UMBRECHT Jacques

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Jacques-Louis Umbrecht est un officier pilote de l’armée de l’Air. Né le 17 septembre 1914 à Morschwiller-le-Bas, en Alsace, il s’engage à 20 ans, obtient son brevet de pilote au printemps 1940, rallie l’Angleterre en 1944 pour servir sur bombardier lourd Halifax, puis effectue deux séjours en Indochine, d’abord comme pilote de bombardement sur B-26, ensuite comme pilote de transport et coordinateur d’appui aérien au sein du groupe « Béarn ». À ce titre, il tient au sol le poste de commandement chargé de régler les parachutages lors de l’installation du camp retranché de Diên Biên Phu, en novembre 1953. Il meurt en service commandé le 5 décembre 1957 en Mauritanie. Officier de la Légion d’honneur, titulaire de 7 citations, il totalisait environ 6 000 heures de vol.

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Jacques Umbrecht naît le 17 septembre 1914 à Morschwiller-le-Bas, commune de la banlieue de Mulhouse, dans un Haut-Rhin alors annexé à l’Empire allemand. Il est le deuxième fils de Louis Umbrecht. Son frère aîné, Joseph, deviendra officier d’artillerie.

Il suit sa scolarité primaire à l’école de Morschwiller-le-Bas, où il obtient le certificat d’études primaires, puis passe à Mulhouse un CAP et un brevet d’ajusteur. Formé au métier de tourneur dans une entreprise mulhousienne, il se destine d’abord à l’industrie, secteur dominant de la région. C’est par la préparation militaire, suivie au Cercle Saint-Ulrich de sa commune – qu’il avait contribué à reconstituer – qu’il se tourne vers l’aviation.

Engagement et premières affectations (1934-1940)

Le 15 octobre 1934, Jacques Umbrecht devance l’appel et s’engage dans l’armée de l’Air. Il est affecté comme soldat de 2e classe à la base aérienne de Chartres, où stationnent des unités de bombardement.

En juillet 1935, il entre dans le personnel navigant comme élève mitrailleur. Il sert successivement à la 2e puis à la 13e escadre de chasse, à Chartres et à Étampes. Sous-officier à la déclaration de guerre, en 1939, il demande à passer pilote : le 10 novembre 1939, il rejoint l’école de pilotage du Mans, puis celle d’Évreux le 17 mars 1940, où il obtient son brevet de pilote.

La défaite de juin 1940 interrompt cette trajectoire. En août 1940, sur décision du général commandant la 3e subdivision aérienne, il est affecté comme interprète auprès de la Commission de contrôle ; fonction rendue possible par sa maîtrise de l’allemand, courante chez les Alsaciens de sa génération.

De l’Afrique du Nord à l’Angleterre : le bombardier lourd (1941-1945)

Le 31 mai 1941, Jacques Umbrecht est affecté au commandement de l’air au Maroc. Il sert à la base aérienne de Rabat, puis à l’école de pilotage de Kasba Tadla. Le 2 juillet 1943, il rejoint le groupe de bombardement 2/61 de Souma, en Algérie.

À l’automne 1943, il se porte volontaire pour aller combattre depuis la Grande-Bretagne. Le 1er octobre 1943, il est dirigé sur Zéralda comme « équipage de renfort » destiné au Royaume-Uni. Le 1er janvier 1944, il est affecté au groupe de bombardement n° 1 en Grande-Bretagne. Le 29 janvier 1944, il embarque à Alger à destination de Liverpool.

Après une longue période de formation sur bombardier lourd, il est affecté le 24 novembre 1944 au Squadron 347, correspondant au groupe de bombardement 1/25 « Tunisie ». Il est alors sous-lieutenant depuis le 25 août 1944. Le « Tunisie » et le groupe « Guyenne » (Squadron 346) sont, en 1944-1945, les deux seules unités françaises engagées sur bombardier stratégique quadrimoteur, le Handley Page Halifax, aux côtés du Bomber Command de la Royal Air Force. Ces groupes opèrent depuis la base d’Elvington, dans le Yorkshire.

C’est sur Halifax que Jacques Umbrecht participe aux bombardements sur l’Allemagne. Son appareil est à plusieurs reprises touché par la flak, la défense antiaérienne allemande, sans qu’il soit abattu. Le 27 juillet 1945, il obtient le certificat de commandant d’avion.

Durant son séjour en Angleterre, son origine alsacienne et la présence de sa famille en zone annexée par le Reich le conduisent à demander l’autorisation de changer de nom : il utilise alors le pseudonyme de Jean-Jacques Duval, mesure de précaution destinée à protéger ses proches restés en Alsace en cas de capture.

