DARTIGUES Jean

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Son nom apparaît d’abord, dans le journal de marche, lors d’une mission nocturne d’évacuation sanitaire (EVASAN) menée dans les toutes premières heures du 27 mars. Ces vols comptaient parmi les plus dangereux : il s’agissait de se poser de nuit sur une piste battue par l’artillerie, d’embarquer des blessés en quelques minutes et de redécoller avant que les servants des pièces viêtminh, alertés par le bruit des moteurs, n’ajustent leur tir.

Aux commandes du Dakota dont l’indicatif radio était « Novembre Kilo », Dartigues embarqua en trois minutes 11 blessés couchés, dont l’adjudant-chef Bartier, pilote d’hélicoptère blessé le 23 mars sur le point d’appui Isabelle, ainsi que 8 blessés assis et 8 passagers. Parmi ces passagers figuraient les équipages de deux C-47 abattus dans la journée, dont l’infirmière Yvonne Crozanet et le pilote Gay, de l’appareil « Delta Lima ». Au moment du décollage, les artilleurs viêtminh, alertés, ouvrirent le feu, mais trop tard : « Novembre Kilo » était déjà en l’air et passa au-dessus d’Isabelle. 

Ces rotations nocturnes étaient comptées : en huit jours, environ 200 blessés furent évacués de nuit, et la séquence du 26 au 27 mars marqua pratiquement la fin de ces évacuations par poser. Le deuxième appareil de la nuit, le « Fox Québec » du groupe « Béarn », ne put embarquer que neuf blessés sur douze avant l’ordre de fermeture des portes, l’artillerie adverse ayant commencé à tirer au canon de 105 mm. Ce fut la dernière évacuation sanitaire réussie ; le troisième avion repartit à vide, faute d’ambulances présentes sur la piste. C’est cette nuit-là que l’infirmière convoyeuse Geneviève de Galard, inscrite pour le service du lendemain, demanda à reprendre un tour – son avion devait être détruit au sol peu après, la laissant bloquée dans la cuvette, où elle resta jusqu’à la chute du camp. 

La mission de Dartigues sur « Novembre Kilo » s’inscrit donc à l’extrême limite de ce qui était encore possible : il fut l’un des derniers pilotes à réussir un poser d’assaut nocturne et à ramener des blessés et des équipages naufragés hors de Diên Biên Phu.

Le 27 mars vers 11 h 30 : la mort sur le « Négro Mamadou »

Quelques heures après cette évacuation nocturne, Dartigues repartit en mission de jour, cette fois pour un parachutage de ravitaillement. À bord du Dakota « Négro Mamadou » du Groupe de transport II/63 « Sénégal », il terminait son largage lorsque l’appareil fut atteint par la DCA et tomba « en feuille morte » au sud du point d’appui Eliane 3, près des positions du 1er bataillon du 4e régiment de tirailleurs marocains.

L’équipage fut anéanti. Avec le capitaine Dartigues périrent le sergent Huet, radio-navigant, l’adjudant-chef Bouton, mécanicien, et le sous-lieutenant Thomas, navigateur. Au total, 7 corps furent enterrés sur place, comprenant aussi 3 largueurs de l’armée de Terre chargés d’éjecter les charges par la porte de l’appareil. L’épave fut aussitôt prise sous le feu de l’artillerie viêtminh ; un coup tomba sur un stock de munitions périmées, qui prit feu. 

La perte survint au plus mauvais moment de la campagne de ravitaillement aérien, à l’instant précis où le commandement prenait conscience que les largages à basse altitude n’étaient plus tenables. Le même 27 mars, le colonel de Castries chargea le commandant Bigeard d’aller « chercher » la DCA adverse, lui laissant carte blanche pour monter une opération de sortie contre les pièces antiaériennes installées à l’ouest du camp. Cette contre-attaque, menée le lendemain, obtint un succès local mais ne pouvait inverser le rapport de forces. Le soir même, le constat était posé : les parachutages de jour à basse altitude présentaient des dangers prohibitifs, et l’on envisageait de ne plus travailler que de nuit, ce qui nécessitait de baliser en urgence les entrées des points d’appui Claudine et Isabelle. 

La mort du capitaine Jean Dartigues illustre ainsi, presque jour pour jour, la bascule du pont aérien : après cette journée, l’aviation de transport renonça largement aux approches basses qui avaient permis les évacuations et les largages précis, au prix d’une perte d’efficacité du ravitaillement qui pesa sur le sort de la garnison jusqu’à sa reddition, le 7 mai 1954.

Depuis 2001, l’École de l’aviation de transport (EAT) 00.319, à Avord, porte son nom.

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