WIÈME Réginald

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Réginald Gabriel André Wième (Paris, 21 janvier 1921 – Niort, 3 janvier 2012) est l’officier qui commanda les partisans thaïs du « groupement Wième » à Diên Biên Phu, et dont le nom fut donné au point d’appui Isabelle 5. Rescapé de l’évacuation de Lai Chau en décembre 1953, il tint avec ses supplétifs l’avant-poste le plus exposé du centre de résistance Isabelle, ouvrit la tentative de sortie de la nuit du 7 au 8 mai 1954, puis connut la captivité du Viêt-minh. Il termina sa carrière colonel, magistrat militaire de 1re classe, commandeur de la Légion d’honneur et grand officier de l’ordre national du Mérite.

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Fin septembre 1953, le lieutenant Wième est affecté au « bureau des supplétifs » de Lai Chau, capitale de la Fédération thaïe, selon l’historien Raymond Muelle. Il y travaille au profit du Groupement mobile de partisans thaïs (GMPT), créé par un protocole signé le 7 juin 1953 entre le général Cogny et le président de la Fédération, Deo Van Long.

Le GMPT est une formation de circonstance : commandement opérationnel confié à Deo Van Dan, fils du président, organisation assurée par le capitaine Bordier, gendre de ce dernier. Selon Muelle, de novembre 1953 à mai 1954, il aligne environ 3 200 partisans encadrés par 62 Européens, dont seulement 4 officiers subalternes, Wième étant l’un d’eux.

En novembre 1953, l’occupation de Diên Biên Phu (opération Castor, 20-22 novembre) entraîne l’abandon de Lai Chau (opération Pollux). Les troupes régulières sont évacuées par air ; les compagnies de partisans doivent rejoindre la cuvette à pied, par la piste Pavie, au contact de la division 316 du Viêt-minh. Les groupements sont détruits l’un après l’autre entre le 10 et le 18 décembre.

Wième commande l’un de ces détachements, désigné « GMT 5 » dans certaines reconstitutions, formé des compagnies de supplétifs militaires (CSM) 431, 432, 433 et 434. Dans la nuit du 13 au 14 décembre 1953, les CSM 431 et 432 du groupement Wième livrent un combat de nuit sur la Nam Khau Ku, d’après le journal de marche reconstitué. Le groupement opère ensuite sa jonction avec le groupement aéroporté n° 2 du lieutenant-colonel Langlais (1er BEP, 8e Choc), sorti de Diên Biên Phu pour recueillir les colonnes, et se replie avec lui sur le camp retranché.

Le bilan est très lourd. Une reconstitution publiée en 2023 avance que, sur environ 2 400 Thaïs engagés, seuls 185 hommes (Wième, 9 sous-officiers et 175 supplétifs) atteignent le camp retranché ; ce chiffre global, non sourcé, est à manier avec prudence. Le journal de marche du 4 décembre retient, pour les 11 compagnies du GMPT engagées autour de Lai Chau, 1 020 hommes dont 282 rejoignent Diên Biên Phu en armes.

Diên Biên Phu : le point d’appui Wième (décembre 1953-mai 1954)

À Diên Biên Phu, les rescapés du GMPT forment le « groupement Wième », que l’ordre de bataille du GONO range parmi les supplétifs, aux côtés des reliquats du capitaine Bordier. Les CSM 431 et 432, d’une centaine d’hommes chacune, sont d’abord placées sur Anne-Marie en décembre, puis sur Huguette 1 jusqu’au 16 janvier 1954, avant de s’installer au village de Hong Cum, au sud du camp.

Cette dernière position devient Isabelle 5, appelée dans les documents « point d’appui Wième ». Elle garde le sud de la route provinciale 41 en avant d’Isabelle, centre de résistance tenu par le groupement mobile n° 6 du lieutenant-colonel Lalande, à environ 5 km au sud du réduit central. Défaut majeur : elle se trouve à l’est de la Nam Youm, séparée d’Isabelle par la rivière et reliée à elle par aucune tranchée.

Les principales étapes, d’après le journal de marche reconstitué publié par Theatrum Belli et la notice consacrée au général Lalande :

Date

Événement

16 mars 1954

Les auxiliaires thaïs de Wième sortent nettoyer la zone de largage Octavie avant le saut du 6e BPC ; à Ban Hua Na, à 1 km au sud-est du point d’appui, ils surprennent des Viêts en train de creuser des tranchées.

