Né en 1923 à Bonn, en Allemagne, André Lebon est un cinéaste, reporter cameraman et chef-opérateur français dont le nom reste attaché à l’une des batailles les plus dramatiques de la guerre d’Indochine. Il travaille dans l’industrie cinématographique de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’en 1952, avant que son destin ne bascule en Extrême-Orient.
Engagé comme opérateur au Service cinématographique des armées (SCA) du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, il rejoint la section ciné-photo du Service Presse Information (SPI), où il côtoie de futures figures du cinéma français comme Pierre Schoendoerffer et Jean Péraud. Ces « soldats de l’image » sillonnent rizières, brousse et jungle aux côtés des combattants, équipés de caméras Bell & Howell aux bobines limitées à une minute d’enregistrement, ce qui les contraint à une réactivité constante et les expose en permanence au feu. Lebon couvre notamment, à l’automne 1952, la bataille de Na San aux côtés de Schoendoerffer, où le camp retranché préfigure déjà la stratégie qui sera reprise – avec un tout autre dénouement – à Diên Biên Phu.
C’est sur ce dernier théâtre que se joue le drame de sa vie. Le 14 mars 1954, il est parachuté sur Diên Biên Phu avec le photographe Raymond Martinoff. Tous deux sautent sur une mine au point d’appui Anne-Marie. Martinoff est tué sur le coup, Lebon est blessé à la jambe droite et amputé sur place avant d’être évacué. Le saut a lieu au lendemain du déclenchement de l’assaut Viêt-minh sur le camp retranché, dans des conditions d’extrême urgence : le SPI, dramatiquement sous-effectif, peine à couvrir l’immensité du conflit indochinois. Évacué par avion sanitaire vers Hanoï puis Saigon, Lebon poursuit sa convalescence à l’hôpital Grall, où ses camarades photographes Pierre Ferrari et Jean Petit viennent lui rendre visite. Pour le remplacer au combat, Pierre Schoendoerffer et Jean Péraud seront parachutés à leur tour quelques jours plus tard.
Cette amputation aurait pu mettre un terme à sa carrière. Il n’en fut rien. Pendant les douze années suivantes, il réalise des reportages pour Gaumont Actualités en Asie du Sud-Est, en Chine populaire et au Viêt Nam. Sa connaissance intime de l’Asie, son regard de témoin et son obstination en font l’une des figures du reportage filmé d’après-guerre. Entre 1966 et 1970, il est reporter pour le compte de chaînes de télévision allemandes et américaines. En 1971, il devient chef-opérateur des établissements cinématographique et photographique des armées jusqu’à sa retraite. Il signera également un ouvrage, L’Asiate, publié chez Albin Michel, nourri de son expérience asiatique.
En 1986, peu avant sa mort, il accepte de témoigner devant la caméra de Laurent Roth pour le documentaire Les Yeux brûlés, commande de l’ECPAD dans laquelle Mireille Perrier dialogue avec les grandes figures du reportage de guerre du XXe siècle – Daniel Camus, Pierre Ferrari, Raoul Coutard, Marc Flament, Pierre Schoendoerffer. André Lebon, mort en 1987, y évoque les batailles d’Indochine où il avait laissé une jambe. Il est inhumé à Châtenay-Malabry.




