Né le 30 novembre 1927 à Paris, Jean-Paul Arbelet est entré dans la Résistance à l’âge de 16 ans. À la Libération, le jeune homme oriente naturellement sa vocation vers les armes : il prépare et réussit le concours de l’École de l’Air, qu’il intègre avec la promotion 1946. Formé comme pilote de transport aérien militaire, il prend les commandes des Douglas C-47 « Dakota », ces robustes bimoteurs qui deviendront pour lui, et pour bien d’autres aviateurs de sa génération, l’instrument d’un engagement opérationnel intense.
L’épreuve de Diên Biên Phu
De 1952 à 1954, le lieutenant Arbelet sert en Indochine, affecté au Groupe de Transport « Béarn ». Il y multiplie les missions les plus délicates et c’est dans le ciel meurtri de la cuvette de Dien Bien Phu qu’il va graver son nom dans la mémoire de l’aviation militaire française. Au plus fort du siège, alors que la garnison du général de Castries est progressivement étranglée par l’artillerie du Viêt-minh, il fut l’un des derniers pilotes à se poser dans la cuvette pour y assurer l’évacuation des blessés.
Dans la nuit du 22 au 23 mars 1954, sa mission tourne au drame. Décollant de Gia Lam précédé d’un avion leurre, son Dakota emmène à bord la convoyeuse de l’air Aimée Clavel, alors novice. Le pilote pose son appareil en silence sur la piste de Diên Biên Phu et embarque quatre blessés sur civières. Mais, une fusée éclairante illumine soudain la piste et des obus de mortier s’abattent aussitôt. L’alarme retentit, l’avion redécolle dans la précipitation. L’obscurité revenue, le commandant Guérin, qui dirige les évacuations, lui ordonne de se poser à nouveau pour reprendre le chargement des blessés.
C’est lors de ce second atterrissage, alors que l’appareil se prépare à redécoller chargé d’évacués, que le drame survient. Une rafale de mitrailleuse atteint le poste de pilotage : Arbelet est touché aux jambes et son mécanicien est gravement blessé. Les deux aviateurs sont conduits en urgence à l’antenne chirurgicale du célèbre médecin commandant Grauwin, où le docteur Gindrey leur prodigue les premiers soins.
L’épisode aurait pu s’arrêter là. Il n’en sera rien. Bourré d’analgésiques, les jambes bandées, le lieutenant Arbelet reprend les commandes du Dakota et parvient à décoller, emmenant vingt blessés jusqu’à Hanoï. Cet acte d’extrême sang-froid et de courage, au mépris de ses propres blessures, fut relaté par Jules Roy dans son ouvrage consacré à la bataille de Diên Biên Phu. Il termine sa campagne d’Indochine avec cinq citations, dont une à l’ordre du corps aérien.
Une carrière exemplaire
De retour en métropole, il entame une carrière qui le verra gravir tous les échelons jusqu’aux plus hautes responsabilités. Capitaine, il sert successivement à Toulouse (1954-1959) puis à Villacoublay (1959-1963), où il est promu commandant. Admis très tôt à l’École Supérieure de Guerre Aérienne (1963-1964), il rejoint l’État-Major de l’armée de l’Air (1965-1967), puis l’Inspection Générale de l’Armée de l’Air (1967-1969).
Nommé colonel, il commande la base aérienne de Saint-Dizier (1969-1971), retourne à l’État-Major (1971-1973), avant de prendre la tête du Centre des Opérations des Forces Aériennes Stratégiques. Le 1er juillet 1974, à seulement 47 ans, il reçoit ses étoiles de général de brigade aérienne. Il commande ensuite la 4e Région aérienne à Aix-en-Provence (1976-1979) et obtient sa troisième étoile de général de division aérienne en 1977. Major général de l’état-major des armées de 1979 à 1983 avec le grade de général de corps aérien, il choisit volontairement de démissionner à l’automne 1983, renonçant à une fin de carrière qui aurait pu le conduire au sommet de la hiérarchie militaire.
Distinctions et retraite
Commandeur de l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre avec 4 palmes, titulaire de la Médaille de la Résistance, il fut élevé le 5 janvier 1983 à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur.
Avec son épouse Christine, il choisit de se retirer dans le Lot, sur le Causse de Lunegarde, terre qu’ils avaient découverte lors de vacances familiales en roulotte. Il s’y investit dans la préservation de l’habitat traditionnel, la protection des espaces sensibles et le développement des chemins de randonnées. En 2017, il publia Correspondance de guerre, un recueil des lettres écrites quotidiennement à son épouse durant le conflit indochinois — témoignage rare de la vie d’un jeune officier pilote pendant cette période.
Victime d’une hémiplégie en 2013, il s’est éteint le 4 mai 2020, à l’âge de 92 ans, à l’EHPAD de Montfaucon.



