COUTHURES Michel

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Fiche réalisée avec l’aide de l’ARDHAN.

Né le 25 mai 1929 à Agen, Michel Couthures s’engage dans la Marine nationale en 1950, à l’âge de 21 ans. Il appartient à cette génération de marins du ciel formée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’aéronautique navale française se reconstruit en s’appuyant largement sur du matériel d’origine américaine.

Sa formation de pilote suit le parcours classique de l’époque. Il est breveté pilote en novembre 1951 à l’escadrille 52S, basée à Khouribga, au Maroc. Orienté vers la chasse, il poursuit son instruction à Meknès en juillet 1952, puis rejoint l’escadrille 54S, l’École d’aviation embarquée installée à Hyères. C’est là qu’il acquiert la spécialité la plus exigeante de l’aéronavale : l’appontage. Il obtient sa qualification à bord du porte-avions Arromanches en janvier 1953 et est aussitôt affecté, le mois suivant, à la flottille de chasse 1F à Hyères, renumérotée 11F en juin 1953.

En septembre 1953, la flottille 11F embarque sur l’Arromanches à destination de l’Indochine. Le porte-avions arrive à Saïgon le 29 septembre. La 11F est alors armée de chasseurs-bombardiers Grumman F6F-5 Hellcat, appareils robustes hérités du Pacifique et engagés au-dessus du Tonkin dans des missions d’appui au sol.

Second maître à l’époque, Michel Couthures effectue au total cinquante-trois missions de guerre durant cette campagne. La mission de l’aviation embarquée — Hellcat de la 11F et Helldiver de la 3F — consiste avant tout à fournir un appui-feu aux troupes terrestres, à frapper les concentrations du Vietminh, son artillerie et sa défense contre avions (DCA), et à protéger les appareils de transport qui parachutent vivres et matériel. Ces vols, exécutés en zone montagneuse et de plus en plus exposés au feu antiaérien adverse, comportent leur lot d’avaries, d’épuisement et de dangers permanents. 

Le 27 novembre 1953, au-dessus de Diên Biên Phu

L’épisode le plus marquant de sa campagne survient au tout début de la bataille de Diên Biên Phu, quelques jours seulement après le déclenchement de l’opération « Castor ». Le 27 novembre 1953, deux Hellcat décollent de l’Arromanches. Michel Couthures vole en équipier de son chef de file.

Le trajet se déroule d’abord sans incident notable, jusqu’aux environs de Tuan Giao, où des tireurs vietminh prennent les deux appareils pour cibles et révèlent la présence de la DCA adverse. Guidés par un avion d’observation « Criquet », les deux pilotes larguent leurs bombes sur un objectif suspect. C’est alors que le drame se noue : Couthures ne parvient pas à basculer son alimentation sur le réservoir de secours. À court de carburant, il doit poser son chasseur en catastrophe, sur le ventre, aux abords du camp retranché. Il s’extrait indemne de l’appareil, emportant son pistolet-mitrailleur et ses cartes.

Guidés par le Criquet, les parachutistes du commandant Bréchignac le récupèrent rapidement. Un hélicoptère vient ensuite prélever l’armement, les munitions, le matériel sensible et la radio de l’avion, qui est détruit sur place pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi. Le soir même, Michel Couthures est évacué vers Hanoï à bord d’un Dakota.

Cet atterrissage forcé n’est qu’un épisode parmi les pertes que connaît l’aviation embarquée au-dessus de la cuvette. Au fil de la bataille, d’autres pilotes de Hellcat seront moins chanceux, certains abattus par la DCA, d’autres tués ou faits prisonniers ; comme le second maître Daniel Robert, capturé en avril 1954 et mort d’épuisement au cours d’une marche forcée.

Après 53 missions de guerre, épuisé, le second maître Couthures est rapatrié en métropole en mai 1954, peu avant la chute du camp retranché.

Une longue carrière dans l’aéronavale

De retour en France, il sert à l’escadrille 1S (devenue 2S) à Lann-Bihoué, d’octobre 1954 à mai 1957, avant de se porter volontaire pour les hélicoptères. Il obtient sa transformation sur voilure tournante à l’escadrille 58S de Saint-Raphaël en octobre 1957.

Sa carrière sur hélicoptères le conduit en Algérie, à la flottille 32F équipée de Sikorsky HSS-1, d’avril 1958 à juin 1961. Promu maître principal en juillet 1961 puis nommé officier des Équipages en septembre de la même année, il rejoint la flottille 31F (lutte anti-sous-marine) à Saint-Mandrier de 1961 à 1963. Détaché ensuite en Bretagne, à Lanvéoc-Poulmic, il prend la tête d’une section d’Alouette III, prélude à la création de l’escadrille 22S en août 1964.

Sa carrière se poursuit entre la 32F à Lanvéoc (1967-1969) et l’escadrille 23S, qu’il finit par commander de novembre 1972 à juin 1974. Promu officier principal des Équipages en septembre 1973, il est nommé capitaine de corvette dans le corps des officiers de marine en avril 1974. Il occupe ensuite plusieurs postes à terre : chef du PC Opérations de Nîmes-Garons (1974-1977), chef des Services généraux de Saint-Mandrier (1977-1980), adjoint au commandant de la Marine à Marseille, puis affectation à l’état-major du Commandant de l’Aéronautique navale en 3e Région (1981-1983).

Il est promu capitaine de vaisseau honoraire en 1988.

Il totalise 5 810 heures de vol (dont 4 500 sur hélicos) dont 210 de nuit ; 155 h en 53 missions de guerre en Indochine ; 944 h en missions de maintien de l’ordre en Algérie ; 100 appontages et 53 catapultages, 349 hélipontages. 

Dans les années 2006-2011, Michel Couthures rédige une trentaine de récits relatant sa carrière, dont une partie est publiée par l’ARDHAN (Association pour la recherche de documentation sur l’histoire de l’Aéronautique navale).

Michel Couthures est décédé le 10 avril 2022.

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