C’est à 18 ans, en 1952, qu’il rejoint les troupes aéroportées et part pour l’Indochine, où la France est engagée depuis 1946 dans une guerre contre le Viêt-minh. Il est affecté au 6e bataillon de parachutistes coloniaux, alors reconstitué (en juillet 1952, à Saint-Brieuc) et placé sous le commandement de Marcel Bigeard avec le grade de caporal-chef.
Le premier engagement marquant de Stanislas Butryn a lieu à Tu-Lê. À l’automne 1952, le 6e BPC est largué dans le secteur de Tu-Lê, dans le nord-ouest du Tonkin, pour couvrir le repli de forces françaises menacées par une offensive viêtminh. Le bataillon mène alors une marche de décrochage particulièrement éprouvante vers la Rivière Noire, sous la pression constante de l’adversaire. Cet épisode, resté dans la mémoire de l’unité, constitue le baptême du feu du jeune caporal-chef.
Dans les mois qui suivent, Butryn participe aux opérations et aux sauts du bataillon. Sa progression est rapide : à 20 ans, il est adjudant-chef, un grade élevé pour un sous-officier de cet âge.
À la fin de 1953, le commandement français choisit d’établir un camp retranché dans la cuvette de Diên Biên Phu, au cœur du pays thaï, pour y fixer et y détruire les unités viêtminh. L’occupation du site commence le 20 novembre 1953 avec l’opération « Castor », un assaut aéroporté de grande ampleur. Le 6e BPC figure parmi les premières unités larguées ce jour-là. Stanislas Butryn effectue ce premier saut sur Diên Biên Phu le 20 novembre 1953.
La bataille proprement dite s’ouvre le 13 mars 1954, lorsque le Viêtminh, qui a hissé son artillerie sur les hauteurs encerclant la cuvette, déclenche son offensive sur les points d’appui français. Le camp est rapidement soumis à un pilonnage intense et progressivement encerclé. Le 6e BPC, qui avait quitté la position, y est de nouveau parachuté en renfort à la mi-mars, alors que la situation se dégrade. Stanislas Butryn saute une seconde fois sur Diên Biên Phu le 15 mars 1954, retrouvant un camp déjà sous le feu.
Il prend part aux combats jusqu’à la chute de la position, le 7 mai 1954. La résistance française s’achève ce jour-là après cinquante-sept jours de siège ; le bataillon est officiellement dissous le lendemain.
Avec les autres survivants de la garnison, Stanislas Butryn est fait prisonnier à la chute du camp. Commence alors une longue marche à pied vers les camps de détention du Viêtminh, à travers la jungle du Tonkin, sur une distance d’environ 800 km.
Les conditions de ces colonnes de prisonniers, largement documentées par les historiens et les témoignages d’anciens captifs, étaient extrêmes : marches forcées, sous-alimentation, maladies tropicales et dysenterie. La mortalité parmi les prisonniers de Diên Biên Phu fut très élevée. Butryn survit à cette marche puis à la détention, avant d’être libéré à l’issue de la guerre, dont la fin est scellée par les accords de Genève de juillet 1954.
Un fait d’armes attribué à Stanislas Butryn n’a été rendu public que tardivement, en mai 2014 (l’intéressé n’en ayant lui-même jamais parlé) : Dans la nuit du 3 au 4 mai 1954, au cours d’une contre-attaque à Diên Biên Phu, Butryn reconnaît parmi les corps l’un de ses camarades, Raymond Hautecouverture, grièvement blessé et laissé pour mort : l’adversaire, le croyant tué, lui avait pris sa plaque d’identité. Butryn obtient l’autorisation d’aller le chercher. Il le ramène sur son dos jusqu’au poste de secours, à plusieurs kilomètres, sous le feu, devant à un moment traverser un cours d’eau en deux fois en raison de son armement. Une fois son camarade mis en sécurité, il repart au combat.
Décorations
- Médaille militaire, reçue à 21 ans ;
- Officier de la Légion d’honneur ;
- Officier de l’ordre national du Mérite ;
- cinq citations pour faits de guerre, dont deux à l’ordre de l’armée.



