LALANDE André

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André Lalande (Rennes, 26 mai 1913 – Brive-la-Gaillarde, 19 octobre 1995) est un officier général français, Compagnon de la Libération. Saint-cyrien, chasseur alpin puis officier de Légion étrangère, il sert de 1931 à 1973. Il combat à Narvik, à Bir Hakeim, à El Alamein, en Italie, en Provence et en Alsace au sein des Forces françaises libres. En Indochine, il commande le 3e régiment étranger d’infanterie et le groupement mobile n° 6, puis le centre de résistance « Isabelle » pendant la bataille de Diên Biên Phu. Fait prisonnier dans la nuit du 7 au 8 mai 1954, il est libéré en septembre 1954. Il termine sa carrière général de corps d’armée.

Période

Grade

Fonction principale

1933

Sous-lieutenant

146e régiment d’infanterie de forteresse, Metz

1935

Lieutenant

Puis 6e bataillon de chasseurs alpins (1937)

1940

Capitaine

Commandant de compagnie, 6e BCA, Narvik

Juin 1943

Chef de bataillon

13e DBLE, 1re DFL

Attesté en 1947

Lieutenant-colonel

États-majors, puis École de guerre

Avril 1954

Colonel

3e REI, GM 6, centre de résistance Isabelle

1961

Général de brigade

Algérie, Bizerte, puis ALAT

Juin 1966

Général de division

11e DLI, chef d’état-major particulier du président

1er mars 1970

Général de corps d’armée

Gouverneur militaire de Lyon, 5e région militaire

André Lalande naît le 26 mai 1913 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Son père est inspecteur général dans une compagnie d’assurances. En 1919, la famille s’installe à Nancy, où il est élève de l’école Saint-Sigisbert.

Bachelier en 1930, il prépare le concours de Saint-Cyr au lycée Janson-de-Sailly, à Paris. Il intègre l’École spéciale militaire en 1931 et en sort en 1933 avec la promotion du Tafilalet.

Sous-lieutenant, il est affecté au 146e régiment d’infanterie de forteresse à Metz. Il est promu lieutenant en 1935. En 1937, il obtient à sa demande une mutation au 6e bataillon de chasseurs alpins (6e BCA), à Grenoble.

Sa famille compte deux frères entrés en religion, l’un moine, l’autre prêtre séculier. 

Narvik et ralliement à la France libre (1940-1941)

D’avril à juin 1940, Lalande commande la 1re compagnie du 6e BCA dans le corps expéditionnaire envoyé en Norvège, lors des opérations de Narvik. Il y est blessé par un éclat de bombe, promu capitaine et nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Revenue de Norvège, son unité débarque à Brest le 15 juin 1940, puis est évacuée vers l’Angleterre trois jours plus tard. Au camp de Trentham Park, Lalande choisit de rejoindre les Forces françaises libres (FFL). Il est ensuite chargé de l’encadrement des jeunes volontaires français au camp de Delville.

En mai 1941, après un mois passé dans un bataillon motorisé britannique de la Rifle Brigade, il est affecté à l’état-major des forces terrestres françaises en Grande-Bretagne. En octobre 1941, il est mis à la disposition du général commandant les FFL au Levant ; il arrive à Beyrouth en décembre 1941.

Avec la 13e DBLE : Bir Hakeim et El Alamein (1942-1943)

À Beyrouth, Lalande est affecté à la 13e demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE), comme adjoint au chef du 3e bataillon. Il prend part à la campagne de Libye, notamment aux combats de Bir Hakeim en mai et juin 1942, au sein de la 1re brigade française libre du général Koenig.

En octobre 1942, il commande la 6e compagnie du 2e bataillon de Légion étrangère lors des combats de l’Himeimat, pendant la bataille d’El Alamein. Il y est blessé par balle. Après un mois à l’hôpital d’Alexandrie, il passe sa convalescence à Gambut.

Il est promu chef de bataillon en juin 1943.

Italie, Provence, Alsace, Authion (1944-1945)

En avril 1944, Lalande débarque en Italie avec la 1re division française libre (1re DFL), à la tête de la compagnie de canons d’infanterie de la 13e DBLE (CCI 13). Il combat au Garigliano et dans la vallée du Liri, puis, après la prise de Rome, à Bolsena et à Radicofani.

