Scooter Cushman Modèle 53

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La Cushman Motor Works trouve son origine à Lincoln, dans le Nebraska, où les frères (ou cousins, selon les sources) Everett et Clinton Cushman fondent leur entreprise au tout début du XXe siècle. La société est constituée sous le nom de Cushman Motor Works en 1913 et lance en 1922 la production de son moteur quatre temps « Husky », destiné au matériel agricole, aux pompes, aux tondeuses et aux bateaux. En 1936, en pleine Grande Dépression, Cushman commence à fabriquer les scooters Auto-Glide afin de stimuler la vente de ses moteurs Husky. 

L’armée américaine s’intéressait depuis quelque temps à ces engins. Petits, économes en carburant et maniables, les scooters Cushman étaient perçus comme une alternative aux voitures et aux camions pour les déplacements sur les bases. Cet intérêt s’accrut avec l’entrée en guerre des États-Unis en 1941. 

Le besoin opérationnel qui donna naissance au Model 53 était précis. Il s’agissait de combler un manque : assurer l’échange rapide de communications entre les unités aéroportées de première ligne et leur quartier général arrière, généralement situé à quelques kilomètres derrière les unités de combat. L’armée connaissant déjà bien les scooters Cushman employés sur ses installations, l’Ordnance Corps lança un appel à l’industrie automobile pour concevoir un scooter de transport pour parachutistes, pliable, léger, simple à utiliser, facile à entretenir et capable de survivre à l’impact d’un largage aérien. 

C’est dans ce cadre que le Model 53 vit le jour. Désigné G683 « Airborne Infantry Scooter » par l’armée, il fut retenu comme la meilleure option pour offrir aux hommes une mobilité dès leur arrivée au sol. 

Conception et construction

La structure du Model 53 répondait à une exigence de simplicité et de robustesse. Sa construction était très simple : un longeron en U courait le long d’un côté, contournait la roue arrière et revenait par l’autre côté. Deux arceaux enjambaient le cadre d’un côté à l’autre – l’un devant le moteur, soutenant l’avant de la selle, l’autre vers l’arrière, juste devant l’axe de la roue arrière. Ces deux arceaux étaient reliés par des barres horizontales qui protégeaient le moteur et servaient de support aux ressorts de selle. Une tête de direction était formée à l’avant, prolongée par des panneaux descendants faisant office de tablier, de repose-pieds et de petits protège-jambes.

Les fourches avant étaient non suspendues, renforcées par des entretoises, et munies d’un guidon soudé. Le moteur était un monocylindre quatre temps de type industriel, à refroidissement par ventilateur et magnéto à volant. Le petit moteur était logé sous la selle, le réservoir cylindrique placé à l’arrière du conducteur, et des garde-boue couvraient les roues avant et arrière. Une armature métallique ajourée coiffait le bloc moteur, et une béquille soutenait l’engin à l’arrêt. 

L’aptitude au largage était au cœur de la conception. Le Cushman 53 était doté d’anneaux d’accrochage pour parachute, permettant de le larguer avec les parachutistes ; il était considéré comme un véhicule consommable, abandonné si la situation l’exigeait. Comme les scooters étaient destinés à être parachutés, un important travail d’essais fut consacré à garantir leur survie au largage, soit dans une caisse, soit suspendus par des crochets de parachute fixés au cadre. Sa taille compacte permettait de le transporter en planeur, pour les missions aéroportées par atterrissage, ou de le larguer par parachute depuis un avion plus grand, comme le C-46 ou le C-47. 

Caractéristiques techniques

  • Moteur : Cushman 16M71, monocylindre quatre temps de 242 cm³ développant 4,6 chevaux. Démarrage au kick, vilebrequin sur roulements à rouleaux, allumage par magnéto. 
  • Boîte de vitesses : deux rapports. 
  • Vitesse de pointe : environ 64 km/h. 
  • Poids : environ 115 kg. 
  • Capacité de charge : environ 113 kg. 
  • Autonomie : environ 160 km avec un plein d’un peu plus d’un gallon d’essence. 
  • Capacités tout-terrain : franchissement d’une pente de 25 %. Équipé de roues de 20 pouces à pneus « ballon », il pouvait affronter la plu
  • part des surfaces et franchir des obstacles d’eau jusqu’à environ 30 cm de profondeur. 
  • Pneumatiques : de mêmes dimensions que ceux de certains avions, afin de pouvoir être interchangés. 
  • Attelage : un crochet arrière permettait de remorquer des voitures et camions en première. 

Le Cushman 53 entra en service en mars 1944. La production débuta tardivement dans la guerre, avec 4 233 machines sorties en 1944, suivies de 501 autres en 1945, soit un total de 4 734 exemplaires en temps de guerre. Ce chiffre reste modeste comparé aux plus de 90 000 motos conventionnelles produites par ailleurs. Tous modèles militaires confondus, Cushman fournit à l’armée près de 15 000 scooters.

La fabrication mobilisa une main-d’œuvre transformée par le contexte de guerre. Une grande partie de la population masculine servant outre-mer, des femmes furent embauchées à l’usine de Lincoln à 0,43 dollar de l’heure, pour des postes que les hommes occupaient à 0,53 dollar. 

L’usage du Model 53 se concentra sur la fin du conflit en Europe. Dans les dernières phases de la guerre, les parachutistes alliés utilisèrent ces scooters pour maintenir le contact entre les unités, accroître leur mobilité et transporter de petites charges. Les 101e et 82e divisions aéroportées américaines larguèrent des Model 53 en France après le Jour J ; beaucoup y furent abandonnés après la guerre. 

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