PRIGENT Guy

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Guy Prigent, adjudant du 6e bataillon de parachutistes coloniaux (6e BPC), est l’un des sous-officiers emblématiques de la France libre et de la guerre d’Indochine. Né à Hanoï en 1924, engagé très jeune dans la Résistance puis parachutiste SAS, il meurt au combat à Diên Biên Phu le 10 avril 1954, à l’âge de 29 ans.

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Guy Prigent naît le 15 octobre 1924 à Hanoï, en Indochine française. Son père, alors en garnison, est chef d’escadron dans l’artillerie coloniale ; en 1939, il est affecté à Fort-de-France, en Martinique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Martinique reste sous l’autorité du régime de Vichy, tandis que la famille de Guy Prigent est favorable à la France libre. Refusant de rester à l’écart du conflit, le jeune homme quitte Sainte-Lucie, dans les Antilles britanniques, pour rejoindre New York.

Le 1er mai 1943, âgé de 18 ans, il s’engage dans la Marine nationale afin de rejoindre l’Europe et les forces françaises libres. Ce passage dans la marine lui vaut le surnom qui lui restera : « le Mousse ».

Arrivé en Écosse, Guy Prigent quitte la Marine et s’engage dans le 4e bataillon d’infanterie de l’air, l’unité des parachutistes de la France libre. Il effectue son entraînement au camp d’Auchinleck, puis obtient son brevet de parachutiste britannique à l’école de Ringway.

Il reçoit son brevet parachutiste français le 4 janvier 1944, sous le numéro 2373. Une photographie prise en Écosse le même mois le situe dans le « stick » du lieutenant Botella, l’une des équipes de parachutistes SAS destinées à opérer en Bretagne lors du débarquement allié.

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les SAS français sont largués en Bretagne pour ouvrir et tenir des zones de parachutage, soutenir la Résistance et harceler les arrières allemands. La fiche signalétique de Prigent mentionne un saut en Bretagne dans la nuit du 6 au 7 juin ; l’ANAPI indique toutefois qu’il a pu faire partie du stick Botella, largué sur la base Samwest, dans les Côtes-d’Armor, dans la nuit du 5 au 6 juin.

Après avoir rejoint le sol breton, le groupe Botella se dissimule dans la forêt de Duault. La base Samwest est rapidement repérée par les forces allemandes, ce qui contraint les parachutistes à évacuer vers la base Dingson, dans le Morbihan.

Le 12 juin 1944, lors d’une embuscade tendue près de la ferme de Kerhamon, Guy Prigent est blessé au pied. Le lieutenant Botella est également touché plus gravement à la cuisse et doit être évacué.

Prigent participe ensuite aux opérations menées avec les maquis bretons. Le 14 juillet 1944, vers Kervernen, dans la commune de Pluméliau, environ 300 Allemands attaquent à l’aube le maquis auquel il est rattaché. Au cours des combats, il est de nouveau blessé et se cache dans un arbre.

Le soir même, vers 22 heures, il se laisse tomber de sa cachette. Des membres de la Croix-Rouge le recueillent, le maquillent de sang et le placent parmi des corps dans un véhicule, afin de le faire passer pour mort. Après un contrôle allemand à un barrage, il est déposé dans un couvent, caché dans la sacristie de l’église, puis récupéré quelques jours plus tard par ses camarades.

Après une période de convalescence, Guy Prigent réintègre son unité le 15 septembre 1944. Il prend part aux opérations menées en jeep dans le sud de la Loire entre le 27 août et le 10 septembre 1944. Excellent tireur, il est cité pour la précision de ses tirs à la mitrailleuse.

Rassemblé en Angleterre avec le 4e SAS, il est parachuté aux Pays-Bas dans la nuit du 7 avril 1945, durant l’opération Amherst. Cette dernière opération aéroportée alliée majeure en Europe est réalisée dans des conditions météorologiques très défavorables : les parachutistes sont dispersés, certaines jeeps ne peuvent être larguées, et les équipes françaises subissent une forte réaction allemande.

À la fin de la guerre, Guy Prigent est sergent-chef et totalise 5 citations. Engagé pour la durée de la guerre, il se porte volontaire pour partir en Extrême-Orient.

Indochine et 6e BPC

Guy Prigent débarque en Indochine pour un premier séjour le 13 mai 1946. Il est parachuté sur Siem Reap, au Cambodge, le 10 août 1946, et est blessé une nouvelle fois la même année dans la région de Dap-Bien.

Il rentre en métropole le 27 septembre 1947. Muté à la brigade des parachutistes coloniaux, il obtient son brevet de chef de section, puis choisit de rejoindre le 6e BPC pour un second séjour en Indochine.

Il participe à l’ensemble de la campagne du bataillon, notamment aux deux sauts opérationnels sur Diên Biên Phu. Il reçoit deux citations supplémentaires, le 13 octobre 1952 et le 23 décembre 1953, portant son total à neuf citations.

Le 6e BPC saute en renfort du camp retranché de Diên Biên Phu à la fin du mois de mars 1954. Quelques jours après la bataille des « cinq collines », qui débute le 30 mars, le commandant Marcel Bigeard reçoit l’ordre de reprendre la position Éliane 1.

Le 10 avril 1954, la 12e compagnie du lieutenant Trapp est désignée pour l’assaut. Le sommet est repris, mais les pertes parmi les cadres sont lourdes. Guy Prigent, chef de la section d’appui positionnée sur la colline voisine d’Éliane 4, est tué par un tir de mortier de 120 mm.

Sa mort survient donc alors qu’il participe directement aux combats défensifs et offensifs autour du camp retranché, au moment où la garnison française est soumise à une pression croissante de l’artillerie et de l’infanterie du Viêt-minh.

Décorations et reconnaissance

Malgré sa courte carrière, Guy Prigent reçoit de nombreuses décorations françaises et alliées :

  • Légion d’honneur

  • Médaille militaire

  • Médaille de la Résistance

  • Croix de guerre belge

  • Croix de guerre néerlandaise

  • Mérite thaïlandais

  • Croix de la Vaillance vietnamienne

L’ANAPI recense 14 titres de guerre à son actif, dont 9 citations. Malgré cette reconnaissance, il est décrit comme resté modeste et apprécié de ses camarades.

Dans Pour une parcelle de gloire, le général Marcel Bigeard rend hommage à sa valeur en déclarant qu’il « valait un officier ». Cette formule souligne la place exceptionnelle de ce sous-officier dans le 6e BPC, où les chefs de section jouaient un rôle déterminant dans la cohésion et le combat des petites unités parachutistes.

En 1982, la 70e promotion des élèves sous-officiers de l’École d’application de l’infanterie est baptisée « Adjudant Guy Prigent », en hommage à son parcours et à son sacrifice.

La notice de l’ANAPI précise que les journaux de marche des parachutistes SAS sont largement inexistants, car leur conservation aurait exposé les combattants à de graves risques en cas de capture. Les récits de leurs actions ont donc souvent été reconstitués après la guerre, ce qui explique certaines incertitudes, notamment sur la date exacte du saut breton de Prigent.

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