Yves Marie Robert Hervouët naît le 1er octobre 1920 à Marissel, près de Beauvais, dans l’Oise. Il est le sixième d’une famille de huit enfants, fils d’Henri Hervouët, ingénieur en électricité, et de Suzanne Lallie. Il prépare le concours de Saint-Cyr dans la corniche de Nantes, puis à la corniche Mangin du lycée Saint-Louis, à Paris.
Admis à l’École spéciale militaire en septembre 1942, alors repliée à Aix-en-Provence, il intègre la promotion « Croix de Provence ». L’occupation de la zone libre par les Allemands, le 11 novembre 1942, entraîne le renvoi des élèves dans leurs foyers ; l’école ferme ses portes le 5 décembre.
En mai 1943, Hervouët franchit clandestinement la frontière espagnole pour gagner l’Afrique du Nord. Détaché à l’école de Cherchell, où sont formés les cadres, il est promu sous-lieutenant, puis affecté aux chasseurs d’Afrique.
Le 18 août 1944, il débarque dans la baie de Saint-Tropez à la tête d’un peloton antichar équipé de canons de 57 mm, au sein du 5e régiment de chasseurs d’Afrique. Engagé dans la campagne de France, il est blessé au bras gauche le 14 septembre lors du nettoyage du village de Belmont, dans la trouée de Belfort, action qui lui vaut une citation à l’ordre de la division. Le 19 novembre 1944, à Froidefontaine et Brebotte, son unité capture deux cents prisonniers ; il est cité à l’ordre de l’Armée. Promu lieutenant en décembre 1944, il reste en occupation en Allemagne jusqu’en octobre 1945.
Après un cours de perfectionnement à Saumur en 1947-1948 et une affectation au 13e régiment de dragons à Alençon, Hervouët part une première fois pour l’Indochine dès décembre 1948 et rejoint le 5e régiment de cuirassiers. Nommé capitaine le 1er janvier 1950, il prend le commandement du 8e escadron le 1er mai.
Il se distingue notamment le 19 octobre 1950 lors d’une opération d’ouverture de la route coloniale n° 1 à Nui-Da-Giong, dans le Centre-Vietnam, action citée à l’ordre de la division. Le 2 mars 1951, à Phan-Thiet, dans le Sud-Annam, il tombe dans une embuscade viêt-minh et est blessé par balles, mais parvient à se dégager. Il quitte l’Indochine le 29 juin 1951.
De retour en Allemagne, Hervouët commande le 3e escadron du 3e régiment de spahis algériens, avant de devenir, en février 1952, l’officier d’ordonnance du maréchal Alphonse Juin, commandant en chef des forces terrestres alliées Centre-Europe. Cet épisode d’état-major, dans l’entourage direct du maréchal, précède immédiatement son retour au combat.
Le 9 novembre 1953, sur sa demande, Hervouët est désigné pour un second séjour en Indochine et affecté au 1er régiment de chasseurs à cheval. Fin décembre, le commandement décide de renforcer le peloton de chars du Régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM), qui vient d’arriver à Diên Biên Phu, et d’en constituer un escadron ; Hervouët en reçoit le commandement. Il arrive dans la cuvette le 9 janvier 1954.
L’escadron aligne 10 chars légers américains M24 Chaffee, acheminés en pièces détachées et remontés sur place, répartis en trois pelotons. Deux proviennent du 1er chasseurs, commandés par le lieutenant Henri Préaud et le maréchal des logis-chef Pierre Guntz ; le troisième est armé par des marsouins du RICM sous les ordres de l’adjudant-chef Aristide Carette. Le peloton Préaud est aussitôt détaché sur le point d’appui Isabelle, auprès du colonel Lalande. Le char de commandement d’Hervouët porte le nom de « Conti ». Au 1er mars, l’escadron compte 68 hommes, dont 51 du 1er chasseurs et 17 du RICM ; il sera renforcé tout au long de la bataille par des volontaires venus d’autres unités, parfois parachutés en plein combat.
Le 11 mars, Hervouët accompagne à bord du Conti l’un de ses pelotons engagé vers le point d’appui Béatrice, au profit de la 13e demi-brigade de Légion étrangère ; son char est pris à partie et il est légèrement blessé à la tête et au dos par des éclats.
L’offensive viêtminh de grande ampleur débute le 13 mars à 17 h 15 par un violent pilonnage d’artillerie, suivi de l’attaque de Béatrice, qui tombe avant l’aube le 14 mars ; Gabrielle est prise dans la foulée. Le 15 mars au petit matin, une contre-attaque menée par le 1er bataillon étranger de parachutistes et appuyée par les chars tente de dégager les défenseurs de Gabrielle. Hervouët coordonne l’action de ses pelotons depuis son char, sous les ordres directs du lieutenant-colonel Pierre Langlais. Au cours de ce combat, le maréchal des logis-chef Guntz est tué, son char frappé de plein fouet par un obus de mortier de 120 mm.
Les engagements se succèdent : le 25 mars à Ban-Kho-Lai, le 26 pour dégager Huguette, le 28 à Ban-Ong-Pet aux côtés des parachutistes du commandant Bigeard. Le 26 mars, Hervouët est blessé à la main gauche et l’avant-bras est plâtré. Le 31 mars, le recul d’un coup de canon lui écrase le bras dans la tourelle : la blessure est grave. Il refuse le rapatriement sanitaire vers Hanoï et poursuit son commandement les deux bras plâtrés jusqu’à la fin de la bataille.
Ses chefs comme ses subordonnés soulignent son calme et sa présence constante sur le réseau radio. Le 15 juin 1954, le lieutenant-colonel Audemard d’Alençon, commandant le 1er chasseurs, le décrira comme un chef de grande classe, dont l’action aura souvent évité la destruction d’unités d’infanterie.
Diên Biên Phu tombe le 7 mai 1954 ; Hervouët est fait prisonnier lors de la chute du camp retranché. Les Viêtminh, conscients des responsabilités qu’il a exercées, refusent son évacuation par hélicoptère avec les grands blessés. Il retire lui-même le plâtre gorgé d’humidité de son bras droit et part à pied avec un convoi de prisonniers, en tenue légère. Épuisé, atteint de dysenterie et privé de soins par ses gardiens, il s’affaiblit au fil des étapes. Le capitaine Yves Hervouët meurt en captivité le 10 juillet 1954, à l’âge de 33 ans. Il est déclaré « Mort pour la France ».
Blessé cinq fois au cours de sa carrière — en 1944, en 1951 et à trois reprises en 1954 à Diên Biên Phu — Hervouët était officier de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre 1939-1945 et de la croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieures, ainsi que des médailles des évadés et des blessés.
Sa mémoire est entretenue par l’arme blindée cavalerie et par plusieurs institutions. Son nom a été donné à une promotion des élèves officiers de réserve de Saumur en avril 1993, puis à la 200e promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (2013-2016), baptisée le 19 juillet 2014. Une rue de Nantes porte également son nom. Sur le site même de la bataille, la carcasse du char Conti, reconnaissable à un obus resté coincé dans la bouche de son canon, subsiste parmi les vestiges de Diên Biên Phu.



