Jean-Louis Noël Nicot naît le 14 février 1911 à Paris. Attiré très jeune par l’aviation, il choisit pourtant la voie traditionnelle de l’École spéciale militaire : il intègre Saint-Cyr en 1930, dans la promotion Joffre (1930-1932). À sa sortie, il opte pour l’arme aérienne, à une époque où l’armée de l’Air vient tout juste d’être créée comme arme autonome (1934). Il rejoint l’École militaire et d’application de l’aéronautique en 1932, obtient son brevet de pilote en 1933 et celui d’observateur en 1934, avant d’être affecté à la 32e escadre d’observation.
Promu sous-lieutenant en 1932, lieutenant en 1934, capitaine en 1938, il prend le commandement de la III/31 en 1936 et reçoit en octobre 1939 une affectation à l’état-major du général inspecteur du bombardement.
La Seconde Guerre mondiale
Lors de la campagne de France de 1940, Nicot, jeune capitaine, commande un groupe d’aviation d’assaut équipé des Breguet 691 et 693. Il prend le commandement de la IV/51 en mars 1940. Il vole notamment en semi-piqué lors de missions très exposées contre les colonnes allemandes vers Amiens, Reims et à l’ouest d’Épernay, missions marquées par une intense défense antiaérienne et des transmissions de renseignement défaillantes.
Après l’armistice, il choisit l’Afrique : muté à Bamako (AOF) en 1941, il commande le I/61 puis rejoint l’état-major du groupement n° 1 de Thiès en 1942. Affecté en 1943 à l’école interarmée de Rabat, il est transformé sur B-26 Marauder à Telergma au sein du I/19, selon les méthodes américaines. En 1944, il est affecté au groupe de bombardement Gascogne (31e escadre) et participe à la campagne d’Italie, au débarquement de Provence puis aux campagnes du Rhin et d’Allemagne. Son appareil est touché lors d’une mission sur La Spezia ; il rejoint difficilement Villacidro, en Sardaigne. Promu commandant en 1943 puis lieutenant-colonel en 1945, il termine la guerre auréolé de plusieurs citations.
L’après-guerre et le pont aérien de Berlin
Affecté au cabinet militaire du ministère des Armées en 1945, puis à l’Inspection générale de l’armée de l’air en 1946, Nicot prend en 1947 le commandement de la 61e escadre de transport, basée à Chartres. C’est dans ces fonctions qu’il participe au pont aérien de Berlin en 1948-1949, expérience fondatrice pour celui qui deviendra l’une des grandes figures du transport aérien militaire français. Reçu second au concours, il suit ensuite les cours de l’École supérieure de guerre aérienne (ESGA), où il étudie notamment, à Meersburg, la révolution stratégique introduite par l’arme atomique. En 1949, il commande la base aérienne 122 de Chartres-Champhol
Promu colonel en 1951, il devient en 1952 chef du 3e bureau (opérations) de l’État-major général de l’armée de l’Air, et représente parallèlement l’armée de l’Air auprès du Comité intérimaire de la Communauté européenne de défense (CED). En 1953, il est l’adjoint du général Maurice Challe à l’École de guerre aéronautique ; relation qui pèsera lourdement sur son destin.
Indochine et Diên Biên Phu (1953-1954)
Sur sa demande, Nicot rejoint l’Indochine. Il arrive en septembre 1953 à la tête du sous-GMMTA (sous-Groupement des moyens militaires de transport aérien) et prend ainsi le commandement du transport aérien en Indochine. Il hérite d’une situation lourde : la garnison de Na San vient d’être évacuée, l’opération Castor se prépare, et l’aviation de transport française est l’unique cordon ombilical des camps retranchés.
En novembre 1953, il participe à la préparation de l’opération Diên Biên Phu lors d’une réunion à Hanoï. Selon son témoignage recueilli par le Service historique de l’armée de l’air en 1988, il fait valoir d’emblée plusieurs objections : l’importance de l’artillerie viêtminh, les problèmes de ravitaillement de la cuvette, l’autonomie limitée du Dakota, l’éloignement de la base d’Hanoï. Le commandant Cogny consulte le général Navarre, le général Lauzin et le général Bodet rencontrent ce dernier, mais l’opération est maintenue.
Pendant les cinq mois de la bataille (20 novembre 1953 – 7 mai 1954), Nicot dirige l’effort logistique aérien le plus considérable mené par la France depuis la Seconde Guerre mondiale. Son commandement coordonne les Dakota (C-47) français, les C-119 Packet livrés et entretenus par les Américains, et fait appel à l’aviation civile ainsi qu’aux pilotes civils américains – il suggère notamment de faire appel aux « Tigres volants » en renfort pour piloter les C-119. Les conditions de vol deviennent rapidement dramatiques : la DCA viêtminh contraint à des largages de plus en plus haut, la précision diminue, les parachutes dérivent. Nicot doit gérer le tonnage acheminé, les évacuations sanitaires (rendues impossibles dès la perte de la piste), les missions « Luciole » d’éclairage nocturne, les largages exceptionnels comme celui d’un bulldozer, et la dramatique mission de l’infirmière convoyeuse Geneviève de Galard, bloquée dans le camp retranché.
