les troupes parachutistes et part une première fois en Indochine en février 1946. En septembre 1947, tombé dans une embuscade avec son peloton de jeeps blindées (le pare-brise a été remplacé par une structure en plaque de blindage et sont armées d’une mitrailleuse Reibel MAC31 de 7,5 mm à l’avant et d’un FM 24/29 à l’arrière), il regroupe les survivants et repousse les assauts jusqu’à l’arrivée des renforts ; il y est blessé par balle pour la quatrième fois. Il est promu capitaine en mars 1948 et regagne la France en juin de la même année.

Un deuxième séjour en Indochine, de décembre 1950 à février 1953, le voit participer aux opérations de son unité. Entre ses séjours, il sert comme instructeur, notamment au sein de la formation des troupes aéroportées.

En février 1954, Michel Legrand retourne une dernière fois en Indochine. Affecté à la base divisionnaire aéroportée, il prend la tête d’une compagnie de commandos laotiens. C’est à ce titre qu’il participe, au sein de la colonne Crèvecœur, à l’opération conduite depuis le Laos en direction de Diên Biên Phu, dont la mission était notamment de recueillir d’éventuels rescapés du camp retranché.

Sa participation s’inscrit donc dans la physionomie générale de la colonne, largement composée d’unités laotiennes et de commandos encadrés par des officiers français aguerris. Les sources biographiques le concernant rattachent son engagement à cet épisode, sans détailler les actions précises de sa compagnie durant la marche et le repli ; elles confirment sa présence dans le dispositif et le rôle de commandement qu’il y exerçait.

Après la fin des hostilités en Indochine, Michel Legrand devient instructeur commando et obtient avec sa compagnie d’instruction des résultats remarqués. Mais sa santé, éprouvée par des années de campagnes, de blessures et d’engagements continus, se dégrade. Le 19 février 1955, très affaibli, il doit être hospitalisé. Malgré les soins prodigués à l’hôpital militaire Grall de Saïgon, il meurt le 29 mai 1955 dans un état d’épuisement complet, reconnu imputable au service. Il est inhumé au cimetière de Bagneux.

Au moment de sa mort, il était officier de la Légion d’honneur et titulaire de nombreuses décorations, dont la croix de la Libération, la croix de guerre 1939-1945 assortie de 8 citations, la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures avec 2 citations, la médaille de la Résistance avec rosette, ainsi que des distinctions britanniques et étrangères acquises au cours de ses missions. Ses états de service totalisaient une dizaine de citations pour son comportement au combat.

Le général Georges Bergé, sous les ordres duquel Legrand avait servi comme parachutiste, lui rendit hommage après sa mort, soulignant à la fois ses qualités d’homme (simplicité, droiture, générosité) et sa valeur de chef au combat, son sens du terrain et la clarté de ses décisions. En 1988, l’École militaire interarmes donna le nom de Michel Legrand à l’une de ses promotions, perpétuant ainsi sa mémoire dans la formation des officiers.

La colonne Crèvecœur (opération Condor).

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Journal de marche et d'opérations