Geneviève Marie Anne Marthe de Galard Terraube naît le 13 avril 1925 dans une famille de l’ancienne noblesse française. Sa petite enfance se déroule à Paris, dans le 17e arrondissement, auprès de ses parents et de sa sœur aînée, Marie-Suzanne. Son père meurt en 1934, alors qu’elle a 9 ans. Au début de la Seconde Guerre mondiale, à l’hiver 1939, sa mère, craignant les bombardements sur la capitale, conduit la famille à s’installer à Toulouse. Elles ne reviennent à Paris qu’à l’été 1943.
À son retour dans la capitale, Geneviève de Galard suit des cours d’anglais à la Sorbonne et s’engage dans des activités associatives auprès de personnes handicapées en milieu hospitalier. Elle décide ensuite de réorienter sa vie vers le soin. Elle obtient son diplôme d’État d’infirmière en 1950, puis réussit en 1952 le concours de convoyeuse de l’air au sein de l’armée de l’Air, dans le cadre du corps des Infirmières pilotes et secouristes de l’air (IPSA) consistant à accompagner et soigner les blessés évacués par avion.
L’engagement en Indochine
À sa demande, Geneviève de Galard est affectée en Indochine, où elle arrive pour servir à partir de mai 1953, au cœur du conflit opposant les forces françaises au Viêtminh indépendantiste et communiste. Elle se porte volontaire pour cette mission de guerre, motivée par la volonté de servir les blessés au plus près du danger.
Stationnée à Hanoï, elle effectue des évacuations sanitaires par avion. À partir de janvier 1954, elle participe aux évacuations liées à la bataille naissante de Diên Biên Phu, à bord d’un Dakota C-47 sanitaire de la Croix-Rouge. Ses premières missions concernent essentiellement des soldats malades. À mesure que les combats s’intensifient, à partir de la mi-mars 1954, ce sont surtout des blessés de guerre qu’il faut transporter, les avions sanitaires devant parfois se poser sous les tirs d’artillerie du Viêtminh. Le vol qui devait la conduire à Diên Biên Phu fin mars constituait, selon les sources, l’une de ses dernières d’une longue série d’évacuations effectuées au-dessus du camp.
Diên Biên Phu
Dans la nuit du 28 mars 1954 (la date du 27 mars est mentionnée par certaines sources), le commandant Blanchet tente de poser son appareil, avec Geneviève de Galard à bord, sur la courte piste du camp retranché. L’atterrissage est trop long et le moteur gauche de l’avion est sérieusement endommagé. Les réparations étant impossibles sur place, l’appareil est abandonné. À l’aube, l’artillerie du Viêtminh détruit l’avion ainsi que la piste, les rendant inutilisables. Geneviève de Galard doit alors rester sur le camp assiégé, coupée de toute possibilité d’évacuation, comme les milliers de soldats encerclés.

Dans l’enfer du camp retranché
Bloquée au sol, Geneviève de Galard se porte volontaire pour servir comme infirmière dans l’hôpital de campagne dirigé par le médecin-commandant Paul Grauwin. Le personnel médical masculin se montre d’abord réticent à intégrer une femme dans cet environnement, avant de lui aménager un logement de fortune et un uniforme improvisé à partir de bleus de travail, d’un pantalon, de chaussures de basket-ball et d’un t-shirt. Dans le camp, elle est connue simplement sous le prénom de Geneviève ; le surnom « l’ange de Diên Biên Phu » lui sera attribué plus tard par la presse.
Les conditions sanitaires sont dérisoires. Selon le ministère des Armées, l’infirmière, alors âgée de 29 ans et munie d’une simple trousse de premiers secours, soigne et accompagne pendant une soixantaine de jours plusieurs milliers de soldats blessés – le chiffre de plus de 3 000 hommes est avancé. Les médicaments manquent, les morts sont nombreux, et elle s’emploie à soigner, soulager et réconforter les mourants, tout en cherchant à entretenir le moral des combattants. Une vingtaine de femmes du camp, essentiellement vietnamiennes, l’assistent à l’hôpital. La durée exacte de son immobilisation au sol varie selon les sources, certaines évoquant 58 jours, d’autres une période d’environ deux mois.
Décorations sur le champ de bataille
Le 29 avril 1954, Geneviève de Galard est faite chevalier de la Légion d’honneur et décorée de la croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs par le général de Castries, commandant du camp retranché. Sa citation à l’ordre de l’Armée salue « son courage tranquille et son dévouement souriant », sa « compétence professionnelle hors pair » et « un moral à toute épreuve », la décrivant comme « la plus pure incarnation des vertus héroïques de l’infirmière française ».
Le lendemain, lors de la célébration de Camerone, fête de la Légion étrangère, elle est nommée légionnaire de 1re classe d’honneur, aux côtés du lieutenant-colonel Marcel Bigeard, commandant du 6e bataillon de parachutistes coloniaux.
La chute et la captivité
Les troupes françaises cessent le combat le 7 mai 1954. La bataille s’est soldée par la mort de quelque 3 400 soldats français et marque la fin de la présence coloniale française en Indochine, ouvrant la voie aux accords de Genève. Après la reddition, le Viêtminh autorise Geneviève de Galard et le personnel médical à poursuivre les soins aux blessés. Elle refuse alors toute coopération avec ses geôliers et, lorsque certains combattants du Viêtminh commencent à détourner des médicaments, elle en dissimule. Elle est évacuée vers Hanoï le 24 mai 1954, en partie contre sa volonté.
À son retour en France, Geneviève de Galard découvre une notoriété qu’elle n’avait pas anticipée. Coupée du monde pendant le siège, elle se retrouve en une des journaux comme « l’héroïne de Diên Biên Phu ». Elle répétera aux journalistes qu’elle n’avait « fait que son devoir », confiant ne pas s’attendre à une telle popularité ni l’estimer méritée.
Sa célébrité dépasse rapidement les frontières françaises. Invitée aux États-Unis par le Congrès et le président Dwight D. Eisenhower, elle reçoit le 29 juillet 1954 la Medal of Freedom lors d’une cérémonie dans la roseraie de la Maison-Blanche, à Washington. À New York, elle est acclamée par une foule considérable lors d’un accueil triomphal. C’est aux États-Unis que le surnom « l’ange de Diên Biên Phu » lui est, pour la première fois, largement attribué.
L’après-guerre
De retour en France, Geneviève de Galard reprend un temps son activité de convoyeuse de l’air. Le 14 juin 1956, elle épouse à Paris Jean de Heaulme, officier qu’elle suivra dans ses différentes affectations. Le couple aura trois enfants. Dans les décennies suivantes, elle s’est tenue relativement à l’écart de la médiatisation, conformément à une discrétion qu’elle revendiquait.
En 2003, elle publie ses mémoires sous le titre Une femme à Diên Biên Phu, dans lesquelles elle raconte pour la première fois en détail son parcours : sa jeunesse, son engagement comme convoyeuse de l’air, son immobilisation dans le camp retranché et son rôle auprès des soldats.

Distinctions
Au fil de sa vie, Geneviève de Galard a reçu de nombreuses décorations, françaises et étrangères. Outre la croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs et la Medal of Freedom américaine, toutes deux reçues en 1954, elle a été élevée au grade de grand officier de l’ordre national du Mérite en 2008, puis de grand-croix de la Légion d’honneur en 2014, la plus haute distinction de cet ordre. Elle était également première classe d’honneur de la Légion étrangère et titulaire de la médaille Florence Nightingale, décernée par le Comité international de la Croix-Rouge pour services rendus dans le domaine des soins infirmiers.




