RONDY Jean-Louis

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Jean-Louis Rondy est issu d’une famille de médecins militaires ; son père, médecin lui aussi, avait servi pendant la Première Guerre mondiale. Il effectue sa scolarité secondaire à l’École de Sorèze (Tarn) entre 1940 et 1943, d’abord dans la division des Bleus, puis dans celle des Rouges.

À sa sortie de Sorèze, en juillet 1943, il adhère à l’Organisation civile et militaire (OCM), l’un des mouvements de la Résistance intérieure française. Il a alors 17 ans. Il participe aux combats de la Libération de Paris en août 1944, selon certains témoignages en qualité d’infirmier.

Le 27 août 1944, il s’engage à la 2e Division Blindée du général Leclerc et sert au régiment de marche du Tchad (3e bataillon, 11e compagnie). Il a dû dissimuler son âge réel, inférieur à celui requis pour l’engagement. Il participe aux campagnes de France et d’Allemagne, qui le conduisent jusqu’en Bavière et en Autriche. Il fête son 19e anniversaire, le 9 mai 1945, à Rastenburg. Il termine la guerre avec le grade de sergent, une citation à l’ordre du régiment et la croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze. Il est démobilisé en août 1946.

En octobre 1948, il est reçu au concours d’entrée de l’École principale du service de santé de la marine et des colonies, à Bordeaux, dite « Santé navale » (promotion 1948). Il y est l’un des rares élèves décorés et porte à titre individuel la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 1939-1945 du régiment de marche du Tchad. En août 1950, pendant ses études, il obtient le brevet de parachutiste militaire à l’École des troupes aéroportées de Pau (brevet n° 38425). Il soutient sa thèse de doctorat en médecine en 1952 et opte pour les troupes coloniales, complétant sa formation à l’école d’application du service de santé des troupes coloniales de Marseille (École du Pharo). Il est nommé médecin-lieutenant.

Il se marie en 1952 ; un fils naît l’année suivante.

La guerre d’Indochine

Volontaire pour l’Indochine, Jean-Louis Rondy embarque le 15 septembre 1953. Affecté au Tonkin, il est désigné pour remplacer le médecin du 1er bataillon étranger de parachutistes, blessé en opération ; l’unité avait perdu successivement ses trois médecins précédents, l’un capturé à Cao Bang en 1950, les deux autres grièvement blessés au combat. Âgé de 27 ans, il est le plus jeune médecin du bataillon.

Il participe d’abord à plusieurs opérations dans le delta tonkinois : fouilles de villages, ratissages, embuscades.

Le 1er BEP est désigné pour participer au parachutage sur la vallée de Diên Biên Phu (opération Castor). Jean-Louis Rondy, qui s’est porté volontaire, saute avec son bataillon dans la deuxième vague, le 21 novembre 1953.

Les semaines suivantes sont occupées par des opérations autour du camp retranché : l’opération Pollux, couverture du repli de la garnison de Lai Chau, marquée par des combats meurtriers, puis des reconnaissances vers l’extérieur de la cuvette. Le journal des marches et opérations du 1er BEP situe entre le 22 et le 25 décembre 1953 une reconnaissance menée avec le 8e BCCP en direction du Laos, à laquelle il prend part.

L’infirmerie-blockhaus

Profitant de l’accalmie relative de l’hiver, Jean-Louis Rondy fait construire, sur les hauteurs du point d’appui « Claudine », une infirmerie enterrée protégée par une épaisse couche de remblais, dimensionnée pour accueillir plus d’une quarantaine de blessés couchés. L’initiative suscite les moqueries d’une partie de la garnison, l’artillerie adverse n’étant alors pas considérée comme une menace sérieuse ; son expérience des préparations d’artillerie allemandes de 1944-1945 explique cette précaution. L’ouvrage se révèle être l’une des rares constructions du camp à résister au pilonnage du Viêtminh à partir de mars 1954.

La bataille

Jean-Louis Rondy participe à l’intégralité de la bataille, du 13 mars au 7 mai 1954. Sans formation chirurgicale complète — il n’avait suivi qu’un bref stage de chirurgie d’urgence avant son départ —, il déclarera avoir pratiqué 75 désarticulations sans décès post-opératoire chez des blessés qui ne pouvaient pas être évacués. Parmi les blessés qu’il prend en charge figure le capitaine Cabiro, lors des combats de la cote 781 : il lui confectionne une attelle de fortune à partir de la crosse d’un pistolet-mitrailleur, ce qui permet de conserver le pied. Il croise également, dans le camp retranché, l’infirmière convoyeuse Geneviève de Galard.

En avril 1954, il est blessé par l’explosion d’un obus de mortier de 120 mm tombé à proximité, dont les éclats le criblent ; il en conservera des fragments jusqu’à la fin de sa vie.

La captivité

Il est fait prisonnier à la chute du camp retranché. Les sources divergent sur la date exacte : le 7 mai 1954, jour de la chute du réduit central, ou le 8 mai, date à laquelle les derniers points d’appui du sud cessent le combat et que Jean-Louis Rondy retenait lui-même.

