LESPINAS Édouard

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Édouard Lespinas naît à Paris le 10 février 1925. Il a 20 ans lorsqu’il entre à l’École navale, alors installée à Lanvéoc (Finistère), le 1er octobre 1945, quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il appartient ainsi à la première génération d’officiers formés dans une Marine en pleine reconstruction, qui fait de l’aviation embarquée l’un de ses axes de renouveau.

Aspirant le 1er février 1947, il effectue en 1947-1948 la traditionnelle campagne d’application des enseignes de vaisseau à bord du croiseur-école Jeanne d’Arc. Il est nommé enseigne de vaisseau de 2e classe le 1er janvier 1948.

À l’issue de son école d’application, il se tourne vers l’aviation. En 1948-1949, il suit sa formation de pilote à la base-école de l’Aéronautique navale de Khouribga, au Maroc, et obtient en 1949 son brevet de pilote d’aéronautique navale. Promu enseigne de vaisseau de 1re classe le 1er octobre 1949, il rejoint l’escadrille 54S à la base d’aéronautique navale d’Hyères (Var), unité d’entraînement où l’on transforme les jeunes pilotes sur avions de combat et où l’on prépare la qualification à l’appontage. Il y reste jusqu’en 1950, année où il obtient son brevet d’aéronautique.

Première campagne d’Indochine (1951-1952) : la flottille 1F

En 1951, l’enseigne de vaisseau Lespinas est affecté à la flottille 1F, équipée de chasseurs Grumman F6F-5 Hellcat et embarquée sur le porte-avions Arromanches. Celui-ci appareille pour l’Extrême-Orient en août 1951 avec deux flottilles : la 1F sur Hellcat et la 3F sur bombardiers en piqué SB2C Helldiver. En 1952, la 1F est rattachée aux Forces maritimes d’Extrême-Orient.

C’est au cours de cette première campagne qu’il reçoit sa première citation, par décision du 14 mai 1952. Une deuxième suit par décision du 20 décembre 1952 ; le texte de ces deux premières citations ne figure pas dans son dossier tel qu’il a été dépouillé par le Mémorial des officiers de marine.

Deuxième campagne (1952-1953) : la flottille 12F

Volontaire pour repartir, il est affecté en 1952-1953 à la flottille 12F, toujours sur Arromanches au Tonkin. Ses citations de cette période retracent une campagne particulièrement dense, menée en tant que chef de patrouille.

À partir du 8 octobre 1952, il conduit de nombreux bombardements sur les grands axes du Haut-Tonkin : la RC 3 autour de Bac-Can, la RP 13 près de Yen-Bay et la RP 41 en pays Thaï. Le 18 octobre, à Nghia-Lo, il détruit un canon de 105 mm et ses munitions tombés aux mains du Viêt-minh. Les 26 et 30 novembre, dans le secteur de Na-San, il attaque le village de Chien-Dong et la place de Son-La tenue par l’adversaire. À trois reprises, il ramène sur le porte-avions un appareil touché par la DCA. Au 20 décembre 1952, il totalise depuis le début de la campagne 37 missions et 108 heures de vol en opérations. Cette action lui vaut une citation à l’ordre de l’armée de Mer avec croix de guerre des TOE avec palme (décision du 26 mai 1953).

Du 29 janvier au 7 février 1953, il participe à l’opération amphibie Toulouse dans la région de Qui-Nhon (Centre-Annam), multipliant les missions d’appui direct pour couvrir le débarquement, la progression puis le réembarquement des troupes : 21 missions et 42 heures de vol en opérations sur cette seule période. Il est cité à l’ordre de l’armée de Mer (décision du 8 février 1953), avec croix de guerre des TOE avec étoile de bronze. À cette date, il cumule depuis le début de la campagne 150 heures de vol en opérations et 58 missions.

La 12F opère ensuite depuis le terrain de Haïphong, puis depuis le porte-avions La Fayette. En avril et mai 1953, au moment de l’offensive viêt-minh au Laos, il mène des reconnaissances sur la RC 7, de Xieng-Khouang jusqu’à la mer, et des missions d’appui direct au profit du camp retranché de la Plaine des Jarres, souvent dans des conditions météorologiques très difficiles. Une nouvelle citation avec palme lui est attribuée par décision du 14 avril 1954, pour compter du 16 mai 1953.

Troisième campagne (1953-1954) : la flottille 11F

Le 20 juin 1953, la flottille 1F devient officiellement la flottille 11F, dont elle reprend les personnels, le matériel et les traditions, en particulier l’insigne de l’hippocampe ailé. Édouard Lespinas, promu lieutenant de vaisseau le 1er juillet 1953, y est affecté comme chef de patrouille pour la troisième campagne consécutive de l’Arromanches en Indochine.