Retour en France et carrière d’instructeur (1945-1951)

En octobre 1945, Jacques Umbrecht regagne avec son unité la base aérienne de Mérignac, près de Bordeaux, où il est affecté à la 21e escadre de bombardement lourd. La fin de la guerre lui permet de retrouver ses parents à Morschwiller-le-Bas et son frère Joseph, qui avait pris part comme officier d’artillerie aux campagnes de la 1re armée française.

Promu lieutenant en octobre 1947, il exerce les fonctions de moniteur pilote. Le 31 décembre 1948, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. Le 1er avril 1951, il est promu capitaine.

Premier séjour en Indochine : le « Tunisie » sur B-26 (1951-1953)

Le 28 novembre 1951, le capitaine Umbrecht fait mouvement avec le groupe « Tunisie » 1/25, désigné pour renforcer les formations du théâtre d’Extrême-Orient. Le groupe, qui avait volé sur Halifax pendant la guerre, a été redéployé en Indochine et rééquipé de bimoteurs d’attaque américains Douglas B-26 Invader, livrés à partir de mars 1952. Ces appareils sont surtout employés en appui des troupes au sol.

Umbrecht y sert comme leader de formation de bombardement. Ses citations de la période décrivent un pilote expérimenté, chef de patrouille sûr, engagé dans des missions d’appui direct et de bombardement, parfois de nuit. Deux dates ressortent : le 21 juillet 1952, pour la qualité de ses interventions en appui des troupes au sol, et le 10 août 1952, où son avion est atteint par la défense antiaérienne adverse. Le 8 octobre 1952, il exécute au-dessus de Quang-Suoi un bombardement de nuit jugé particulièrement précis malgré des conditions d’exécution difficiles. Au terme de ce séjour, il totalisera plusieurs dizaines de missions de guerre.

C’est au cours de ce premier séjour que sa trajectoire s’infléchit vers le transport et la coordination aérienne. Détaché au groupe de transport 1/64 « Béarn », il est envoyé du 5 au 16 janvier 1953 tenir un poste de commandement d’appui aérien à Na San, camp retranché du pays thaï alors ravitaillé par pont aérien. À Saïgon, il retrouve par ailleurs son frère Joseph, lieutenant d’artillerie en poste dans la ville.

Il rentre en France le 6 mars 1953.

Deuxième séjour : le « Béarn », le transport et l’appui aérien (1953-1954)

Le 17 juillet 1953, Jacques Umbrecht est affecté au groupe de transport 1/64 « Béarn » et fait à nouveau mouvement vers l’Indochine, où il combattra jusqu’au 14 octobre 1954. Il passe ainsi définitivement du bombardement au transport, sur bimoteur Douglas C-47 Dakota.

Le « Béarn » est l’une des principales unités de transport du corps expéditionnaire. Premier groupe de transport arrivé en Indochine et dernier à en repartir, il est engagé dans toutes les grandes opérations aéroportées et logistiques du conflit : Na San, puis l’opération « Castor » et la bataille de Diên Biên Phu. Sur l’ensemble de la guerre, l’unité effectuera plus de 30 000 missions et perdra plusieurs dizaines de ses membres ; à Diên Biên Phu, elle perdra cinq appareils en quelques semaines.

Dans ce cadre, Jacques Umbrecht occupe deux types de fonctions, souvent simultanées : pilote de transport et de parachutage d’une part, officier d’appui aérien et chef de poste de commandement au sol d’autre part. Ce second rôle est décisif pour comprendre sa participation à Diên Biên Phu.

L’évacuation de Na San (août 1953)

Le camp retranché de Na San, qui avait résisté à l’automne 1952 grâce à un intense pont aérien, est jugé devenu inutile et évacué en août 1953 pour concentrer les moyens sur la défense du delta du Tonkin. Cette évacuation se fait par voie aérienne, opération délicate consistant à retirer une garnison sans que l’adversaire ne s’en aperçoive et ne l’exploite.

Du 9 au 12 août 1953, le capitaine Umbrecht y effectue sept « portages » opérationnels – des rotations de transport – dans des conditions décrites comme extrêmement défavorables. Cette phase préfigure, à quelques mois de distance, le dispositif qui sera remonté à Diên Biên Phu.

Diên Biên Phu : chef du PCIA lors de l’opération « Castor » (novembre 1953)

L’opération « Castor », déclenchée le 20 novembre 1953, est la plus grande opération aéroportée de la guerre d’Indochine. Elle vise à s’emparer de la cuvette de Diên Biên Phu, dans le Nord-Ouest tonkinois, pour y installer une base aéroterrestre destinée à fixer les divisions du Viêtminh et à couvrir le Nord-Laos. Plusieurs milliers de parachutistes sont largués sur trois zones de saut ; dans les jours qui suivent, des centaines de tonnes de matériel, d’armement et de vivres sont parachutées pour aménager le camp.

