Lucien Le Boudec naît le 18 janvier 1923 à Paris, à l’hôpital Saint-Louis. Né de père inconnu et de milieu très modeste, il est rapidement contraint d’interrompre ses études, bien qu’ayant été lauréat du Concours Général. Fils d’une jeune Bretonne jetée hors de chez elle par sa famille pendant sa grossesse, il avait raconté son enfance difficile dans ses mémoires (Élevé à la dignité, Éditions Lavauzelle). D’origine très modeste, Lucien Le Boudec envisageait d’être prêtre, instituteur, météorologue… Mais la guerre en a décidé autrement.
Devenu instituteur pour pouvoir préparer par correspondance le concours d’ingénieur des Travaux Publics, il veut échapper au STO en 1944, et rejoint le maquis de Saint-Marcel (Morbihan), où il s’engage comme volontaire au 8e Bataillon FFI du Morbihan en opération sur le front de Lorient. Après guerre, il intègre l’École militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan (promotion Indochine), choisit les troupes de marine puis devient moniteur parachutiste. Lucien Le Boudec a la singularité d’être un des rares généraux français à avoir commencé sa carrière comme soldat de 2e classe.
Volontaire pour l’Indochine, son premier séjour, de 1949 à 1951, lui vaut une blessure et trois citations. En juin 1952, il repart pour un second séjour, cette fois affecté au 6e Bataillon de Parachutistes coloniaux (6e BPC), commandé par le chef de bataillon Marcel Bigeard – l’unité passera vite à la postérité sous le nom de « Bataillon Bigeard ». Il participe aux combats de Tu Lê, en octobre 1952, au terme desquels il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre exceptionnel. En 1953, il participe à l’opération de Lạng Sơn (Opération Hirondelle), à la prise de Diên Biên Phu (Opération Castor).
C’est dans le camp retranché du Tonkin que Lucien Le Boudec entre véritablement dans la légende des parachutistes coloniaux. Nommé commandant de compagnie fin 1953, il participe à la tête de la 6e CIP (6ᵉ compagnie indochinoise de parachutistes) aux opérations de Ban Na son Khone, Se-No et Cat-Bi, avant d’être parachuté une seconde fois sur Diên Biên Phu, le 16 mars 1954. Il s’agit du second saut de sa vie sur la cuvette, sautant cette fois directement dans la fournaise déjà en cours depuis 13 jours.
Durant les 50 jours de la bataille de Diên Biên Phu, il sera blessé quatre fois, nommé capitaine à titre exceptionnel, puis officier de la Légion d’Honneur à titre exceptionnel. Combattant à la tête de ses hommes sous un déluge d’artillerie viêtminh, refusant d’abandonner son commandement malgré ses blessures successives, il incarne l’opiniâtreté des parachutistes de Bigeard durant les ultimes assauts qui se concentrent sur les points d’appui Éliane et Junon.
À la chute du camp retranché, le 7 mai 1954, le capitaine Le Boudec est fait prisonnier. Prisonnier des Viêtminh à la chute du camp retranché, il subira quatre mois de captivité et une marche forcée de plus de 700 km, au cours desquels plus des deux-tiers de ses frères d’armes prisonniers seront décimés. Il est libéré à Việt Trì le 2 septembre 1954.
En avril 1956, il rejoint le 3e RPC du colonel Bigeard en Algérie pour y commander l’escadron. Il y est cité à deux reprises. Après un séjour au 7e RPIMa à Dakar de 1960 à 1963, il prend, à l’École des Troupes Aéroportées de Pau, les fonctions de directeur de l’instruction combat puis, à Coëtquidan, les responsabilités de directeur des sports et de l’instruction TAP. Il commandera ensuite le 2e RPIMa à Madagascar avant d’être nommé général de brigade.
Atteint de deux cancers, et au terme d’un dernier long combat contre la maladie, le général Le Boudec s’est éteint le 19 août 2013 à l’hôpital d’instruction des armées Bégin de Saint-Mandé, à l’âge de 90 ans. Ses obsèques ont été célébrées aux Invalides, où les honneurs militaires lui ont été rendus en présence du drapeau du 2e RPIMa. Cinq fois blessé au combat et titulaire de onze citations, dont six à l’ordre de l’armée, le général Le Boudec fut élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur et de Grand-croix de l’Ordre National du Mérite.
Sa mémoire est entretenue par la 57e promotion d’élèves-officiers de l’École militaire interarmes (2017-2019), qui a choisi de porter son nom, et par ses Mémoires 1923-1954 intitulés Élevé à la dignité, parus aux éditions Lavauzelle peu avant sa mort et couronnés du Prix Jacques-Chabannes 2014.



