CABIRO Bernard

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Bernard Cabiro est né le 7 août 1922 à Mont-de-Marsan, dans les Landes, où sa famille tenait un commerce d’alimentation. Il est mort le 31 juillet 1993, à l’âge de 70 ans. Sa carrière militaire couvre 20 ItalieIannées de guerre continue : Italie et France en 1943-1945, trois séjours en Indochine entre 1946 et 1954, puis l’Algérie jusqu’en 1961. Elle s’achève par sa participation au putsch d’Alger, sa condamnation et sa radiation des cadres.

Résistance et campagnes de 1943-1945

Lycéen à Mont-de-Marsan au moment de l’occupation allemande, Bernard Cabiro se destinait initialement au commissariat de la marine marchande. Après plusieurs tentatives infructueuses pour rejoindre Londres, il s’inscrit en droit à Paris, puis franchit clandestinement la frontière espagnole en juillet 1943, avec l’aide d’un réseau d’évasion. Il passe quelques semaines en détention en Espagne avant d’être acheminé sur Casablanca, où il s’engage pour la durée de la guerre au 8e régiment de tirailleurs marocains.

Il débarque à Naples en novembre 1943 avec le corps expéditionnaire français du général Juin et participe à l’ensemble des opérations d’Italie jusqu’en juillet 1944 : combats d’hiver dans les Abruzzes et sur la ligne Gustav, bataille du Garigliano, poursuite vers Rome puis Sienne. Il y est cité deux fois et nommé caporal-chef en mai 1944. À trois reprises, il refuse la formation d’officier à laquelle son niveau d’études lui donne accès, afin de ne pas quitter le contact.

Débarqué en Provence le 9 septembre 1944, il suit la progression de la 1re armée vers l’Est et est blessé en décembre lors des combats pour la libération de Thann, dans le Haut-Rhin. Évacué, il accepte alors d’être dirigé sur l’école d’officiers de Cherchell, en Algérie, où s’est repliée la formation des cadres. Il en sort aspirant de réserve et choisit la Légion étrangère.

Premier séjour en Indochine (1946-1948) : le 2e REI

Nommé sous-lieutenant de réserve en décembre 1945, il débarque à Saïgon le 6 février 1946 avec son régiment, devenu le 2e régiment étranger d’infanterie. L’unité est d’abord employée à la pacification de la zone côtière du Sud-Annam, où le jeune chef de section obtient deux citations.

Son bataillon est ensuite transféré à Haïphong, où il arrive quelques jours avant l’attaque générale du Viêtminh du 19 décembre 1946. La première mission consiste à rétablir la liaison routière et ferroviaire entre Haïphong et Hanoï. Fin décembre 1946, il participe à la reprise d’An Thai puis contribue à celle de Hai Duong en forçant un barrage de jonques sur le fleuve. Ces actions lui valent une citation à l’ordre de l’armée. Il enlève un mois plus tard plusieurs blockhaus viêt-minh à Phu Tao.

Devenu chef de poste, il repousse plusieurs attaques d’ampleur, notamment à Dong Phu le 15 septembre 1947 et à Gia Loc en mars 1948. Nommé lieutenant d’active en septembre 1947, il saute sur une mine trois jours après l’affaire de Gia Loc, au cours d’une ouverture de route. Le visage criblé d’éclats, il reste aveugle une quinzaine de jours à l’hôpital Lanessan de Hanoï. Il apprend sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur le jour de sa sortie, le 1er avril 1948. Il quitte l’Indochine avec 9 citations et un surnom qui le suivra, « le Cab ».

Deuxième séjour (1949-1951) : le 2e BEP

L’année 1948 voit la création des premières unités parachutistes de la Légion étrangère. Bernard Cabiro se porte volontaire pour le 2e bataillon étranger de parachutistes, formé à Sétif, unité au recrutement jeune et comptant une proportion inhabituelle de cadres venus d’autres armes.

Le bataillon débarque à Saïgon en février 1949 et est éclaté entre le Cambodge, l’Annam et la Cochinchine, ce qui laisse une large autonomie aux commandants de compagnie. Cabiro prend le commandement de la 2e compagnie et multiplie les interventions : secours de postes attaqués, évacuations sanitaires, opérations contre le régiment 95. En janvier 1950, aéroporté sur Dong Hoi puis Phuoc Long, il dégage la 1re compagnie assaillie par un adversaire très supérieur en nombre.

