FRANÇOIS Jean

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Jean François naît le 16 février 1923 à Crest, dans la Drôme. Il a 17 ans lors de la défaite de 1940 et appartient à cette génération d’officiers formés dans l’immédiat après-guerre.

Admis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, il choisit à sa sortie la Légion étrangère, arme d’élection de nombreux jeunes officiers partant pour l’Extrême-Orient. Les notices consultées ne précisent pas le nom de sa promotion ; c’est un point à vérifier auprès de la Saint-Cyrienne ou du Service historique de la Défense.

Au début de 1954, Jean François commande une compagnie du I/2e REI, bataillon du chef de bataillon Clémençon, dans le camp retranché de Diên Biên Phu. Sa lettre de février évoque « l’ambiance de 48 », ce qui laisse penser qu’il avait déjà servi en Indochine lors d’un premier séjour.

Le bataillon tient le secteur des Huguette, au nord-ouest du camp, le long de la piste d’aviation. Ceux qui l’ont connu le décrivent comme un officier ardent, « tout feu, tout flamme », mais lucide.

Huguette 6, point d’appui avancé au bout de la piste, devient début avril l’un des objectifs principaux du général Giap. Le 3 avril au soir, la division vietminh 312 se masse face à ses quelque 86 légionnaires, commandés par le lieutenant Rastouil. Le commandant Clémençon leur ordonne de tenir jusqu’au bout, sans espoir de secours.

Cette nuit-là, Rastouil engage sa section de réserve : une trentaine d’hommes conduits par le lieutenant François et le sergent-chef Bleyer, un rescapé de Béatrice. Elle arrive à temps pour encaisser le premier choc ; à 22 h 00, la position tient toujours, avant d’être dégagée par une contre-attaque du 8e Choc.

Pendant deux semaines, environ 180 légionnaires et parachutistes vivent sur ce chaos de trous boueux, sous les ordres du capitaine Alain Bizard, avec les lieutenants Rastouil et François. Coupés du camp, ils ne sont ravitaillés qu’au prix d’opérations offensives menées chaque nuit. Giap, renonçant aux assauts trop coûteux, choisit de les asphyxier.

À la mi-avril, un obus frappe l’abri des officiers pendant le briefing : Rastouil est tué, Bizard et le lieutenant Méric blessés. Le colonel de Castries décide l’évacuation du point d’appui. Le 17 avril au soir, une tentative de dégagement par deux compagnies du 1er BEP et du 8e Choc échoue au prix de 17 tués et 78 blessés : la garnison doit sortir par ses propres moyens.

Le 18 avril, dimanche de Pâques, vers 6 h 00, la compagnie François reçoit l’ordre de percer la tranchée ennemie qui la sépare d’Huguette 1. Dans la brume du matin, environ 150 légionnaires et parachutistes vietnamiens s’élancent sur un glacis de quelque 300 mètres, sans aucun abri, en plein champ des mitrailleuses.

Les hommes valides progressent en rampant, tandis que les blessés restés en arrière entretiennent l’illusion d’une position toujours occupée. La moitié environ parvient à rejoindre Huguette 1.

Le lieutenant François est atteint à la gorge par une balle. Selon le témoignage d’un survivant revenu de captivité, il ordonne au légionnaire qui veut le secourir de le laisser et de poursuivre, payant de sa vie le succès de la sortie.

Sur les quelque 300 hommes passés par Huguette 6, 106 ont été tués, 49 blessés et 79 portés disparus. La chute du point d’appui entraîne, quelques jours plus tard, celle d’Huguette 1.

Le 25 février 1954, il écrit depuis la cuvette à un couple d’amis qui venait de lui souhaiter son anniversaire. Le ton est chaleureux et plein d’humour : il les félicite d’une naissance prochaine et plaisante sur leurs familles respectives.

Il y raconte la remise de la Légion d’honneur à son camarade « Jo » Plantevin par le ministre René Pleven, puis l’accompagne à l’avion après une blessure au bras. Il confie son inquiétude devant les risques que prend son ami, inutiles selon lui dans cette guerre.

Il donne des nouvelles rassurantes de son épouse, qu’il surnomme Cassinette, et de leurs enfants. Lui-même se dit en forme, assez philosophe pour attendre la suite ; il juge sa compagnie solide et l’ambiance du bataillon excellente. Moins de deux mois plus tard, il était tué.

Mort pour la France, le lieutenant Jean François a été choisi comme parrain d’une promotion d’élèves officiers de réserve (EOR 701 – 76/10) à Coëtquidan d’octobre 1976-janvier 1977. L’école était alors commandée par le général Alain Bizard, son ancien capitaine sur Huguette 6.

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