Pierre Yvon Flamen, né en 1929 à Périgueux (Dordogne), est un ancien sous-officier de l’armée de terre française. Engagé volontaire en 1947, il a servi deux fois en Indochine, d’abord au 1er bataillon thaï, puis au 6e bataillon de parachutistes coloniaux (6e BPC) du commandant Marcel Bigeard, avec lequel il a sauté sur Diên Biên Phu le 16 mars 1954. Blessé pendant la bataille, fait prisonnier le 7 mai 1954, il a été libéré à la fin du mois de septembre suivant. Il a poursuivi sa carrière en Algérie, en Afrique, puis au service Action de la DGSE, et a quitté l’armée en 1993 avec le grade de major. Élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur en 2022, il figure parmi les derniers survivants français de Diên Biên Phu et intervient régulièrement comme témoin auprès du public et des institutions de mémoire.
Formation et premier séjour en Indochine (1947-1952)
Pierre Flamen s’engage en 1947, à 18 ans. Selon les notices biographiques diffusées par les associations d’anciens parachutistes, il suit l’école des cadres de Langenargen, en Allemagne, au sein des troupes françaises d’occupation, avant d’être désigné pour l’Indochine.
Son premier séjour, entamé vers 1949, dure environ deux ans et demi et se déroule au pays thaï, dans le nord-ouest du Tonkin. Il y sert au 1er bataillon thaï. Les mêmes sources indiquent qu’il est le seul Européen à la tête d’un commando composé de supplétifs thaïs, chargé de missions de reconnaissance, de renseignement, de guérilla et de contre-guérilla en zone contrôlée par le Viêt-minh, entre la frontière laotienne et la frontière chinoise. L’objectif principal de ces détachements était de renseigner le commandement sur les mouvements des unités adverses. Il y est blessé d’un coup de couteau au cours d’un corps à corps.
Cette période lui donne une connaissance du terrain et des populations thaïes de la haute région qui jouera un rôle direct lors de sa captivité, deux ans plus tard.
Second séjour : le 6e BPC (1952-1954)
De retour en Indochine pour un second séjour, Pierre Flamen est affecté au 6e bataillon de parachutistes coloniaux, l’une des unités les plus employées du corps expéditionnaire, commandée par le chef de bataillon Marcel Bigeard. Il y encadre une section entièrement composée de parachutistes vietnamiens.
Il prend part aux cinq sauts opérationnels effectués par le bataillon : Tu Lê, Na San, Lang Son, puis les deux sauts sur Diên Biên Phu (celui de l’opération Castor, en novembre 1953, et celui du renforcement du camp retranché, le 16 mars 1954). Ce jour-là, 613 parachutistes du 6e BPC sont largués sur la cuvette. Flamen, alors sergent-chef, saute à la tête de sa section.
Diên Biên Phu (mars-mai 1954)
Le 6e BPC est engagé pendant toute la durée de la bataille sur les points d’appui du centre de résistance, en particulier sur les collines de l’est, où se concentre l’effort du Viêtminh.
Le 10 avril 1954, le bataillon reçoit l’ordre de reprendre le point d’appui Éliane 1, perdu et repris à plusieurs reprises depuis le 30 mars ; l’assaut est mené par la 12e compagnie du lieutenant Trapp et coûte au bataillon une grande partie de ses chefs de section. Selon les notices biographiques publiées par les milieux associatifs parachutistes, Pierre Flamen participe à deux reprises à la reprise de cette position.
Dans la nuit du 1er au 2 mai 1954, alors que le Viêtminh lance une attaque générale contre l’ensemble du camp, la 3e compagnie du 6e BPC, commandée par le capitaine Perret, est envoyée en renfort sur Dominique 3, submergé par le régiment 141. Le journal de marche de la bataille mentionne nommément le sergent-chef Pierre Flamen à la tête d’une demi-section de parachutistes qui accompagne Perret dans une contre-attaque menée à l’intérieur même de la position, aux côtés de deux groupes de combat composés de tirailleurs algériens et de Thaïs. Dominique 3 tombe dans la nuit. Au terme de cette phase, l’effectif opérationnel du 6e BPC est tombé à 272 parachutistes sur les 613 largués le 16 mars.
Pierre Flamen est blessé au cours des derniers jours de la bataille. Le camp retranché tombe le 7 mai 1954 ; il est fait prisonnier avec l’ensemble de la garnison, à 24 ans.
Captivité et évasions (mai-septembre 1954)
Le jour même de la chute du camp, alors que la colonne de prisonniers se met en route vers les camps de détention du Viêtminh, Pierre Flamen reconnaît deux sous-officiers thaïs originaires de Diên Biên Phu, qu’il avait eus sous ses ordres au sein de son commando lors de son premier séjour. Il décide avec eux de quitter la colonne. Il rapportera avoir traversé, à quelques heures de la fin des combats, des positions d’artillerie ennemies à ciel ouvert mais soigneusement camouflées, situées à 2 km du camp retranché et déjà évacuées.
Cette évasion est la première d’une série. Repris à chaque fois, il subit les conditions de détention des camps du Viêtminh, qui ont provoqué la mort de plusieurs milliers de prisonniers français en 1954. Il est libéré parmi les tout derniers, à la fin du mois de septembre 1954, dans un état physique très dégradé.
Après l’Indochine
Pierre Flamen sert ensuite en Algérie au sein du 8e régiment de parachutistes coloniaux (8e RPC). De 1962 à 1965, il effectue plusieurs séjours outre-mer, notamment au Congo et en République centrafricaine.
En 1966, il rejoint le service Action de la DGSE, où il sert jusqu’à son départ à la retraite en 1993. Il achève sa carrière avec le grade de major.
Décorations
Pierre Flamen est titulaire de la médaille militaire, de 11 titres de guerre dont 5 citations à l’ordre de l’armée, de la médaille des blessés et du Mérite militaire thaï.
Chevalier puis officier de la Légion d’honneur, il est promu commandeur le 29 mars 2002. Le décret du 7 novembre 2022 portant élévation dans l’ordre national de la Légion d’honneur en faveur des militaires n’appartenant pas à l’armée active l’élève à la dignité de grand officier. La cérémonie s’est tenue le 14 décembre 2022 à la Grande chancellerie, à Paris.