Le 1er avril 1950, dans le secteur de Tra Vinh, en Cochinchine, il rassemble de sa propre initiative plusieurs éléments et se porte au secours d’une compagnie tombée dans une embuscade à Ba Cum. L’unité attaquée est dégagée ; l’armement et des documents sur l’organisation clandestine viêtminh à Saïgon sont récupérés. La 2e compagnie du 2e BEP est citée à l’ordre de l’armée, distinction rare à l’échelon d’une compagnie, et son chef est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur ; il a alors 27 ans et le grade de lieutenant.

En septembre 1950, le bataillon est appelé au Tonkin pour couvrir l’évacuation des postes de la frontière chinoise. Cabiro participe au repli d’unités marocaines et thaïes lors du raid sur Sin Ma Kay puis Lao Kay. Rentré à Hanoï pendant la bataille de la RC 4, le 2e BEP constitue alors la seule réserve parachutiste du commandement. Nommé capitaine à titre exceptionnel en janvier 1951, il quitte l’Indochine en mars.

Interlude nord-africain (1951-1953)

Affecté au 3e BEP à Sétif, il reçoit le commandement de la compagnie d’instruction, avec laquelle il effectue un séjour de 4 mois en Tunisie. Il est ensuite détaché comme chef d’état-major auprès du colonel commandant le secteur de Batna-Aurès, où s’organisent les premiers noyaux de ce qui deviendra le FLN.

Troisième séjour : le 1er BEP et Diên Biên Phu

Volontaire pour un troisième séjour en Extrême-Orient, le capitaine Cabiro est affecté au 1er bataillon étranger de parachutistes en juin 1953. Il rejoint l’unité à Seno, au Laos, où il s’agit d’aménager une base aéroterrestre destinée à verrouiller l’axe vers la Cochinchine. Le bataillon quitte Seno à la mi-août, est transféré sur la côte du Sud-Annam, puis participe à l’opération Brochet, au Tonkin.

Le 21 novembre 1953, dans le cadre de l’opération Castor destinée à occuper la cuvette de Diên Biên Phu, le 1er BEP est largué sur la vallée. Cabiro y commande la 4e compagnie. Avec le 6e bataillon de parachutistes coloniaux du commandant Bigeard et le 8e BPC du commandant Touret, le bataillon forme un groupement aéroporté chargé de reconnaître les abords de la cuvette et de recueillir les garnisons évacuées de la région de Lai Chau.

En décembre 1953, sa compagnie participe aux opérations menées sur la piste Pavie, au nord de Diên Biên Phu, à la rencontre des postes repliés. Les images de ces reconnaissances, filmées et photographiées par les services de presse aux armées (Pierre Schoendoerffer et Daniel Camus notamment), comptent parmi les rares documents où l’officier apparaît en opération.

Durant les mois de janvier et février 1954, le bataillon effectue des sorties de plus en plus contestées autour du camp retranché, à mesure que le dispositif d’artillerie du Viêtminh se met en place sur les crêtes environnantes, notamment autour de la cote 781.

Le 3 mars 1954, deux compagnies du 1er BEP reconnaissent la cote 781, hauteur dominant la cuvette et le terrain d’aviation. Le 5 mars, sur instruction du colonel de Castries, une opération est lancée sur le même objectif afin d’y localiser et de neutraliser une pièce d’artillerie qui prend la piste sous son feu.

Tandis qu’une compagnie s’installe en position de recueil, la 4e compagnie aborde la pente sous une préparation d’artillerie de 155 mm réglée au plus près, puis allongée vers le sommet. À mi-pente, l’unité est prise à partie à courte distance : le dispositif viêtminh, constitué de blockhaus indécelables, ouvre le feu de toutes ses armes et le combat dégénère au corps à corps. Le capitaine Cabiro est grièvement blessé aux deux jambes (la jambe droite est presque sectionnée) et perd rapidement ses moyens. L’adjudant Martin le tire à l’abri ; son adjoint, le lieutenant André Bertrand, prend le commandement de la compagnie pendant que l’engagement se poursuit. Le sous-lieutenant Boisbouvier, blessé lui aussi, refuse l’évacuation. L’affaire coûte au bataillon 4 tués et 28 blessés.