Aux reproches adressés après la chute du camp à l’aviation française – accusée d’inefficacité face à la DCA, d’avoir mal coordonné le napalm, d’avoir sous-évalué les besoins –, Nicot répondra dans ses entretiens en pointant les contraintes objectives : météo de mousson, vétusté du matériel, refus initial des équipages civils américains de voler, limites physiques des C-47.
Après le 7 mai 1954, il dirige le pont aérien du Tonkin et organise l’opération Cognac et l’évacuation des prisonniers libérés, ainsi que celle des réfugiés vers le Sud après les accords de Genève. Cette expérience de chef du transport aérien en théâtre d’opérations deviendra une matrice doctrinale qu’il enseignera à l’ESGA.
Retour en métropole et accession aux hautes responsabilités
Rapatrié à la fin de 1954, Nicot suit le Centre des hautes études militaires (CHEM). Il prend en 1957 le commandement de l’aviation de bombardement, où il supervise la transformation des équipages sur avions à réaction et prépare l’arrivée des futurs Mirage IV — colonne vertébrale de la dissuasion nucléaire française. Promu général de brigade aérienne en 1957, il est transformé sur jet à Meknès en 1958.
Au moment des événements du 13 mai 1958, il est adjoint-air de l’état-major et joue un rôle dans les contacts qui préparent le retour au pouvoir du général de Gaulle. En 1959, il accède à l’État-major des armées nouvellement créé. En 1960, Michel Debré, président du Conseil, le nomme conseiller militaire et chef de son cabinet militaire à Matignon. Promu général de division aérienne puis général de corps aérien la même année 1960, il devient un interlocuteur très proche du Premier ministre. À ses côtés, il traite des dossiers algériens (arraisonnement de navires livrant des armes au FLN, élaboration des accords de défense avec les nouveaux États africains), du premier essai nucléaire français à Reggane, du lancement des Mirage III et IV, des relations avec l’OTAN, et de l’affaire « Si Salah » (négociations secrètes avec la wilaya 4).
Hostile à l’orientation prise sur l’Algérie, il demande dès décembre 1960 à réintégrer l’armée de l’Air, ce qu’il obtient début 1961. Il devient alors major général (numéro deux) de l’armée de l’Air ; fonction qu’il occupe au moment du putsch.
Le putsch des généraux et la condamnation
Le rôle de Nicot dans la tentative de coup d’État du 21-25 avril 1961 reste, selon les termes de la Wikipédia française, « subalterne », mais il s’avère décisif sur un point logistique précis. Le général Challe rejoint Alger dès le jeudi 20 avril par un vol depuis la base de Creil en Noratlas, avec la complicité du général Nicot, chef d’état-major de l’armée de l’air et conseiller de Michel Debré, et du général Bigot, commandant la 5e région aérienne d’Alger, en compagnie du général Zeller et du lieutenant-colonel Broizat. Nicot a en outre retardé la transmission de certains ordres du gouvernement dans les heures cruciales du déclenchement.
Lui-même décrit, dans son entretien au SHAA, ses tentatives répétées et infructueuses pour dissuader Challe, dont il connaissait pourtant l’engagement profond. Convoqué par Michel Debré dans la nuit du putsch, il est rapidement arrêté. Destitué par décret du 5 mai 1961, il dépose le 19 juin devant le Haut Tribunal militaire pour répondre du crime « d’intelligence avec les chefs d’un mouvement insurrectionnel ». Le parquet avait requis 20 ans ; il est condamné à 12 ans de détention criminelle.
Libération, réhabilitation et fin de vie
Libéré en 1965, le général Nicot vit ensuite dans une discrétion presque totale. Il consacre une partie de sa retraite à transmettre son expérience : il accorde au Service historique de l’armée de l’air, entre mars et août 1988, une longue série d’entretiens (huit bandes, plus de 12 heures d’enregistrement) qui constituent aujourd’hui l’une des sources orales les plus précieuses sur l’aviation française de 1939 à 1961.
Il est réintégré dans le cadre de réserve en novembre 1982, à la suite du projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des événements d’Afrique du Nord », texte qui visait à réhabiliter environ 800 officiers, 800 policiers et 400 administrateurs civils sanctionnés entre 1961 et 1963.
Jean-Louis Nicot meurt à Paris le 29 août 2004, à l’âge de 93 ans.
Distinctions et bilan
Le général Nicot avait totalisé 4 500 heures de vol durant sa carrière. Il était grand officier de la Légion d’honneur, titulaire de 10 citations dont 9 à l’ordre de l’armée, et de la Distinguished Flying Cross britannique.
La figure de Nicot illustre une génération d’officiers de l’armée de l’air française dont la trajectoire couvre toutes les ruptures du XXe siècle français : campagne de France, ralliement à la France libre via l’Afrique, libération du territoire, pont aérien de Berlin, guerre d’Indochine, mise en place de la dissuasion nucléaire, drame algérien. Son nom reste indissociable de Diên Biên Phu, où il fut l’homme qui, depuis Hanoï, tenta jusqu’au bout de maintenir le mince filet de ravitaillement aérien dont dépendait la garnison du colonel de Castries — et qui, ayant exprimé dès l’origine ses réserves sur la faisabilité logistique de l’opération, observa l’effondrement du camp comme la sanction d’une équation insoluble. Sa condamnation pour sa participation au putsch de 1961 a longtemps fait taire la voix qu’il aurait pu être dans l’historiographie militaire française.