Le 17 août 1944, il débarque en Provence avec la 13e DBLE. Il participe aux combats de Toulon, à la remontée de la vallée du Rhône, puis aux opérations dans les Vosges. Il est fait Compagnon de la Libération par décret du 20 novembre 1944.

En novembre 1944, il prend le commandement du 3e bataillon de Légion étrangère (3e BLE). Il le mène pendant la campagne d’Alsace, puis dans les Alpes, au massif de l’Authion, en avril 1945, contre les dernières positions allemandes.

Après-guerre (1945-1953)

En novembre 1945, Lalande est affecté au ministère des Armées, au cabinet d’Edmond Michelet. En mars 1946, il est détaché à la commission de délimitation de la frontière italo-yougoslave, à Trieste.

En 1947, lieutenant-colonel, il est détaché à la commission internationale des Balkans. En octobre 1947, il rejoint l’état-major de la Défense nationale, puis, en 1948, l’état-major permanent du président du Conseil.

Admis à l’École de guerre en 1949, il en sort major en 1951.

Indochine : le 3e REI et le groupement mobile n° 6 (1953-1954)

En 1953, Lalande se porte volontaire pour l’Indochine. Il y commande le 3e régiment étranger d’infanterie (3e REI) et le groupement mobile interarmes n° 6 (GM 6).

À Diên Biên Phu, le GM 6 tient la position Isabelle. Un bulletin du 2e bureau d’avril 1954, conservé au Service historique de la Défense, en donne la composition : le III/3e REI, le II/1er régiment de tirailleurs algériens (RTA) et le V/7e RTA. Lalande commande à ce titre le sous-secteur sud du camp retranché.

Les sources de l’époque le désignent indifféremment comme lieutenant-colonel ou colonel. Il est promu colonel en avril 1954, pendant la bataille.

Diên Biên Phu : le centre de résistance Isabelle (mars-mai 1954)

Isabelle est la position la plus méridionale du camp retranché, à environ 5 km au sud du réduit central, reliée à lui par la route provinciale 41. Elle abrite une partie de l’artillerie du camp (obusiers de 105 mm du III/10e régiment d’artillerie coloniale), un peloton de chars et une antenne chirurgicale. Le 3 avril 1954, sa garnison compte environ 1 600 hommes, dont 426 légionnaires du III/3e REI.

Les principales étapes de la défense, d’après le journal de marche reconstitué à partir des archives :

  • 17 mars : après la chute de Gabrielle, les restes du V/7e RTA sont regroupés sur Isabelle. Lalande confie au lieutenant Botella le commandement du point d’appui Wième (Isabelle 5), à l’est de la Nam Youm, et met deux sections du III/3e REI à la disposition du V/7e RTA. Des tentatives d’infiltration visent les batteries d’artillerie.
  • 20-22 mars : des compagnies du III/3e REI et du II/1er RTA, appuyées par les chars des lieutenants Préaud et Carette et par le 1er BEP venu du centre, combattent pour rouvrir la route entre Isabelle et le réduit central, notamment autour de Ban Kho Lai.
  • Fin mars-avril : la liaison terrestre est coupée. Isabelle est isolée et ravitaillée par parachutage, sous un harcèlement d’artillerie et de mortiers presque quotidien.
  • 26-27 avril : Lalande lance deux opérations pour dégager le point d’appui Wième, la première avec quatre sections du II/1er RTA, la seconde avec les légionnaires du III/3e REI. Les deux échouent.
  • Début mai : les assauts vietminh se concentrent sur le réduit central. Le 5 mai, Isabelle 5 tient toujours. Le 6 mai vers 23 heures, huit des neuf obusiers de 105 mm d’Isabelle sont détruits ; le 7 mai au matin, la perte d’Isabelle 4 est signalée.

La nuit du 7 au 8 mai 1954, la capture et la captivité

Isabelle cesse le combat dans la nuit du 7 au 8 mai 1954, plusieurs heures après le réduit central. Lalande ordonne le cessez-le-feu vers 1 heure du matin, après l’échec d’une tentative de sortie vers le sud.

Le 7 mai. À 11 h 15, le général Cogny, commandant les forces terrestres du Nord-Vietnam, laisse à Lalande l’initiative d’exécuter Albatros, l’opération de sortie prévue. En début d’après-midi, le général de Castries l’informe que le centre combattra jusqu’au 8 mai à 7 h 00 pour couvrir la sortie d’Isabelle. Les distributions de vivres et de munitions et les premières destructions commencent. Peu avant 17 h 30, heure du cessez-le-feu au centre, le lieutenant-colonel de Séguin-Pazzis lui fait savoir que le réduit central ne peut pas tenter la sortie. Il lui laisse le choix entre prolonger la défense et tenter seul Albatros. Lalande choisit la sortie.

