Félix Eugène Thibout est né en 1926. Sa carrière militaire s’est entièrement déroulée au sein de la Légion étrangère, à laquelle il aura consacré 37 années de service. Officier d’infanterie, il rejoint en 1953 le 1er Bataillon étranger de parachutistes (1er BEP) en Indochine, dans la dernière phase d’un conflit ouvert depuis décembre 1946 entre la France et le Viêtminh dirigé par Hô Chi Minh.
Le 1er BEP, créé en juillet 1948 à Khamisis, en Algérie, est l’une des unités d’élite de la Légion en Extrême-Orient. Il s’est illustré, et a été en partie détruit, en octobre 1950 dans les combats de Coc Xa, lors du repli français de la Route coloniale 4 (RC4), qui avait coûté la vie à son premier chef de corps, le commandant Pierre Segrétain. Reconstitué en mars 1951, le bataillon est engagé sans relâche au Tonkin, en Annam et sur la Rivière noire. C’est dans ce bataillon que Félix Thibout sert comme chef de section, à la tête d’une trentaine de légionnaires.
Le saut sur Diên Biên Phu
Le 20 novembre 1953, le général Henri Navarre, commandant en chef en Indochine, déclenche l’opération Castor, la plus importante opération aéroportée jamais conduite par la France. Il s’agit de réinstaller dans la cuvette de Diên Biên Phu, en pays thaï, un dispositif fortifié destiné à couper les routes d’infiltration du Viêtminh vers le Laos et à provoquer une bataille de position. Les 6e Bataillon de parachutistes coloniaux (6e BPC) du commandant Marcel Bigeard et le II/1er Régiment de chasseurs parachutistes (II/1er RCP) du commandant Bréchignac sont largués les 20 et 21 novembre. Le 1er BEP du commandant Guiraud, dont fait partie le lieutenant Thibout, est parachuté le 21 novembre.
À leur arrivée, les parachutistes français trouvent une plaine de 20 km de long encerclée de collines boisées. Les Viêtminh, surpris, ont décroché. Pendant plusieurs semaines, les unités françaises aménagent la cuvette : remise en service de la piste d’aviation, construction de 8 centres de résistance désignés par des prénoms féminins (Anne-Marie, Béatrice, Gabrielle, Dominique, Éliane, Huguette, Claudine, Isabelle), creusement de tranchées, mise en batterie de l’artillerie. L’effectif atteint progressivement près de 11 000 hommes. Le 1er BEP, comme le 8e Bataillon de parachutistes de choc (8e BPC), est placé en réserve générale, prêt à intervenir en contre-attaque sur n’importe quel point d’appui menacé.
Pendant l’hiver, le bataillon multiplie les reconnaissances offensives vers les hauteurs qui dominent la cuvette. Ces sorties, censées garder l’initiative et reconnaître le dispositif adverse, deviennent rapidement coûteuses à mesure que les divisions viêtminh resserrent leur étau. Selon les sources régimentaires, c’est lors d’une de ces opérations, le 5 mars 1954 vers la cote 781, qu’un certain lieutenant Thibout figure parmi les officiers blessés du 1er BEP, aux côtés des lieutenants Brandon, Luciani, Martin et Roux. Le capitaine Bernard Cabiro, qui commandait la 4e compagnie, est, ce jour-là, plus gravement atteint.
La contre-attaque et l’évacuation
Le 13 mars 1954, le général Vo Nguyên Giap déclenche l’assaut général. Quatre divisions d’infanterie (308e, 312e, 316e, 304e) et la division lourde 351, équipée d’une artillerie hissée à dos d’homme à travers la jungle, étranglent la cuvette. Béatrice tombe le 13 mars, Gabrielle le 14, Anne-Marie est évacuée. La piste d’aviation, écrasée par les obus, est rapidement inutilisable : les renforts, les vivres et les munitions ne pourront plus parvenir que par parachutage, dans des conditions de plus en plus précaires.
Le 1er BEP est alors employé dans son rôle de réserve : il monte au combat à chaque attaque viêtminh, lance les contre-attaques destinées à reprendre les points d’appui perdus ou à empêcher leur effondrement. C’est lors d’une de ces contre-attaques que le lieutenant Thibout est grièvement blessé. Le 1er BEP a été engagé sur Éliane, Dominique et Huguette tout au long du mois d’avril, jusqu’à l’absorption de ses restes, le 24 avril, dans un « Bataillon de marche de parachutistes étrangers » réunissant les rescapés des 1er et 2e BEP sous le commandement du commandant Guiraud.
