Henry Préaud (1930-2021) est le jeune officier de cavalerie qui commanda, à 23 ans, le peloton de trois chars M24 Chaffee détaché sur le point d’appui Isabelle pendant la bataille de Diên Biên Phu (13 mars – 8 mai 1954). Fils et frère d’officiers, saint-cyrien de la promotion « Général Frère », il fut fait prisonnier lors de l’échec de la sortie d’Isabelle, survécut à la captivité et termina sa carrière général de corps d’armée, commandant de la Force d’action rapide (FAR) en 1988-1989. Il est mort le 6 juin 2021, grand officier de la Légion d’honneur.
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Henry Préaud naît le 7 juin 1930 : son avis de décès précise qu’il meurt le 6 juin 2021, « veille de son 91e anniversaire ». Son lieu de naissance n’a pas été retrouvé dans les sources consultées.
Il est le fils du général Pierre Préaud (1891-1955), saint-cyrien sorti major de sa promotion et cavalier. Ce dernier se distingue en Belgique en 1940, commande ensuite l’École spéciale militaire repliée à Aix-en-Provence, puis rejoint l’Organisation de résistance de l’armée après la dissolution de l’armée d’armistice. Il meurt à Aix-en-Provence le 21 octobre 1955, général de corps d’armée.
Les cinq fils du général sont tous officiers et tous combattent en Indochine. L’un d’eux, le lieutenant Christian Préaud, y est mort pour la France en 1949 ; un autre, Alain, deviendra colonel. Une photographie de famille montre les cinq frères à Louveciennes en 1934.
Henry Préaud entre à Saint-Cyr avec la promotion « Général Frère » (1948-1950) et choisit, comme son père, la cavalerie, devenue arme blindée.
L’escadron de chars de Diên Biên Phu
Le 29 décembre 1953, un message du général Cogny désigne le capitaine Yves Hervouët pour commander l’escadron de chars du camp retranché et le lieutenant Préaud pour l’un de ses pelotons. L’unité prend le nom d’Escadron de marche du 1er régiment de chasseurs à cheval (1er RCC) tout en restant rattachée administrativement au 3e escadron de ce régiment.
Les dix chars légers M24 Chaffee, d’origine américaine, arrivent démontés par avion et sont remontés sur place ; l’assemblage s’achève le 15 janvier 1954. L’escadron compte environ 68 hommes : deux pelotons du 1er Chasseurs (51 hommes) et un peloton de marsouins du RICM (17 hommes). Les équipages appellent leurs chars « Bisons » et leur donnent, selon la tradition, des noms de batailles.
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Élément |
Chef |
Chars |
Position |
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Commandement |
Capitaine Hervouët |
Conti |
Réduit central |
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Peloton Bleu (RICM) |
Adjudant-chef Carette |
Mulhouse, Bazeilles, Douaumont |
Réduit central |
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Peloton Rouge (1er RCC) |
Maréchal des logis-chef Guntz |
Smolensk, Posen, Ettlingen |
Réduit central |
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Peloton Vert (1er RCC) |
Lieutenant Préaud |
Ratisbonne, Neumach, Auerstaedt |
Isabelle |
Le peloton Préaud est détaché dès l’origine auprès du lieutenant-colonel Lalande, qui commande Isabelle avec le groupement mobile n° 6 (III/3e REI, II/1er RTA, puis restes du V/7e RTA). Isabelle est la position la plus méridionale du camp, à environ 5 km au sud du réduit central, au bord de la Nam Youm. Elle abrite aussi une partie de l’artillerie de 105 mm et une antenne chirurgicale ; sa garnison compte environ 1 600 hommes le 3 avril 1954.
Isabelle : les combats du peloton Vert
Pendant la première quinzaine de la bataille, les trois chars de Préaud servent de force de frappe mobile pour garder ouverte la route provinciale 41 entre Isabelle et le réduit central. Après le 31 mars, Isabelle est coupée du centre et ses chars ne peuvent plus appuyer que la défense de la position.
- 20-22 mars 1954. Des compagnies du III/3e REI et du II/1er RTA, appuyées par les chars des pelotons Préaud et Carette, se battent avec le 1er BEP venu du centre pour rouvrir la route, notamment autour de Ban Kho Lai. Le 21 mars, les chars de Hervouët et ceux de Préaud viennent dégager le 1er BEP pris dans une embuscade. Le 22 mars, les chars d’Isabelle interviennent en fin d’après-midi dans un violent accrochage à mi-chemin des deux positions.
- 28 mars 1954. Lors de la sortie lancée à l’ouest du camp contre les positions antiaériennes vietminh, le peloton Préaud, venu d’Isabelle, entraîne la compagnie Trapp du 6e BPC jusqu’à la lisière de Ban Ong Pet, où un tir d’arrêt bloque l’avance.