Une opération de cette ampleur repose sur une coordination rigoureuse entre les avions et le sol. C’est le rôle des officiers d’appui aérien : depuis le terrain, ils règlent la noria des appareils, guident les largages sur les bonnes zones et assurent la liaison radio avec les équipages. Le Journal de marche de Diên Biên Phu, à la date du 21 novembre 1953, décrit précisément ce dispositif pour les largages de matériel : « Largage de 100 tonnes de matériel par section de 3 avions par 15 C-47 militaires et par 20 Dakota civils chargés à 550 US Gallons soit 2,8 ou 3 tonnes selon les avions. Les avions militaires groupés, les avions civils espacés de 30 secondes. PCIA n° 12 au sol, 1 officier d’appui aérien transport fourni par le GT 1/64 capitaine Umbrecht. Indicatif Torricelli Rouge. Fréquence 118.1. »

Le capitaine Umbrecht tient donc au sol, sous l’indicatif radio « Torricelli Rouge » et sur la fréquence 118.1, le poste de commandement d’appui aérien (PCIA) chargé, pour le compte du groupe « Béarn », de régler les parachutages de ravitaillement pendant l’installation du terrain. Ce poste coordonne l’arrivée cadencée des sections d’avions (militaires groupés, civils espacés) et la bonne réception des charges sur les zones de largage, à un moment où le camp n’est encore qu’un chantier : la piste, sabotée par le Viêtminh, doit être rebouchée, les positions creusées, l’armement lourd récupéré et hissé en pièces à travers la rivière Nam Youm.

Sa citation ultérieure confirme et date cette mission : il a assuré, « du 21 au 26 novembre 1953, avec autorité et compétence, les fonctions de chef de PCIA à Diên Biên Phu durant l’installation de ce terrain opérationnel ». Sa participation directe, sur le sol de la cuvette, correspond donc à la phase d’installation du camp et non à la bataille rangée qui commencera quatre mois plus tard, le 13 mars 1954.

Le détachement « Béarn » de Hanoï et les dernières missions (décembre 1953 – octobre 1954)

Peu après « Castor », les 21 et 22 décembre 1953, Jacques Umbrecht effectue deux parachutages dans le delta du Tonkin sous la « vive réaction » de la défense antiaérienne adverse. Il devient ensuite chef du détachement « Béarn » de Hanoï, la base d’où décollent les rotations vers les camps du Nord.

Durant les mois du siège de Diên Biên Phu (mars-mai 1954), le « Béarn » figure parmi les unités de transport qui, de jour comme de nuit, ravitaillent par parachutage le camp encerclé et de plus en plus resserré, à mesure que la perte de la piste et la densité de la DCA viêtminh rendent la tâche presque impossible.

Au cours de ce second séjour, Jacques Umbrecht participa « à de nombreuses missions, notamment au-dessus de Diên Biên Phu ». Ses citations personnelles, en revanche, mettent en avant pour cette période d’autres théâtres : le 20 juin 1954, un parachutage au profit d’éléments mobiles dans le secteur de Pleiku ; le 28 juillet 1954, une mission « luciole » (éclairage nocturne du champ de bataille) à Dong-Hoi, sous la menace des armes automatiques adverses ; le 30 juillet 1954, deux parachutages au profit de postes harcelés dans la région de Boa-Ban.

Comme chef de détachement, il est cité pour avoir su obtenir de ses équipages un rendement élevé dans des missions répétées et exposées. Au terme de son séjour, ses relevés font état de plusieurs centaines de missions de guerre et de près d’un millier d’heures de vol accumulées en Indochine. Il quitte le théâtre le 14 octobre 1954, après la fin des combats et la signature des accords de Genève.

Fin de carrière et mort en service (1954-1957)

De décembre 1954 à octobre 1955, le capitaine Umbrecht est affecté à la base aérienne de Cazaux, en Gironde. Le 9 juillet 1955, il est promu officier de la Légion d’honneur.

Le 24 octobre 1955, il rejoint le groupe de liaisons aériennes basé à Ouakam, au Sénégal, où il s’installe avec sa femme (également issue d’une vieille famille de la région de Morschwiller) et ses enfants, établissant son domicile à Dakar. Il y effectue des missions de liaison à travers l’Afrique-Occidentale française, notamment en Mauritanie, où de nouveaux aérodromes sont alors mis en service.

Le 5 décembre 1957, chargé d’une mission en Mauritanie, il trouve la mort au retour, alors qu’il s’apprêtait à se poser sur le nouvel aérodrome d’Agui. Sur ce terrain, il avait déjà effectué une cinquantaine d’heures de vol en une dizaine de missions. Il totalisait au moment de sa mort environ 6 000 heures de vol, dont 107 heures 15 de vol de guerre au titre de la Seconde Guerre mondiale (16 missions) et 1 159 heures de vol de guerre au titre de l’Indochine (368 missions).

Il est reconnu « Mort pour la France ».

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