Évacué sanitaire avant la chute du camp retranché le 7 mai 1954, Félix Thibout échappe à la captivité ; sort dont ne reviendront pas une majorité des 10 000 prisonniers français de Diên Biên Phu. La bataille a coûté à la Légion 575 tués et disparus pour le seul 1er BEP. Pour l’ensemble du corps expéditionnaire, le bilan dépasse 3 000 tués, 4 000 blessés et 10 000 prisonniers. Une semaine plus tôt, le 6 mai, s’était ouverte à Genève la conférence qui allait sceller, le 21 juillet, la fin de la présence française en Indochine.
Pour son engagement à Diên Biên Phu, le lieutenant Thibout est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1954, à 27 ans, distinction inhabituellement précoce. Il est titulaire de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures avec deux citations, sanction officielle de ses faits d’armes en Indochine.
L’Algérie et le 2e REP
Sa convalescence achevée, Félix Thibout est affecté au 2e Régiment étranger de parachutistes (2e REP), héritier direct du 2e BEP d’Indochine, transformé en régiment en décembre 1955. Le 2e REP est l’une des unités les plus engagées de l’armée française pendant la guerre d’Algérie (1954-1962). Stationné en Algérie, il participe aux opérations dans le Constantinois, le sud Algérois et en Kabylie, ainsi qu’aux opérations de quadrillage et de contre-guérilla qui caractérisent ce conflit.
L’expédition de Suez, en novembre 1956, lui vaut ses premières citations algériennes ; les opérations sur la frontière tunisienne, le ratissage de la Kabylie, la bataille des frontières ponctuent les années suivantes. Contrairement à son régiment frère, le 1er REP, dissous le 30 avril 1961 à la suite du putsch d’Alger, le 2e REP n’est pas touché par les sanctions politiques. Il quittera l’Algérie en 1962 pour Bou-Sfer puis Calvi, en Corse, où il est stationné depuis 1967.
Au terme de la guerre d’Algérie, Félix Thibout est titulaire de la croix de la Valeur militaire avec 5 citations, qui s’ajoutent aux deux citations indochinoises pour porter à sept le total de ses citations.
Chef de corps du 1er Régiment étranger
La suite de la carrière de Félix Thibout est, dans les sources publiques, moins précisément documentée. La presse régimentaire indique qu’il commande, de 1976 à 1978, le 1er Régiment étranger (1er RE), stationné à Aubagne (Bouches-du-Rhône) depuis 1962. Le 1er RE n’est pas une unité de combat de premier rang mais le régiment-mère de la Légion étrangère : il assure le recrutement, l’instruction initiale et l’administration générale des légionnaires, abrite l’état-major du Commandement de la Légion étrangère (COMLE) et le Musée de la Légion. Son commandement, qualifié de « Maison mère », est traditionnellement confié à un officier supérieur d’expérience, à un moment de la carrière proche du généralat.
Félix Thibout est promu commandeur de la Légion d’honneur par décret du 27 juillet 1979, peu après sa sortie de commandement, ce qui constitue une distinction conforme aux usages pour un colonel ayant exercé un tel poste. Il est ensuite promu général de brigade.
La dignité de grand-croix
L’élévation de Félix Thibout aux dignités successives de la Légion d’honneur s’inscrit dans le mouvement de reconnaissance que les pouvoirs publics français ont engagé, à partir des années 2000, envers les derniers combattants d’Indochine. Il est fait grand officier de la Légion d’honneur par décret du 1er novembre 2019, puis grand-croix par décret du 8 novembre 2024, publié au Journal officiel le 9 novembre.
La grand-croix de la Légion d’honneur, plus haute distinction française, est limitée à 75 titulaires vivants. Quelques mois plus tôt, le sous-officier Daniel Bouwet, ancien parachutiste, avait été le premier sous-officier à être élevé à cette dignité.

Décorations
- Grand-croix de la Légion d’honneur (décret du 8 novembre 2024)
- Grand officier de la Légion d’honneur (décret du 1er novembre 2019)
- Commandeur de la Légion d’honneur (décret du 27 juillet 1979)
- Officier de la Légion d’honneur
- Chevalier de la Légion d’honneur (1954)
- Croix de guerre des TOE avec 2 citations
- Croix de la Valeur militaire avec 5 citations