- 30-31 mars 1954. À la demande du colonel de Castries, Lalande contre-attaque vers le nord pour soulager les Éliane. Le III/3e REI part avec les trois chars Vert mais se heurte au régiment vietminh 57 à Ban Kho Lai, à 2 km de son point de départ. Le Neumach, touché par un canon sans recul, se replie sous la protection du Ratisbonne ; l’Auerstaedt couvre le repli des légionnaires. Isabelle est dès lors isolée.
- Avril 1954. Isabelle, ravitaillée par parachutage, subit un harcèlement d’artillerie et de mortiers presque quotidien. Les fantassins y contre-attaquent avec l’appui des chars de Préaud pour combler les tranchées d’approche. Le 18 avril, ses chars dégagent une compagnie du III/3e REI accrochée par un fort élément vietminh.
En 2015, dans la revue de l’ASAF, le général Préaud décrivait le feu « permanent, précis et redoutable d’une artillerie ennemie invisible et donc invulnérable ». Il y relevait aussi qu’aucun des 24 obusiers de 105 mm vietminh n’avait pu être détruit.
Une photographie conservée au Service historique de la Défense montre le capitaine Hervouët et le lieutenant Préaud pendant la bataille. Hervouët, blessé aux deux bras, commanda encore son char en avril ; il mourut en captivité.
7-8 mai 1954 : la sortie manquée et la captivité
Isabelle tombe dans la nuit du 7 au 8 mai, plusieurs heures après le réduit central, au terme d’une tentative de sortie à laquelle participent les équipages de Préaud.
- 7 mai, 11 h 15. Le général Cogny laisse à Lalande l’initiative d’exécuter Albatros, l’opération de sortie vers le sud. Peu avant le cessez-le-feu du centre (17 h 30), Lalande choisit de tenter la sortie seul.
- Fin d’après-midi. Réunion des commandants d’unité : le matériel lourd est détruit sur-le-champ. Les chars restants du peloton Préaud sont sabotés avec le dernier obusier de 105 mm, les canons sans recul et les mitrailleuses lourdes ; les munitions sont jetées dans la rivière.
- À partir de 20 h 00. Plusieurs colonnes quittent la position. La seconde, avec la 11e compagnie du III/3e REI, une partie du II/1er RTA et les équipages de chars du lieutenant Préaud, part par la rive ouest de la Nam Youm. Elle tombe dans une embuscade après environ 3 km et le commandant Jeancenelle fait cesser le feu.
- 8 mai, vers 01 h 00. Lalande ordonne le cessez-le-feu. Le dernier message d’Isabelle est reçu à 1 h 50.
Comme les autres survivants, Préaud part en captivité dans les camps du Viêt-minh. Les officiers de Diên Biên Phu sont libérés pour la plupart fin août – septembre 1954 ; sur environ 11 700 prisonniers du camp retranché, quelque 3 300 seulement reviennent. La date de sa libération et le camp où il fut détenu n’ont pas été retrouvés dans les sources consultées.
Après l’Indochine : jusqu’au sommet de l’armée de Terre
Revenu de captivité, Henry Préaud poursuit une carrière qui le mène aux plus hauts commandements opérationnels de l’armée de Terre. Ses affectations entre 1955 et le début des années 1980 n’ont pas pu être reconstituées à partir de sources accessibles en ligne.
Deux commandements majeurs sont établis :
- La 4e division aéromobile (4e DAM). Créée en 1985, cette division d’hélicoptères de combat est le fer de lance de la FAR face à une éventuelle offensive du pacte de Varsovie. Préaud en a été le commandant ; les dates exactes restent à préciser.
- La Force d’action rapide (FAR), 1988-1989. Général de corps d’armée, il succède au général Lardry à la tête de ce corps d’armée basé à Maisons-Laffitte, créé en 1984 pour s’engager vite et loin en Centre-Europe ou outre-mer. Il en expose la doctrine dans « La force d’action rapide », Les Cahiers de Mars, n° 120, 1989.
Il termine sa carrière avec le grade de général de corps d’armée et la dignité de grand officier de la Légion d’honneur.
Gardien de la mémoire des chars de Diên Biên Phu
Retiré du service, le général Préaud reste le témoin principal de l’escadron Hervouët. En 1995, revenu sur le site, il identifie lui-même les carcasses de deux chars de son peloton restées dans les champs d’Isabelle ; le troisième, le Neumach, n’a jamais été retrouvé.
La même année, il préface Diên-Biên-Phu : des chars et des hommes d’André Mengelle, le sous-lieutenant de réserve parachuté volontaire dans la nuit du 2 au 3 avril 1954 pour renforcer l’escadron, devenu général.
En 2015 encore, il publie son témoignage sur la bataille dans la revue de l’ASAF. Il meurt le dimanche 6 juin 2021. Ses obsèques sont célébrées le 11 juin en l’église Notre-Dame-de-la-Rédemption à Lyon, et il est inhumé le 12 juin au cimetière de La Garde-Adhémar (Drôme). Il laisse son épouse, née Annick de Maupeou d’Ableiges, quatre filles, 17 petits-enfants et 9 arrière-petits-enfants.