17 mars

Inquiet de l’état d’Isabelle 5, Lalande en confie le commandement au lieutenant Botella ; des éléments du V/7e RTA et du BT 3 bâtissent un petit ouvrage au pont, entre Isabelle 2 et le point d’appui Wième.

22 mars

Les partisans de Wième partent vers le nord avec deux compagnies du II/1er RTA et le peloton de chars Vert, pour rouvrir la route vers le réduit central.

14-15 avril

Lalande fait relever la compagnie de partisans de Wième, à bout de forces, par la 9e compagnie du BT 3.

25-27 avril

Les tranchées viêts atteignent le point d’appui ; deux opérations de dégagement, du II/1er RTA puis du III/3e REI, échouent.

1er-5 mai

Le régiment 57 pénètre dans Isabelle 5, tenue alors par la 11e compagnie du III/3e REI et des tirailleurs algériens ; il en est chassé au prix de 3 contre-attaques, appuyées par les chars.

L’historien américain Bernard Fall, dans Hell in a Very Small Place (1966), fait du « strongpoint Wieme » un élément marquant de la défense d’Isabelle, tenu par des montagnards thaïs sous les ordres d’un jeune lieutenant français.

La sortie d’Isabelle et la captivité (mai-septembre 1954)

Dans la nuit du 7 au 8 mai 1954, les partisans thaïs de Wième ouvrent la marche de la tentative de sortie d’Isabelle vers le sud (opération Albatros) ; elle échoue, et Wième est fait prisonnier.

Le réduit central cesse le combat le 7 mai vers 17 h 30. Lalande choisit de tenter seul la sortie. Vers 20 heures, plusieurs colonnes quittent Isabelle. La première, sous les ordres du capitaine Michot (12e compagnie du III/3e REI), est précédée des supplétifs thaïs du lieutenant Wième : elle part vers l’est puis longe la Nam Youm vers le sud. La seconde, partie par la rive ouest, tombe dans une embuscade après environ 3 km.

Vers 01 h 00 du matin, le 8 mai, Lalande ordonne le cessez-le-feu ; le dernier message d’Isabelle est reçu à 01 h 50. Une partie seulement de la colonne Michot échappe à la capture cette nuit-là. Selon le journal de marche du groupement Wième, cité par l’historien Michel David, une soixantaine de Thaïs et de légionnaires auraient réussi à gagner le Laos.

Wième, lui, ne passe pas : le décret de 1998 le promouvant commandeur de la Légion d’honneur le range expressément dans la catégorie des « prisonniers du Viet-Minh ». Comme les autres officiers de Diên Biên Phu, il connaît les camps du Viêt-minh, d’où les officiers sont libérés à la fin de l’été 1954, après les accords de Genève. Sur environ 11 700 prisonniers du camp retranché, quelque 3 300 seulement reviennent.

Deo Van Dan, le chef thaï du GMPT, capturé lors de la même tentative de percée, est exécuté par le Viêt-minh, d’après Muelle.

Après l’Indochine : magistrat militaire et colonel

Revenu de captivité, Wième poursuit une carrière militaire qu’il achève au grade de colonel, dans la justice militaire : le décret de 2008 le désigne comme magistrat militaire de 1re classe.

Ses décorations attestent d’autres théâtres : la médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord et la médaille d’Afrique du Nord (Algérie), ainsi que l’ordre national malgache, signe d’un passage à Madagascar. 

La captivité lui laisse des séquelles : sa promotion de 1998 dans la Légion d’honneur intervient au titre des mutilés de guerre titulaires d’une pension militaire d’invalidité définitive.

Il s’établit à Mazières-sur-Béronne, près de Melle (Deux-Sèvres), avec son épouse Jacqueline, née du Bois de Maquillé (1923-2020). Le couple restaure l’ancien archiprêtré de la commune. Il est aussi le gardien de la mémoire des partisans thaïs : Muelle rapporte que Wième s’est efforcé de reconstituer, à partir des souvenirs et témoignages des survivants, le journal de marche et des opérations du GMPT, document qui a servi de base à son livre Combats en pays thaï (1999). Ce « fonds Wième » est également cité par Michel David dans Guerres mondiales et conflits contemporains (2003).

Il meurt à Niort le 3 janvier 2012, à 90 ans, et repose à Mazières-sur-Béronne. Sur sa tombe, des plaques des anciens prisonniers d’Indochine, des anciens combattants de Diên Biên Phu et de la Sidi-Brahim des Deux-Sèvres saluent le compagnon, le camarade et le chasseur.

Décorations et distinctions

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