La sortie. Vers 19 h 00, la garnison détruit son matériel lourd, dont le dernier obusier de 105 mm et le dernier char. À partir de 20 h 00, plusieurs colonnes quittent la position :

  • une première colonne, sous les ordres du capitaine Michot (12e compagnie du III/3e REI), précédée des supplétifs thaïs du lieutenant Wième, part vers l’est puis longe la Nam Youm vers le sud ;
  • une seconde colonne, avec la 11e compagnie du III/3e REI, une partie du II/1er RTA et les équipages de chars du lieutenant Préaud, part par la rive ouest ; elle est arrêtée par une embuscade après environ 3 km, et le commandant Jeancenelle (II/1er RTA) fait cesser le feu.

Vers 23 h 00, informé de l’échec de la colonne ouest, Lalande ordonne aux éléments restants de rentrer pour tenter de reconstituer une défense. Les troupes du régiment vietminh 57 sont déjà dans la position.

Le cessez-le-feu. Vers 01 h 00 du matin, le lieutenant Tymen, capturé avec la colonne ouest, est conduit par des soldats vietminh jusqu’au réseau de barbelés. Lalande ordonne alors le cessez-le-feu et prévient Hanoï avant de détruire son poste radio. À 01 h 50, l’avion de commandement reçoit le dernier message d’Isabelle, annonçant l’échec de la sortie. Lalande et ses proches sont faits prisonniers sur place.

Selon le même journal de marche, une partie seulement de la colonne Michot échappe à la capture dans la nuit ; le capitaine Michot est finalement repris après plusieurs semaines de marche. Quelques isolés parviennent à rejoindre les lignes françaises.

La captivité. Comme les autres officiers de Diên Biên Phu, Lalande est interné dans les camps du Viêt-minh. L’Ordre de la Libération indique qu’il est libéré en septembre 1954, après cinq mois de détention dans des conditions que sa notice qualifie d’épouvantables. Sur les quelque 11 700 prisonniers du camp retranché, environ 3 300 sont rendus à la France.

OTAN, Algérie, Bizerte (1955-1962)

En février 1955, Lalande est auditeur au Collège de défense de l’OTAN. En juillet 1955, il est affecté à la délégation française auprès du Groupe permanent de l’OTAN, à Washington, où il reste jusqu’en 1958.

Il sert ensuite en Algérie. Il y commande le secteur de Tiaret, puis est chef d’état-major adjoint de la 10e région militaire, à Alger. Christian de Chergé, futur prieur du monastère de Tibhirine, sert alors à ses côtés à Tiaret.

Promu général de brigade en 1961, il commande la 1re brigade d’intervention en Algérie et en Tunisie. À ce titre, il participe aux opérations de juillet 1961 à Bizerte.

Fin de carrière et dernières années (1963-1995)

En 1963, Lalande commande l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT). En 1965 et 1966, il commande la 11e division légère d’intervention (11e DLI) et la brigade aéromobile, à Pau. Il est promu général de division en juin 1966.

De 1967 à 1969, il est chef de l’état-major particulier du président de la République, le général de Gaulle. En 1969, il devient gouverneur militaire de Lyon et commandant de la 5e région militaire. Il est promu général de corps d’armée le 1er mars 1970 et passe en 2e section en 1973.

En 1976, il prend la présidence de la Fédération nationale des associations de sous-officiers de réserve (FNASOR). Il meurt le 19 octobre 1995 à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), où il est inhumé.


Décorations et hommages

  • Grand officier de la Légion d’honneur
  • Compagnon de la Libération (décret du 20 novembre 1944)
  • Grand-croix de l’ordre national du Mérite
  • Croix de guerre 1939-1945 (deux citations)
  • Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs
  • Croix de la Valeur militaire
  • Médaille de la Résistance française
  • Médaille coloniale
  • Croix de guerre norvégienne avec glaive

La 183e promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1996-1999) porte le nom de « Général Lalande ». Deux ouvrages lui sont consacrés : la biographie de Pierre-Yves Roubert (1997) et le portrait croisé des trois frères Lalande par Jean-Pierre Guérend (2008).

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