La flottille entre en opérations au Nord-Viêt-Nam le 8 octobre 1953. Fort de son expérience, Lespinas encadre les jeunes pilotes et se distingue dans des missions d’assaut et de reconnaissance armée sur les axes de ravitaillement viêt-minh dans les régions de Moc-Chau, Na-San, Tuan-Giao et Diên Biên Phu. Son Hellcat est encore touché par la DCA à deux reprises, les 26 octobre et 13 décembre 1953, sans qu’il interrompe ses missions. Au 25 décembre 1953, il a effectué 116 heures de vol de guerre en 36 missions depuis le début de la campagne, et totalise 375 heures de vol de guerre en 148 missions. Une citation avec palme, par décision du 15 avril 1954, salue cette période.

À partir de janvier 1954, les Hellcat de la 11F — dont les patrouilles portent l’indicatif « Savart » — interviennent régulièrement autour de Diên Biên Phu, en appui des sorties des bataillons du camp retranché et contre les axes de ravitaillement adverses. Pour raccourcir les transits et soulager les équipages, les flottilles de l’Arromanches sont mises à terre : en mars 1954, la 11F opère depuis Cat-Bi (Haïphong) tandis que le porte-avions reste mouillé au large.

Le 15 mars 1954

Le 13 mars 1954, le général Giap déclenche l’assaut contre le camp retranché ; le point d’appui Béatrice tombe dans la nuit. Le même jour, la 11F perd un premier officier, le lieutenant de vaisseau Doë de Maindreville, en baie d’Along. Dans la nuit du 14 au 15 mars, c’est le point d’appui Gabrielle, tenu par le V/7e régiment de tirailleurs algériens, qui est submergé après une contre-attaque manquée ; il tombe dans la matinée du 15. À 08 h 45, le commandement du camp retranché demande de « casser » Gabrielle par tous les moyens aériens disponibles. Ce même matin, le colonel Piroth, commandant l’artillerie, se donne la mort dans son abri.

C’est dans ce contexte que les Hellcat de la 11F reçoivent une mission de bombardement. Une patrouille de deux appareils, menée par le lieutenant de vaisseau Lespinas, doit attaquer une batterie d’artillerie viêt-minh qui menace Gabrielle, point d’appui essentiel à la couverture de la piste d’aviation. Selon le journal de marche reconstitué de la bataille, vers 12 h 15, la patrouille « Savart Bleu » attaque en piqué, à la bombe de 500 livres et à la mitrailleuse, des positions de DCA situées à environ 6 km au nord de Gabrielle. Les deux avions larguent leurs bombes sur l’objectif ; mais l’appareil de tête, le F6F-5 BuAer 93840 codé 11F-8, est pris sous un feu de DCA très dense — le journal de marche évoque des pièces de 37 mm — et est abattu pendant son piqué, juste après le largage. Toujours selon cette source, il explose en vol.

Édouard Lespinas a 29 ans. Il est d’abord porté disparu, son corps n’ayant pu être récupéré dans une zone tenue par l’adversaire. Le même jour, un autre chasseur, le Bearcat du sergent Ali Sahraoui (groupe de chasse 2/22 Languedoc), est abattu à son tour au-dessus de Gabrielle. Pour la seule 11F, le bilan de ces trois jours est lourd : deux officiers pilotes perdus entre le 13 et le 15 mars. D’autres suivront : le Hellcat du LV Klotz est touché le 23 avril (le pilote survit), celui du second maître Robert est abattu le 26 avril.

Le lieutenant de vaisseau Lespinas reçoit à titre posthume une citation à l’ordre de l’armée de Mer, comportant l’attribution de la croix de guerre des TOE avec palme. Elle rappelle sa participation aux trois campagnes consécutives de l’Arromanches en Indochine (1F en 1952, 12F en 1952-1953, 11F en 1953-1954), sa disponibilité constante pour les missions les plus délicates et le calme avec lequel il les accomplissait. Elle le décrit comme « un excellent pilote de guerre et un magnifique entraîneur d’hommes », précise qu’il a été abattu par la DCA au cours de son piqué après avoir largué ses bombes sur l’objectif prescrit, et arrête son bilan à 1 210 heures de vol et 256 appontages, dont 500 heures de vol de guerre et 181 missions.

Son décès est officiellement constaté par un jugement déclaratif rendu le 21 janvier 1955 par le tribunal civil de la Seine, transcrit sur les registres de l’état civil de Paris le 6 mars 1955, avec la mention « Mort pour la France ».

CITATIONS :

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Journal de marche et d'opérations