BODET Pierre Louis

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Né en 1902, Pierre Louis Bodet est admis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1922. À sa sortie, en octobre 1924, il est affecté au 64e régiment de tirailleurs marocains, puis nommé instructeur à Saint-Maixent. Il participe ensuite à la campagne du Maroc en 1925-1926, durant la guerre du Rif, où l’aviation joue un rôle croissant d’observation et d’appui aux troupes au sol. C’est dans ce contexte qu’il choisit de rejoindre l’aéronautique militaire : il passe par l’école d’Avord pour être breveté pilote en août 1927. 

Officier d’état-major dans l’âme, il est admis au concours de l’École supérieure de guerre en 1932. Affecté au cabinet militaire du ministre en 1936, puis en 1938 à l’État-major de l’Armée de l’air (EMAA), il évolue dans les cercles de la décision aérienne française à la veille de la Seconde Guerre mondiale, période où il observe de près les ministres de l’Air successifs et les difficultés de la construction aéronautique.

En juin 1940, Bodet est commandant supérieur de l’Air en Afrique française du Nord. Replié sur Alger après l’armistice, il participe à la réorganisation du commandement de l’Air en Afrique. Il est affecté à l’état-major du commandement de l’Air en Afrique occidentale française en 1942, puis à l’état-major des forces aériennes françaises en Grande-Bretagne en février 1944. Il prend la tête de la 2e brigade de bombardement en 1945 et participe avec elle à la campagne d’Allemagne. 

Sa carrière connaît ensuite une ascension rapide. Nommé général de brigade aérienne en 1946, puis général de division aérienne en 1949, il est envoyé en Extrême-Orient comme commandant des Forces aériennes françaises en Indochine, poste qu’il occupe à Saïgon jusqu’au début de 1950. Le 1er avril 1950, il est remplacé à ce commandement par le général André Hartemann, qui disparaîtra l’année suivante au-dessus du Tonkin. 

Bodet est ensuite détaché au SHAPE en 1951, le grand quartier général allié en Europe, où il occupe le poste de chef des plans et opérations. Il y travaille aux côtés des principaux responsables alliés américains et britanniques de l’Alliance atlantique naissante. 

L’Indochine sous Navarre : adjoint du commandant en chef

En mai 1953, le gouvernement de René Mayer nomme le général Henri Navarre commandant en chef en Indochine, avec pour mission de trouver une « porte de sortie honorable » au conflit, en affaiblissant militairement et politiquement le Viêtminh afin de l’amener à la table des négociations. Navarre, qui ne connaît pas le théâtre asiatique, demande à Bodet de le seconder. Ce dernier accepte et est nommé général de corps aérien, général adjoint au commandant en chef des forces terrestres, navales et aériennes en Indochine en mai 1953. 

Bodet exerce dès lors la fonction d’« adjoint interarmées » du commandant en chef : il représente Navarre dans les visites d’inspection, préside ou participe à des réunions d’état-major majeures et sert d’interface entre les différentes armées du corps expéditionnaire. La presse d’archives militaires le montre régulièrement aux côtés de Navarre, du général Cogny (commandant les Forces terrestres du Nord-Vietnam) et du général Dechaux (Forces aériennes du Nord-Vietnam), notamment lors des cérémonies officielles à Hanoï.

Sur le plan politique, son rôle dépasse le cadre opérationnel. À l’automne 1953, alors que Navarre réclame des moyens supplémentaires pour mener à bien son plan, c’est à Bodet qu’il confie la mission de plaider la cause indochinoise devant le pouvoir civil. Navarre envoie alors son adjoint, le général Bodet, à Paris pour présenter ses résultats et sa demande de renforts. Le ministre des armées, René Pleven, écoute les arguments, lit les rapports mais ne donne pas de réponse. 

Diên Biên Phu : du déclenchement de Castor à la chute du camp retranché

C’est dans le cadre du plan Navarre qu’est décidée l’occupation de la cuvette de Diên Biên Phu, dans le Nord-Ouest tonkinois, destinée à fixer le Viêt-Minh et à couvrir l’accès au Laos. L’opération aéroportée Castor est déclenchée le 20 novembre 1953. Pierre Bodet est l’un des décideurs immédiats de l’opération. Le 20 novembre à 4 heures, l’avion poste de commandement décolle de Hanoï vers Diên Biên Phu. Les généraux Gilles, Dechaux et Bodet, l’adjoint de Navarre, sont à bord et doivent prendre la décision du déclenchement de l’opération aéroportée. À 6 h 30, le brouillard ne se dissipe toujours pas. Mais, tout à coup, le soleil apparaît, la brume se lève. À 6 h 52, Bodet regarde sa montre. Il prend la décision : « Transmettez le signal conventionnel, nous exécutons l’opération Castor ». Les premières vagues parachutées – le 6e BPC du commandant Bigeard et le 2/1er RCP du commandant Bréchignac – sautent dans la foulée sur la vallée. 

Dans les semaines suivantes, Bodet accompagne Navarre à plusieurs reprises sur le camp en cours d’aménagement. Le général Navarre, commandant en chef en Indochine, circule sur le camp de Diên Biên Phu, accompagné du général Cogny, commandant les Forces terrestres du Nord-Vietnam, et du général Gilles, commandant l’opération aéroportée Castor. L’adjoint du général Navarre, le général Bodet, suit dans une autre jeep. Les troupes sont à l’œuvre et aménagent la base aéroterrestre, futur camp retranché, sur différentes positions que le commandant en chef visite accompagné du général Bodet, son adjoint interarmées, du général Cogny, commandant les Forces terrestres du Nord-Vietnam, du général Gilles, commandant les troupes aéroportées.

Au cours de la bataille, qui s’ouvre le 13 mars 1954 par l’offensive du général Giap, Bodet continue à représenter le commandement en chef dans plusieurs réunions clés. Les archives militaires françaises mentionnent notamment le procès-verbal de la réunion du 15 avril 1954 à laquelle assistaient le général Bodet, adjoint au général Navarre, les colonels Sauvagnac, Berteil et Bastiani, les lieutenants-colonels Denef et Dussol ainsi que le commandant Fournier, réunion consacrée à la situation des maquis et des partisans dans le Nord-Ouest tonkinois. 

La chute du camp retranché, le 7 mai 1954, ouvre une période d’analyse contradictoire de la défaite, à laquelle Bodet contribuera lui-même rétrospectivement. Dans ses entretiens accordés au Service historique de la Défense en 1975, il évoque la mauvaise entente entre Navarre et Cogny, la comparaison entre de Lattre et Navarre, le refus d’accorder des moyens supplémentaires, les responsabilités de l’échec de Diên Biên Phu : défense mal organisée, conditions de ravitaillement, aide et intervention américaines, utilisation de la bombe atomique impossible, mauvaise utilisation de l’aviation de bombardement, ainsi que la personnalité des commandants de groupe et le manque d’expérience du personnel. 

Au sortir d’Indochine, Bodet est promu commandant en chef de la zone stratégique de l’Afrique centrale en 1954. Il est nommé général d’armée aérienne en 1957. Il est titulaire de la Grand-Croix de la Légion d’honneur. 

Selon la doctrine française d’emploi de l’aviation, Bodet a aussi laissé une trace en tant que penseur tactique. Les Groupements Aériens TACtiques (GATAC) mis en place après l’Indochine sont parfois présentés comme les prolongements logiques des groupements aériens tactiques du général Bodet, organisation pensée pour donner à l’aviation un cadre d’appui rapproché à l’armée de terre. 

Pierre Louis Bodet meurt en 1987, à l’âge de 85 ans. 

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