Suit une marche de six semaines vers le camp n° 1, au nord du Tonkin, sur une distance évaluée à environ 700 km. De nombreux prisonniers meurent en chemin d’épuisement, de faim ou de maladie. Ayant demandé à un commissaire politique de meilleures conditions pour ses camarades, il est frappé à coups de crosse par ses gardiens : cette blessure constitue sa seconde blessure de guerre. La captivité est marquée par la sous-alimentation, la maladie et les séances de « rééducation » et d’autocritique.

Il est libéré le 2 septembre 1954. Il pèse alors 43 kg. Rapatrié sanitaire, il reste hospitalisé en France jusqu’en août 1955 et doit subir des interventions de chirurgie réparatrice au visage. À sa sortie de l’hôpital, il reçoit la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec citation à l’ordre de l’armée.

Son affectation au 1er BEP aura duré 7 mois, dont 6 à Diên Biên Phu.

Nommé médecin-capitaine en juillet 1955, il sert au 2e bataillon de transmissions colonial à Nogent-le-Rotrou de septembre à décembre 1955.

De janvier 1956 à septembre 1958, il sert au Cameroun pendant la révolte de l’Union des populations du Cameroun (UPC), où il remplace à Edéa un confrère assassiné par les rebelles.

De 1958 à 1960, il est affecté à la demi-brigade de parachutistes coloniaux, à Mont-de-Marsan, et est nommé médecin-commandant en avril 1960. Il sert ensuite en République centrafricaine, de 1960 à 1962, au moment des événements du Congo belge.

De 1962 à 1965, il est affecté à la 11e division parachutiste : médecin-chef du 6e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, puis de la 20e brigade aéroportée, enfin directeur par intérim du service de santé de la division.

De 1965 à 1967, il retrouve la Légion étrangère au 3e REI, à Madagascar, au moment des événements des Comores. Il sert ensuite à Libourne, au 31e régiment du génie jusqu’en 1968.

De 1968 à 1972, il est directeur du service de santé des forces armées et de sécurité du Tchad, pendant les opérations contre les mouvements rebelles. Il est nommé médecin-lieutenant-colonel en 1971 et cité à l’ordre de la division. Titulaire d’une licence de pilote privé monomoteur et multimoteurs (il totalisera 500 heures de vol dans l’armée et 1 400 heures comme pilote civil), il pilote lui-même, une nuit, l’avion de transport permettant l’évacuation sanitaire urgente de plusieurs blessés.

Rentré en France fin 1972, il est président de commission de réforme au Secrétariat d’État aux anciens combattants, à Paris, de 1973 à 1979. Il est nommé médecin-colonel en janvier 1976. Sa dernière affectation, à Canjuers, s’étend de juillet 1979 à octobre 1980, date de son départ à la retraite.

Au cours de sa carrière, il a reçu deux blessures de guerre et une blessure en service commandé.

Après le service actif

Retiré en Côte-d’Or, Jean-Louis Rondy consacre sa retraite au monde combattant. Il a été vice-président de l’association des Anciens Combattants de Diên-Biên-Phu jusqu’en 1978, président d’honneur de l’Association nationale des médecins anciens combattants d’Indochine et de Corée, et membre actif de l’Association des anciens légionnaires parachutistes et de l’Association des anciens de la Légion étrangère en Côte-d’Or.

Bénévolement, il instruit pendant des décennies des dossiers de pension d’invalidité d’anciens légionnaires, parachutistes, Français libres et anciens de la 2e DB, ainsi que des dossiers de pension de réversion de veuves de guerre ; il aide en particulier des anciens légionnaires non francophones d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie. Un hommage prononcé à sa mort évoque plus de 5 000 dossiers traités.

Il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur par décret du 28 avril 2014 (prise de rang au 13 juillet 2014). Il est également légionnaire de 1re classe honoraire (matricule 71303B, 1985).

Le 30 avril 2018, il est désigné pour porter la main du capitaine Danjou lors de la célébration de Camerone au 1er régiment étranger, à Aubagne, cérémonie placée cette année-là sous le thème « Tu n’abandonneras ni tes morts, ni tes blessés ».

Le médecin-colonel (h) Rondy meurt dans la nuit du 21 au 22 juillet 2020 à l’hôpital Percy, à l’âge de 94 ans. Il était alors le doyen des médecins légionnaires parachutistes. Ses obsèques sont célébrées le 29 juillet 2020 en la cathédrale Saint-Louis des Invalides, suivies des honneurs militaires dans la cour d’honneur ; l’éloge funèbre est prononcé par le général (2S) Rémy Gausserès. Conformément à sa volonté, ses cendres furent dispersées.

La promotion 2020 de l’École de santé des armées porte son nom ; son baptême a été présidé par le général d’armée Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées. L’insigne de la promotion porte la devise Sacrificii fovere memoriamentretenir la mémoire du sacrifice »).

Décorations

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