REDON Paul

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Paul Redon est un officier d’artillerie de l’armée française ayant servi au sein des troupes coloniales pendant la guerre d’Indochine (1946-1954). Artilleur, il fut ancien combattant de Diên Biên Phu et prisonnier du Viêt Minh durant l’année 1954, avant d’achever sa carrière au grade de colonel. Au moment de la bataille, il sert comme lieutenant au sein du 1er Groupe d’Artillerie Antiaérienne Coloniale d’Extrême-Orient (1er GAACEO), une unité spécialisée dans la défense antiaérienne. Créé le 1er décembre 1950, ce groupe fut dissous le 15 octobre 1955 ; son insigne, dessiné par le chef d’escadron Frisaa, représente le viseur d’un canon Bofors de 40 mm. 

Alors que le camp retranché de Diên Biên Phu, établi depuis l’opération Castor de novembre 1953, est déjà encerclé par les forces du général Giap, le lieutenant Paul Redon est parachuté sur le camp retranché le 2 mars 1954, avec sa section du 1er GAACEO, qui comprend 4 affûts de mitrailleuses quadritube de 12,7 mm. 

L’envoi de matériel antiaérien face à un adversaire dépourvu d’aviation pouvait sembler paradoxal. En réalité, leur rôle sur place sera détourné de sa fonction première pour faire du tir indirect à terre, c’est-à-dire empêcher les troupes ennemies d’avancer trop près des positions françaises ; selon l’historien Henri de Brancion, leur déploiement constitue l’une des mesures d’urgence de l’état-major de Hanoï face à l’évolution inquiétante de la situation. 

La petite unité que commande Paul Redon arrive dans des conditions précaires. La section parachutée le 2 mars est considérée comme étant en sous-effectif : outre le lieutenant Redon, officier commandant la batterie, on trouve seulement deux sous-officiers, le maréchal des logis Mariage et l’adjudant-chef Lemeur, les canonniers Levert et Saint Raymond, le secrétaire Jean-Jacques Sinnaya, ainsi que des personnels vietnamiens pour le service des pièces, dont les noms ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Cette faiblesse des effectifs pousse le colonel de Castries à lui accorder l’aide des hommes du génie pour déployer correctement les mitrailleuses. Dans les sources consultables, une certaine « débrouillardise » semble avoir été de mise pour permettre le bon déploiement de ces matériels, à des fins bien différentes de celles pour lesquelles ils ont été conçus. 

Dans l’ordre de bataille du Groupement Opérationnel du Nord-Ouest (GONO), la section du 1er GAACEO du lieutenant Paul Redon est rattachée à l’artillerie commandée par le colonel Charles Piroth, au sein du Groupement B du major Guy Knecht, aux côtés du II/4 RAC, de la 11/IV/4 RAC et de la 1re CMMLE. Sa 1ère section est positionnée sur le point d’appui Claudine, au cœur du dispositif central, près du poste de commandement. 

Pendant les 56 jours de la bataille, les quadruples de 12,7 mm de Redon acquièrent une réputation redoutable auprès des combattants : leur cadence de tir exceptionnelle en fait l’une des armes d’appui les plus efficaces du camp retranché, fauchant les vagues d’assaut vietminh et appuyant les contre-attaques des parachutistes sur les points d’appui menacés. Leur efficacité dans ce rôle de tir terrestre direct et indirect est régulièrement soulignée dans les récits de la bataille.

Le rôle de la section est attesté jusque dans les ultimes heures du camp retranché. Dans la nuit du 6 au 7 mai 1954, alors que le dispositif français se réduit au réduit central, le point d’appui Junon, entre le PC du général de Castries et la rivière, est occupé par les Thaïs blancs du capitaine Duluat, qui enserrent les mitrailleuses quadruples du lieutenant Redon, lesquelles prennent de flanc les « Champs-Élysées » — nom donné par les défenseurs au glacis par lequel déferlent les assaillants. Ses armes comptent ainsi parmi les dernières à tirer avant la chute du camp, le 7 mai 1954 vers 17 h 30. 

Comme la quasi-totalité des survivants de la garnison, Paul Redon est capturé à la chute du camp. Il est prisonnier du Viêt Minh durant l’année 1954. Pour situer ce que représente cette épreuve : sur les 11 721 soldats faits prisonniers à Diên Biên Phu, seulement 3 290 reviennent vivants en France — les colonnes de la mort vers les camps du Tonkin et les conditions de détention (privations, dysenterie, rééducation politique) ayant décimé les captifs avant les libérations échelonnées entre août et septembre 1954, à la suite des accords de Genève. Paul Redon figure parmi les survivants rapatriés.

Paul Redon poursuit sa carrière militaire après son retour de captivité et termine celle-ci au grade de colonel. Il est décédé avant que son petit-fils n’ait pu recueillir son témoignage : devenu historien de métier, Gabriel Redon a entrepris de confronter archives familiales directes et indirectes, les récits connus de ses camarades et la bibliographie existante, afin de reconstituer ce parcours ; ce travail nourrit le carnet de recherche « Diên Biên Phu 70 », qui propose des articles synthétiques sur l’histoire de la bataille à l’occasion des commémorations de son 70e anniversaire en 2023-2024. 

Le lieutenant Redon (debout à droite) et l’adjudant-chef Lemeur (assis à gauche) en mars 1954 à Diên Biên Phu, sur l’une des deux mitrailleuses quadritube de 12,7 mm. Sources : archives de la famille Redon.

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