Hubert Liesenfelt (1913-1993) fut le chef de bataillon du 2e bataillon étranger de parachutistes (2e BEP) lors de la bataille de Diên Biên Phu. Officier de la Légion étrangère formé à Saint-Cyr, il participa à la campagne de Syrie-Liban, à la guerre d’Indochine dès 1947, puis conduisit son bataillon dans les derniers combats du camp retranché avant d’être fait prisonnier à la chute de la place forte.
Hubert Liesenfelt naît le 25 novembre 1913 à Audun-le-Roman, en Meurthe-et-Moselle. Il entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr dans la promotion « Bournazel » (1932-1934), puis rejoint la Légion étrangère le 3 novembre 1938.
Lieutenant au 6e régiment étranger d’infanterie en Syrie en 1941, il participe à la campagne de Syrie-Liban. Après un passage en Algérie, il est affecté au 3e régiment étranger d’infanterie au Maroc en 1942 et prend part à la campagne de Tunisie en 1943, année où il est promu capitaine.
De 1944 à 1946, il sert dans les bureaux de recrutement de la Légion au Maroc, en France et en Allemagne. Cette période administrative précède son premier départ pour l’Indochine, en mai 1947.
En Indochine, Liesenfelt commande la 40e compagnie de camions-bennes (40e CCB), une unité du génie de la Légion, de 1947 à 1949. Il quitte ensuite l’Indochine pour l’Afrique du Nord, puis sert à l’état-major de la Légion de 1949 à 1952.
En 1953, il rejoint le 3e bataillon étranger de parachutistes (3e BEP) et est promu chef de bataillon le 1er avril 1953. Il devient adjoint au commandant du 3e BEP le 17 septembre 1952, avant de revenir en Indochine plus tard dans l’année.
Commandement du 2e BEP
Le 5 octobre 1953, le chef de bataillon Hubert Liesenfelt prend le commandement du 2e BEP, futur 2e régiment étranger de parachutistes. Il remplace alors le chef de bataillon Albert Merglen et dirige une unité de parachutistes de la Légion engagée principalement au Tonkin et dans le nord de l’Annam.
Le 2e BEP est alors organisé autour d’un état-major, d’une compagnie de commandement et de soutien, ainsi que de compagnies de combat. En avril 1954, Liesenfelt en est le chef de corps, avec le capitaine Gallouet comme adjoint.
Son unité appartient aux forces aéroportées françaises qui interviennent par sauts sur les points stratégiques du théâtre indochinois. Cette spécialité explique son emploi comme renfort parachuté lors de la bataille de Diên Biên Phu.
Dans la nuit du 9 au 10 avril 1954, les premiers éléments du 2e BEP sautent sur Diên Biên Phu. 15 Dakota larguent l’état-major léger, sa section de protection et la moitié de la compagnie de commandement et de soutien, ainsi que la 7e compagnie ; cette dernière perd immédiatement 3 hommes tués et 3 disparus.
La 8e compagnie et une partie de la CIPLE ne peuvent sauter lors de cette première vague. Le bataillon est finalement largué en deux vagues, dans les nuits du 9 au 10 avril puis du 10 au 11 avril.
Au petit jour du 10 avril, Liesenfelt et le capitaine Charles Delafond partent reconnaître l’implantation de la 7e compagnie sur la position « Dominique 3 », tenue par le bataillon thaïlandais 2 du commandant Chenel. Au retour, un obus de mortier frappe leur petit groupe : Delafond est tué, tandis que le lieutenant Le Cour-Grandmaison prend le commandement de la 7e compagnie.
Le 2e BEP est d’abord maintenu en réserve, puis engagé pour renforcer les points d’appui du camp retranché. Dans la nuit du 11 au 12 avril, le bataillon est largué dans son intégralité ; sa réaction face aux tirs viêt-minh, immédiate et efficace, lui inflige des pertes dès sa mise en place.
Le 23 avril 1954, Liesenfelt reçoit la mission de reprendre la position Huguette 1, perdue 5 jours plus tôt. Son bataillon, alors fort d’environ 380 hommes, doit mener l’assaut après une préparation aérienne et une intense préparation d’artillerie.
La contre-attaque échoue. Le retard pris dans le déclenchement de l’assaut donne au Viêt-minh le temps de se replacer ; le 2e BEP subit de lourdes pertes, notamment la mort du capitaine Léonce Picatto et du lieutenant Jean Garin, ainsi que de nombreux légionnaires tués ou blessés.
Après cet échec, le 2e BEP, très éprouvé, est amalgamé dès le 24 avril aux restes du 1er BEP pour former un bataillon de marche de parachutistes étrangers, placé sous les ordres du commandant Maurice Guiraud. Cette mesure traduit l’usure extrême des unités parachutistes après plusieurs semaines de combats, de bombardements et de pertes.
Le 7 mai 1954, la garnison française cesse le feu. Liesenfelt, comme la plupart des survivants du camp retranché, est fait prisonnier par le Viêt-minh.
Il est libéré des camps de prisonniers en septembre ou octobre 1954, selon les sources. Son commandement du 2e BEP prend officiellement fin le 16 mai 1954, quelques jours après la chute de Diên Biên Phu.
De retour en France, Hubert Liesenfelt quitte la Légion étrangère un mois après sa libération et rejoint un régiment d’infanterie de l’armée de terre. Il quitte le service actif le 1er octobre 1957, est nommé lieutenant-colonel de réserve le 1er octobre 1960, puis meurt le 23 août 1993.
Il est officier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, de la Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures et de la valeur militaire. Il totalise six citations, dont deux à l’ordre de l’armée.