Évacué sur Hanoï puis rapatrié en France, Bernard Cabiro ne prend pas part à la bataille proprement dite, qui s’ouvre le 13 mars par l’offensive générale du général Giap et la chute du point d’appui Béatrice. Sa blessure, survenue 8 jours plus tôt, lui vaut de figurer parmi les derniers blessés évacués par voie aérienne avant la fermeture de la piste.

La 4e compagnie qu’il laisse derrière lui est durement éprouvée : le lieutenant Bertrand est tué le 22 mars ; le lieutenant Domingo, revenu volontairement dans la cuvette pour reprendre l’unité, y est fait prisonnier. Le 1er BEP, engagé sans discontinuer jusqu’au 7 mai 1954, est anéanti avec le reste de la garnison.

Le rétablissement est long : une douzaine d’interventions chirurgicales et plusieurs mois d’hôpital sont nécessaires avant qu’il puisse remarcher. Il épouse le 2 juin 1955, à Orléans, Mireille Vendéol, l’infirmière qui l’avait soigné. Entre-temps, il a exercé les fonctions d’aide de camp du général Koenig, ministre de la Défense nationale, jusqu’au départ de celui-ci du gouvernement. Il n’est de nouveau déclaré apte à faire campagne qu’en 1956.

Muté au 20e bataillon de chasseurs portés, il suit son unité en Algérie, mais ses blessures se rouvrent et il est hospitalisé à Percy. Après un passage à l’état-major de la 5e division blindée à Landau, en Allemagne, il est promu chef de bataillon le 1er octobre 1958 et affecté à l’état-major du 2e régiment étranger de parachutistes, à Philippeville. Il en assure le commandement opérationnel avant d’en devenir le commandant en second. Il reçoit la cravate de commandeur de la Légion d’honneur en 1960.

Le putsch d’Alger et la radiation des cadres

Le 22 avril 1961, alors que les généraux Challe, Zeller et Jouhaud prennent le pouvoir à Alger, le colonel Darmuzai, chef de corps du 2e REP, se déclare hostile au putsch tout en annonçant à ses officiers qu’ils pourraient « choisir » le lendemain. Sollicité dans la nuit par les cadres du régiment, déjà en tenue de campagne, Bernard Cabiro, commandant en second, décide d’apporter son appui personnel et celui de l’unité aux putschistes, tout en rappelant que le chef de corps conserve le commandement.

Le putsch échoue le 25 avril. Mis aux arrêts puis transféré en métropole, Cabiro est incarcéré à la prison de la Santé en même temps que plusieurs autres officiers supérieurs de troupes aéroportées : les lieutenants-colonels Lecomte (14e RCP), Masselot (18e RCP) et de La Chapelle (1er REC). Jugé par le Haut Tribunal militaire, il est déclaré coupable de « prise de commandement sans ordre légitime » et condamné, le 3 juillet 1961, à un an de prison avec sursis. Il est rayé des cadres de l’armée.

Rendu à la vie civile à 38 ans, il mène une carrière dans les assurances et se consacre à sa ville. De mars 1970 à mars 1983, il est conseiller municipal puis premier adjoint au maire de Mont-de-Marsan, Charles Lamarque-Cando.

Il est réintégré dans son grade et admis dans le corps des officiers de réserve en 1974, puis élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur ; les insignes lui sont remis à Calvi, devant le 2e REP, le 24 septembre 1978. Le 30 avril 1979, il est choisi pour porter la main du capitaine Danjou lors de la cérémonie de Camerone, à Aubagne.

Bernard Cabiro meurt le 31 juillet 1993. Une cérémonie du souvenir est organisée chaque année autour de sa tombe, au cimetière du Centre de Mont-de-Marsan, par les associations d’anciens de la Légion étrangère et des parachutistes des Landes.

Décorations

Résumé

 
En 1945, après la campagne d’Alsace, il conquiert l’épaulette et choisit la Légion Etrangère. Un premier séjour en Indochine lui vaut ce surnom qui claque comme un coup de fusil : le « Cab ». Adulé de ses légionnaires, reconnu par ses pairs, fêté par ses chefs, le « Cab » sera l’une des figures les plus marquantes des paras de la Légion, l’artisan de leur légende. Du Cambodge au Tonkin, de Phan Thiet à Dien Bien Phu, partout où se battent les bérets verts, il y aura Cabiro.
 
Jusqu’à l’Algérie où, en 1961, en rejoignant le putsch d’Alger, il sacrifie volontairement une fulgurante carrière.

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