Maurice Dejean (1899-1982) est nommé Commissaire général de France en Indochine le 3 juin 1953 et prend ses fonctions à Saïgon le 3 juillet de la même année. Il occupe ce poste jusqu’au 4 juin 1954, date à laquelle il est remplacé par le général Paul Ély, quelques semaines après la chute de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954. Pendant ces onze mois, Dejean est le plus haut représentant civil de la France dans la péninsule indochinoise, en charge des affaires politiques, diplomatiques et administratives, tandis que le général Henri Navarre, nommé commandant en chef début mai 1953, conduit les opérations militaires.
Ce diplomate de carrière, qui fut commissaire national aux Affaires étrangères de la France libre entre 1941 et 1942, ambassadeur en Tchécoslovaquie puis au Japon, arrive en Indochine en pleine recomposition stratégique : le gouvernement de Joseph Laniel cherche à la fois une issue militaire au conflit, par le « plan Navarre » adopté en juillet 1953, et une issue politique, par la déclaration du 3 juillet 1953 annonçant l’achèvement de l’indépendance des États associés. La période est marquée par une internationalisation accélérée de la guerre, l’aide chinoise massive au Viêtminh à la suite de l’armistice coréen du 27 juillet 1953, et l’implication croissante des États-Unis.
La trajectoire de Maurice Dejean en Indochine illustre les tensions inhérentes à cette période : tension entre pouvoir civil et commandement militaire, entre l’objectif de maintenir une présence française et celui de préparer la dévolution des compétences aux États associés, entre la recherche d’une solution négociée et la poursuite d’une stratégie d’« en finir » militairement. Ce texte retrace son parcours, ses choix et son rôle au cours de cette année charnière, à partir des sources archivistiques, mémorialistes et académiques disponibles.



